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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300103

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300103

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET LAZARE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 juin 2023, M. A D, représenté par la Selarl Axipiter, agissant par l'intermédiaire de Me Camière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le maire de la commune des Trois-Ilets a délivré à la SARL CDC Anse à l'Ane un permis de construire, assorti de réserves, en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comprenant 4 bâtiments totalisant 46 logements sur une parcelle située Habitation Anse à l'Ane sur le territoire de la commune des Trois-Ilets, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la commune des Trois-Ilets et de la SARL CDC Anse à l'Ane une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir dans la mesure où, propriétaire d'un appartement situé sur la parcelle mitoyenne, il a la qualité de voisin immédiat du projet, lequel créera une perte de vue, une modification de l'environnement végétalisé et causera des nuisances sonores ainsi que de circulation ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article UC.3 du plan local d'urbanisme dès lors que la rue de la Bécune, qui dessert le projet, et le passage privé permettant l'accès à la résidence des Manguiers présentent une largeur inférieure à 8 mètres ;

- il méconnait encore ces dispositions dans la mesure où le projet ne prévoit aucune aire de retournement ;

- l'arrêté attaqué méconnait les articles UC.3 du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme puisque le projet est de nature à créer des troubles pour la sécurité publique en ce qu'il engendrera une intensification de la circulation, alors que la voie unique desservant sa résidence est étroite et ne permet pas le croisement des véhicules ;

- il méconnait également ces dispositions dès lors que, compte-tenu de l'étroitesse des voies et de l'absence d'aire de retournement, il ne permettra pas une intervention des engins de lutte contre l'incendie ;

- l'arrêté méconnait l'article UC.7 du plan local d'urbanisme, la distance minimale de recul de 4 mètres par rapport à la limite parcellaire nord n'étant pas respectée ;

- il méconnait l'article UC.9 du plan local d'urbanisme dès lors que l'emprise au sol maximale de 50 % de la surface totale de la parcelle n'est pas respectée ;

- le projet de construction méconnait l'article 13 du plan local d'urbanisme puisqu'il ne prévoit pas le remplacement de manière équivalente des plantations existantes, ni l'aménagement d'espaces libres collectifs d'au moins 175 m², ni la plantation d'un arbre pour 100 m² de terrain, ni celle des 21 arbres supplémentaires requis compte-tenu des 84 places de stationnement ;

- le permis de construire méconnait l'article UC.10 du plan local d'urbanisme dans la mesure où la hauteur maximale de 8,50 mètres n'est pas respectée au niveau des bâtiments A et B du projet ;

- le dossier de permis de construire est irrégulier puisqu'il ne comprend aucune notice paysagère et que les plans de coupe des bâtiments A et B ne tiennent pas compte de la topographie du terrain, qui présente une double pente ;

- les insuffisances qui affectent ainsi la régularité du dossier de permis de construire caractérisent une fraude puisqu'elles résultent de manœuvres de la société pétitionnaire visant à tromper l'administration ;

- le projet de construction méconnait l'article UC.2 du plan local d'urbanisme puisqu'il prévoit des affouillements extrêmement conséquents, en termes de volumes et de profondeur, qui contreviennent aux caractéristiques de la zone, faiblement densifiée ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme puisque le projet de construction, compte-tenu de son importance, ne s'inscrit pas dans les lieux avoisinants et leur environnement, caractérisés par une zone de faible densité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 juin 2023, la SARL CDC Anse à l'Ane, représentée par la Selarl Lazare Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Ghaye, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. D une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dans la mesure où M. D ne justifie d'aucun intérêt à agir puisque, domicilié en métropole, il ne démontre pas détenir l'appartement situé sur la parcelle contiguë, que le projet n'entraîne aucune perte de vue, compte-tenu de la déclivité importante du terrain, et que les considérations liées à l'augmentation de la circulation sont inopérantes ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, la commune des Trois-Ilets, représentée par l'Aarpi Les avocats réunis, agissant par l'intermédiaire de Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. D une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une lettre du 24 août 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, en vue de permettre la régularisation des vices de l'arrêté du 22 août 2022 tirés de la méconnaissance des articles 13.3. et 7.1. du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets.

M. D a présenté des observations à la suite de cette lettre d'information, par un mémoire qui a été enregistré le 7 septembre 2023.

