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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300106

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300106

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROMER SYLVETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2023, M. D H, représenté par Me Romer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision en date du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné la République d'Haïti comme pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dans la mesure où les décisions attaquées lui ont été notifiées le 27 janvier 2023 ;

S'agissant la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière puisqu'il n'est pas établi que le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a été effectivement saisi pour avis ;

- la procédure est encore irrégulière puisqu'il n'est pas établi que le collège était composé de trois médecins régulièrement nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de titre est entaché d'erreur d'appréciation puisque, atteint d'un traumatisme psychologique, son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine ;

- la décision attaquée méconnait pour la même raison l'article R. 4127-47 du code de la santé publique ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque ses attaches principales se trouvent en France, où il vit depuis plus de quatre ans ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation puisque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'a jamais quitté le territoire depuis son arrivée en Martinique et qu'il n'a jamais cessé de faire des démarches en vue de régulariser sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

S'agissant de la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- le préfet de la Martinique a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui accordant un délai volontaire de seulement trente jours, alors qu'il a besoin de soins compte-tenu de son état de santé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière puisque, en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et du décret du 28 novembre 1983, il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalables ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il a été persécuté dans son pays, qu'il craint pour sa vie, et qu'un retour l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produite aucune observation.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour présider temporairement la formation de jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D H, ressortissant haïtien né le 21 juillet 1988, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 30 janvier 2019, sous couvert d'un passeport délivré par les autorités de la République d'Haïti, dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France, après avoir transité par la République Dominicaine et l'île de la Dominique. Le 29 octobre 2020, il a déposé une demande de titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 16 janvier 2023, le préfet de la Martinique a rejeté cette demande, a obligé M. H à quitter le territoire français, dans le délai de départ volontaire de trente jours, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un acte distinct du même jour, il a également désigné la République d'Haïti comme pays de destination. Dans la présente instance, M. H demande au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales ainsi prises à son encontre le 16 janvier 2023 et d'enjoindre à l'administration, sous conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° R02-2023-01-12-00002 du 12 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs général n° R02-2023-008 du 13 janvier 2023, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. A B, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme C G, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, et de M. F E, directeur de cabinet, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés à la date de la décision critiquée, tous les actes relevant des attributions de sa direction, y compris les décisions portant sur l'obligation de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Il s'ensuit que M. B était compétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les décisions contestées du 16 janvier 2023 de refus de délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. En l'espèce, la décision attaquée du 16 janvier 2023 vise notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. H nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut y voyager sans risque et qu'il ne remplit ainsi pas les conditions requises pour être admis au séjour en qualité d'étranger malade. Dans ces conditions, la décision du préfet de la Martinique portant refus de titre de séjour comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. H, le préfet de la Martinique a saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui a rendu deux avis sur la situation du requérant les 8 mars 2021 et 9 mai 2022. Il s'ensuit que le moyen de vice de procédure tiré de l'absence de saisine du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration manque en fait. Il doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

8. En l'espèce, il ressort des mentions figurant sur les deux avis des 8 mars 2021 et 9 mai 2022 que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration était composé à chaque fois de trois médecins, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été régulièrement désignés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration, conformément aux dispositions citées au point précédent de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré l'irrégularité de la composition dudit collège doit, par suite, être écarté.

9. En quatrième lieu, en vertu des dispositions citées précédemment, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