La SARL CDC Anse à l'Ane a présenté des observations à la suite de cette lettre d'information, par un mémoire qui a été enregistré le 7 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Camière, avocate de M. D, de Me Jolly-Nicolas, substituant Me Nicolas, avocat de la commune des Trois-Ilets, et de Me Ghaye, avocat de la SARL CDC Anse à l'Ane.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL CDC L'Anse à l'Ane a déposé auprès des services de la ville des Trois-Ilets, le 21 février 2022, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comprenant 4 bâtiments totalisant 46 logements sur une parcelle située Habitation Anse à l'Ane sur le territoire de la commune des Trois-Ilets. Par arrêté du 22 août 2022, le maire de la commune des Trois-Ilets a délivré le permis de construire sollicité, en l'assortissant de prescriptions. M. A D a formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire par un courrier daté du 14 octobre 2022 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, il demande au tribunal administratif d'annuler l'arrêté du maire de la commune des Trois-Ilets du 22 août 2022 ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

Sur la recevabilité de la requête :

2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dispose : " B personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie B promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des deux avis de taxe foncière et des photographies produites à l'appui de la requête, que M. D est propriétaire d'un appartement d'habitation, implanté dans une résidence collective, situé sur le fonds mitoyen qui surplombe le terrain d'assise du projet de construction. Ainsi, le requérant doit être regardé comme ayant la qualité de voisin immédiat du projet de construction. Ce dernier, compte-tenu de son importance et malgré la déclivité importante du terrain, créera une servitude de vue et est susceptible de créer des nuisances, notamment sonores et de circulation, affectant ainsi directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien détenu par le requérant. Dans ces conditions, la SARL CDC Anse à l'Ane n'est pas fondée à soutenir que M. D ne justifierait pas d'un intérêt à agir suffisant pour contester la légalité du permis de construire litigieux. La fin de non-recevoir ainsi opposée n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En premier lieu, l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme dispose : " Sont joints à la demande de permis de construire : / () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. " L'article R. 431-8 du même code dispose : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; () ". L'article R. 431-10 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. En l'espèce, B part, la notice descriptive du projet de la SARL CDC Anse à l'Ane précise que la parcelle d'assise du projet constitue un terrain non bâti sur lequel n'existe pas d'arbres importants. Elle précise que le projet de construction comportera un engazonnement, des parterres végétalisés avec des haies et des petits arbres au niveau des stationnements, des plantations de même type que celles existantes sur les parkings et le long de la route, ainsi que la plantation d'arbre le long des accès. Les différents plans figurant dans le dossier de permis de construire matérialisent les zones engazonnées, les places de stationnement faisant l'objet d'un traitement par evergreen, ainsi que l'emplacement et les variétés précises d'arbres qui seront plantés. D'autre part, les plans de coupe des bâtiments A et B du projet de la SARL CDC Anse à l'Ane comportent deux cotes présentant le niveau du terrain naturel au niveau de la façade sud de chacun des deux bâtiments. Si les bâtiments ne sont pas implantés dans l'axe de la pente du terrain, de sorte que le terrain présente également une déclivité au niveau des façades perpendiculaires non représentées sur les plans de coupe, ceux-ci permettent toutefois d'apprécier la hauteur des bâtiments au niveau de l'extrémité ouest de la façade sud, où le niveau du terrain est le plus bas. Dans ces conditions, les documents joints à la demande de permis de construire déposée par la société pétitionnaire permettaient au service instructeur d'apprécier le traitement des espaces libres, des espaces verts et plantations, ainsi que le respect des règles de hauteur maximale des bâtiments A et B. Les moyens tirés de l'irrégularité du dossier de permis de construire et de que ces irrégularités caractérisent l'existence B fraude ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.

8. En deuxième lieu, l'article 7, intitulé " implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets dispose : " 7.1 - Lorsque les constructions ne jouxtent pas les limites séparatives, elles doivent être écartées de celles-ci B distance au moins égale à 4 m. / 7.2 - Les constructions annexes peuvent être construites, soit le long des limites séparatives des terrains, soit à une distance minimale de 4 m. des limites séparatives. "

9. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite du dépôt de la demande de permis de construire, le maire de la commune des Trois-Ilets a adressé à la SARL CDC Anse à l'Ane un courrier daté du 21 mars 2023 afin d'attirer l'attention de la pétitionnaire sur le fait que son projet de construction ne respectait pas la distance de recul de 4 mètres par rapport à la limite nord de la parcelle. A la suite de ce courrier, la société a modifié son projet de construction et a établi un nouveau plan de masse, daté du 11 avril 2022, qu'elle a transmis au service instructeur le 20 avril 2022. Il s'ensuit que, le respect des règles de distances minimales de retrait par rapport au limites parcellaires, définies par l'article 7 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme, doit s'apprécier au regard de ce dernier plan, qui intègre les modifications du projet de construction auxquelles la SARL CDC Anse à l'Ane a procédé à la suite du courrier du maire 21 mars 2022. Toutefois, il ressort de ce plan que plusieurs éléments de façades du bâtiment C, au niveau de l'angle nord-ouest, sont implantés à moins de 4 mètres de la limite nord de la parcelle. Si la SARL CDC Anse à l'Ane allègue que ces éléments constitueraient de simples débords de toiture, cette circonstance, à supposer même qu'elle soit établie, serait en tout état de cause sans incidence sur la conformité du projet de construction aux dispositions citées au point précédent, le règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets n'instituant aucune distinction entre les éléments de façade et les débords de toiture pour l'appréciation des limites minimales de retrait à respecter par rapport aux limites de parcellaires. Il s'ensuit que M. D est fondé soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions citées au point précédent de l'article 7 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.

10. En troisième lieu, l'article 9, intitulé " emprise au sol ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets dispose : " L'emprise au sol des constructions de toute nature ne peut excéder 50 % de la superficie du terrain. " L'article R. 420-1 du code de l'urbanisme dispose : " L'emprise au sol au sens du présent livre est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. / Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements. "

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des plans de masse figurant dans le dossier de permis de construire, que l'emprise au sol du projet, qui vise à créer une surface de plancher de 4 411,60 m² répartie au sein de quatre bâtiments de type R+2, excèderait 50 % de la superficie du terrain, égale à 7 300 m². Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions citées au point précédent de l'article 9 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

12. En quatrième lieu, l'article 10, intitulé " hauteur des constructions ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets dispose : " La hauteur d'un point B construction est égale à la distance de ce point à sa projection verticale au sol (avant terrassement). / La hauteur de tout point B construction à l'exclusion d'ouvrages techniques de superstructure ne peut dépasser : 8,50 m. au faîtage () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 7. que les plans de coupe des façades sud des bâtiments A et B figurant dans le dossier de permis de construire de la SARL CDC Anse à l'Ane permettent d'apprécier la hauteur des bâtiments par rapport au point où le niveau du terrain est le plus bas, contrairement à ce que ce soutient M. D. Il ressort de ces plans que les hauteurs des bâtiments A et B du projet de construction n'excèdent à aucun point la hauteur maximale de 8,50 mètres par rapport au terrain naturel avant terrassement mesuré à la projection verticale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées précédemment de l'article 10 de la zone UC du plan local d'urbanisme n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

14. En cinquième lieu, l'article 2 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme liste parmi les occupations et utilisations du sol admises sous conditions : " les affouillements et exhaussements du sol lorsqu'ils sont liés à la construction, à la création d'aires de stationnement, d'espaces publics ou de jeux ".

15. Les dispositions citées au point précédent autorisent, dans la zone UC, les travaux de terrassement, en déblai ou en remblai, à condition que ceux-ci soient liés à la construction. Elles ne fixent toutefois aucune limitation de tels travaux de terrassement liée à l'importance des constructions ou à la densité de la zone, contrairement à ce que soutient M. D. Il ressort des éléments du dossier de permis de construire que, si le projet de construction de la SARL CDC Anse à l'Ane comporte d'importants travaux de terrassement, ceux-ci sont tous liés au creusement d'excavations afin d'implanter des parties de bâtiments sous le niveau du terrain naturel. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées précédemment de l'article 2 de la zone UC du plan local d'urbanisme n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

16. En sixième lieu, l'article 13, intitulé " obligation de réaliser des espaces verts ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets dispose : " 13.1 - Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations au moins équivalentes. Pour toute demande de permis de construire ou de lotissement, il peut être exigé un schéma de plantations à conserver ou à créer. / 13.2 - Les espaces libres non affectés donnant sur la voie publique doivent être aménagés en jardins et comporter au moins un arbre de haute ou moyenne futaie pour 100 m2 de terrain. / 13.3 - Les aires de stationnement doivent être plantés à raison d'un arbre pour 4 places. / 13.4 - Dans les lotissements à partir de 5 lots, il doit être réservé un espace libre collectif à raison de 35 m² par lot. Il peut être réalisé en un ou plusieurs éléments d'au moins 175 m² chacun. "