10. En l'espèce, dans ses deux avis des 8 mars 2021 et 9 mai 2022, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. H nécessitait une prise en charge médicale, mais que le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester le sens de cet avis, le requérant verse au dossier le compte-rendu d'un psychologue daté du 20 novembre 2019, ainsi que deux certificats médicaux, dont l'un est établi par un praticien hospitalier contractuel en psychiatrie du centre hospitalier universitaire de Martinique où l'intéressé est régulièrement suivi depuis le 19 juin 2020. Ces documents médicaux établissent que M. H est atteint d'un trouble de stress post-traumatique contracté à la suite d'un kidnapping survenu en 2016 en Haïti au cours duquel il a subi des violences physiques et sexuelles, et que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale. Toutefois, ils ne permettent pas à eux-seuls d'établir que le défaut d'une telle prise en charge médicale serait susceptible d'engendrer pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée du préfet de la Martinique serait entachée d'une erreur sur l'appréciation de son état de santé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 4127-47 du code de la santé publique, rendu applicable à la procédure d'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article 2 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Quelles que soient les circonstances, la continuité des soins aux malades doit être assurée () ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine alors notamment que le certificat du praticien hospitalier contractuel en psychiatrie du centre hospitalier universitaire de Martinique indique que, même s'ils sont difficilement accessibles, les soins sont disponibles en Haïti. Le moyen tiré de la méconnaissance de la règle du code de déontologie médicale imposant à tout médecin d'assurer en toute circonstance la continuité des soins aux malades, prévue à l'article R. 4127-47 cité précédemment du code de la santé publique, n'est en tout état de cause pas fondée. Il doit, par suite, être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. H est célibataire et sans charge de famille sur le territoire national, où il ne se prévaut d'aucune attache personnelle, familiale ou affective, ni n'apporte le moindre élément de nature à démontrer son insertion dans la société française. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où vivent ses deux fils mineurs, prénommés I et J, nés respectivement les 13 septembre 2016 et 17 octobre 2018, la mère de ses deux enfants, ainsi que ses deux parents et les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, malgré presque quatre années de présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée, M. H, compte-tenu des conditions de son séjour en France, n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision attaquée lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En septième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 10. et 14. que la décision attaquée portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité n'emporte pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de M. H. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet de la Martinique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation à ce titre n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 16 janvier 2023 par laquelle du préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. "

18. La décision d'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Martinique et contenue dans l'acte attaqué du 16 janvier 2023 se fonde sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, conformément au deuxième alinéa cité au point précédent de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision d'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au titre de séjour. Il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 5. que la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'acte attaqué du 16 janvier 2023 était suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

20. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

21. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 10., il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle la décision a été prise, M. H était exposé, eu égard à son état de santé, à des conséquences d'une particulière gravité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Martinique aurait fait une application inexacte du 9° de l'article L. 611-3 cité précédemment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, par suite, être écarté.

22. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 14., le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la mesure d'éloignement, méconnu, compte-tenu des buts poursuivis par l'administration, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

23. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 15., le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse, commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur la situation et l'état de santé de l'intéressé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 16 janvier 2023 par laquelle du préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :

25. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

26. La circonstance invoquée par M. H tirée de la nécessité pour lui de recevoir des soins afin de ne pas fragiliser son état de santé ne suffit pas, dans les circonstances de l'espèce, à caractériser une circonstance particulière justifiant qu'il soit dérogé, à titre exceptionnel, au délai de trente jours pour quitter volontairement le territoire français. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Martinique, en accordant un délai de trente jours et en ne faisant pas usage de la faculté d'accorder une prolongation de délai, aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 16 janvier 2023 par laquelle du préfet de la Martinique a fixé à trente jours le délai de départ volontaire laissé à l'intéressé pour exécuter la mesure d'obligation de quitter le territoire français. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

28. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que les décisions qui l'accompagnent, telle la décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, les dispositions de l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations et de l'article 8 du décret n° 83-1025 du 28 novembre 1983 concernant les relations entre l'administration et les usagers, aujourd'hui abrogées et reprises aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions administratives devant être motivées, ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est dès lors inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

29. En deuxième lieu, la décision du préfet de la Martinique du 16 janvier 2023 fixant le pays de renvoi vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique dans le corps de ses motifs que M. H n'allègue ni n'établit être légalement admissible dans un Etat autre que celui qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité et qu'il dispose d'un passeport valable jusqu'au 17 janvier 2028 délivré par les autorités haïtiennes, pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, la décision du préfet de la Martinique portant fixation du pays de destination comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

30. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

31. M. H fait valoir qu'il a été persécuté dans son pays d'origine et qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Haïti. Toutefois, les seuls éléments médicaux qu'il verse au dossier, qui font état de ce qu'il a été victime d'un kidnapping en 2016, sans plus de précision, ne permettent pas, à eux-seuls, d'établir qu'il serait exposé à un risque de persécution ou qu'il serait personnellement sujet à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

32. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du préfet de la Martinique du 16 janvier 2023 fixant la République d'Haïti comme pays de destination. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'injonction :

33. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. H demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D H et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le premier conseiller faisant fonction de président,

S. de PalmaertLa greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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