17. B part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice de présentation du projet de construction et des photographies montrant l'état initial du terrain, figurant tant dans le dossier de permis de construire que dans les profils altimétriques produits par le requérant, que la parcelle d'assise du projet constitue un terrain nu dépourvu de végétation dense sur sa partie haute, sur lequel sont plantés plusieurs arbres importants ainsi que des arbres de haute et moyenne futaie, principalement en partie basse du fonds. Il n'est pas établi que la plantation des 31 arbres de haute et moyenne futaie prévue par le projet de construction, ainsi qu'il ressort du plan d'aménagement paysager, ne permettrait pas le remplacement des arbres de haute et moyenne futaie détruits en nombre au moins équivalent. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 13.1. cité au point précédent du plan local d'urbanisme n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

18. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assise du projet de construction bénéficie d'un accès à la voie publique par la rue de la Bécune, au niveau B jonction située dans un lacet. Toutefois, cet accès se prolonge sur la parcelle d'assise du projet par deux voies privées, B, également dénommée rue de la Bécune, desservant la parcelle mitoyenne située en limite nord du projet et l'autre en direction de l'est desservant la résidence des Manguiers. Il s'ensuit qu'aucun espace non affecté du projet ne donne sur la voie publique au niveau de la rue de la Bécune. En revanche, l'espace situé l'angle sud-ouest de la parcelle d'assise du projet, qui jouxte la voie publique au niveau de la rue des Balaous, n'est pas affecté. Cependant, celui-ci, qui est engazonné, est bien aménagé en jardin et comporte un arbre de haute ou moyenne futaie, soit le quota exigé par les dispositions de l'article 13.2. cité précédemment du plan local d'urbanisme. Enfin, il ne ressort pas des plans figurant dans le dossier de permis de construire que les espaces libres collectifs du projet de construction ne présenteraient pas plusieurs éléments d'au moins 175 m² comme l'exige l'article 13.4. cité précédemment du plan local d'urbanisme. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles 13.2. et 13.4. du plan local d'urbanisme ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.

19. Enfin, l'obligation de planter les aires de stationnement à raison d'un arbre pour quatre emplacements, prévue à l'article 13.3. cité précédemment du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme, ne s'applique ni aux aires de stationnement implantées en sous-sol des bâtiments, comme c'est le cas du garage sous-terrain situé sous les bâtiments A et B du projet, ni aux aires de stationnement aériennes qui, comme la place de stationnement unique située au niveau du bâtiment D, comporte un nombre places de parking inférieur à quatre. En outre, le projet de construction comporte trois aires de stationnement aériennes situées en amont des bâtiments A et B, au niveau du bâtiment C et en contrebas du bâtiment D, comportant respectivement 16, 10 et 17 places de parking. Il ressort des plans figurant dans le dossier de permis de construire que sont plantés en bordure de ces aires de stationnement des arbres en nombre d'au moins un arbre pour quatre places de parking, ainsi que le prévoit les dispositions de l'article 13.3. cité précédemment du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme. En revanche, le projet de construction comporte une dernière aire de stationnement aérienne composée de 27 places de parking, située entre la voie privée de la rue de la Bécune et les bâtiments A et B, en bordure de laquelle n'est prévue la plantation que de trois arbres, soit un quota inférieur à au moins un arbre pour quatre emplacements. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait l'article 13.3. cité précédemment du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme, en tant seulement que le projet de construction prévoit la plantation d'un nombre insuffisant d'arbres en bordure de cette seule aire de stationnement aérienne située entre la voie privée de la rue de la Bécune et les bâtiments A et B. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être admis, dans cette seule mesure.

20. En septième lieu, l'article 3, intitulé " accès et voirie ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets dispose : " () 2. Voirie / La création de voies publiques ou privées communes ouvertes à la circulation automobile est soumise aux conditions suivantes : / - Largeur minimale d'emprise : 8 m. B emprise inférieure peut être admise dans le cas de voirie desservant moins de 5 lots. / - Les voies en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre aux véhicules des services publics de faire aisément demi-tour () ".

21. B part, la partie de la voie publique de la rue de la Bécune se trouvant en aval de l'accès au projet n'est pas située sur la parcelle de la SARL CDC Anse à l'Ane. Elle ne fait ainsi pas partie du projet de construction et ne peut être regardée comme constituant une création de voie, au sens des dispositions qui précèdent. D'autre part, les voies d'accès privées longeant la limite sud de la parcelle de la société pétitionnaire, afin de desservir la résidence des Manguiers, et coupant cette parcelle à mi pente, afin de desservir le terrain mitoyen situé au nord, préexistaient au projet de construction. Elles ne constituent ainsi pas des créations de voie au sens des dispositions citées au point précédent du plan local d'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de la largeur minimale de voirie de 8 mètres définie par l'article 3 de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

22. En huitième lieu, les dispositions de l'article 3 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets citées précédemment au point 20. n'imposent de créer des aires de retournement que pour les voies en impasse. Il ressort des plans de masse figurant dans le dossier de permis de construire que la voie d'accès remontant en amont vers les bâtiments A et B et l'embranchement de voie privée coupant le milieu de la parcelle se prolongent tous deux au-delà du terrain d'assise du projet, respectivement à l'est vers la résidence des Manguiers et au nord vers le fonds mitoyen, et ne constituent ainsi pas des voies en impasse. Il en est de même de la voie privée qui descend le long des bâtiments C et D du projet et dessert l'aire de stationnement située en aval de la parcelle. Enfin, la voie sans issue implantée sur la partie basse de la parcelle, entre les bâtiments C et D du projet de construction, comporte à son extrémité une aire de retournement. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le projet de construction comporterait un nombre insuffisant d'aires de retournement. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

23. En neuvième lieu, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Eu égard à la teneur de ces dispositions et à la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder un permis de construire, le juge de l'excès de pouvoir ne peut censurer une autorisation de construire que si l'appréciation portée par l'autorité administrative, au regard de ces dispositions, est entachée B erreur manifeste. Pour rechercher l'existence B atteinte à un paysage au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

24. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, B part, le projet de construction est implanté sur une parcelle située sur un coteau en limite nord du village de l'Anse à l'Ane, dans une zone d'habitat à densité moyenne constituée principalement de lotissements, mêlant à la fois des pavillons individuels et des immeubles collectifs de moyenne importance de style récent, qui ne présentent pas de cohérence ou d'intérêt architectural particulier. D'autre part, le projet en litige B surface de plancher totale de 4 411,60 m², consiste en l'édification de quatre bâtiments collectifs construits sur trois niveaux (R+2), implantés en partie sous le niveau naturel du terrain, et présente une architecture contemporaine, sobre, avec notamment des murs en béton armé recouverts partiellement d'un habillage en bois, une toiture partiellement en toit-terrasse et pour partie en tôle ondulée. Contrairement à ce que soutiennent M. D, il ne ressort pas des pièces du dossier que le parti architectural ainsi retenu serait en rupture avec le bâti environnant hétérogène. Dans ces conditions, compte tenu de sa nature et de ses effets, le projet en litige ne portera manifestement pas atteinte à l'intérêt des lieux au sein desquels il s'insère. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

25. En dixième lieu, l'article 3, intitulé " accès et voirie ", du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune des Trois-Ilets, dispose : " 1 - Accès / Le permis de construire peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficiles la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé si les accès présentent un danger pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic () ". L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

26. En l'espèce, M. D se prévaut de l'étroitesse de la rue de la Bécune au droit de la parcelle d'assise du projet. Toutefois, il se réfère sur ce point à une mesure de largeur d'emprise de la voirie de 5,96 mètres prise sur un plan peu détaillé qui est contredite par les plans de masse détaillés figurant au dossier de permis de construire, qui établissent au contraire que la voie est beaucoup plus large à cet endroit compte-tenu du raccordement avec la voie d'accès privée desservant en amont la résidence des Manguiers. Il ressort de plus des plans de cadastre et des éléments d'insertion paysagère du projet que la partie de la rue de la Bécune qui permet la desserte du projet de construction constitue une voie publique ouverte à la circulation publique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la circulation sur cet axe s'effectuerait dans des conditions présentant un risque pour les usagers ou que les caractéristiques physiques de la voie ne permettraient pas l'intervention des engins de lutte contre l'incendie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'utilisation des voies privées internes au projet de construction présenterait, malgré leur étroitesse, un quelconque danger pour les usagers. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent des articles 3 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme ne sont pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

27. L'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dispose : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "

28. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, B part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier B mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

29. Les vices de légalité relevés précédemment aux points 9. et 19., qui portent sur le respect de la distance minimale de 4 mètres par rapport à la limite séparative et le nombre d'arbres plantés en bordure des aires de stationnement, sont susceptibles d'être régularisés dès lors que la régularisation n'implique pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, les parties ayant été invitées à présenter leurs observations, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il appartiendra à la SARL CDC Anse à l'Ane de transmettre au tribunal dans ce délai une mesure de régularisation.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête pour permettre à la SARL CDC Anse à l'Ane de transmettre, le cas échéant, au tribunal une mesure de régularisation les illégalités mentionnées aux points 9. et 19. du présent jugement, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la SARL CDC Anse à l'Ane et à la commune des Trois-Ilets.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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