jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ROMER SYLVETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, Mme B F, représentée par Me Romer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pendant une durée de deux ans ;
2°) d'annuler la décision en date du 5 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné la République d'Haïti comme pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dans la mesure où les décisions attaquées lui ont été notifiées le 26 janvier 2023 ;
S'agissant la décision de refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle n'a jamais quitté la Martinique depuis son arrivée en 2019, qu'elle y vit avec sa fille, née en 2021, et qu'elle dispose de liens stables et intenses ;
- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes raisons ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation puisque son éloignement porte une atteinte grave à sa vie, eu égard à sa santé fragile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'elle n'a jamais quitté le territoire depuis son arrivée en Martinique et qu'elle n'a jamais cessé de faire des démarches en vue de régulariser sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière puisque, en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et du décret du 28 novembre 1983, elle n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalables ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'elle a été persécutée dans son pays, qu'elle a rencontré des difficultés dans son pays d'origine et qu'elle craint pour sa vie en cas de retour en Haïti.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produite aucune observation.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour présider temporairement la formation de jugement.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Phulpin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B F, ressortissante haïtienne née le 13 août 1984, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 4 juin 2019, sous couvert d'un passeport délivré par les autorités de la République d'Haïti, dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France, après avoir transité par la République Dominicaine et l'île de la Dominique. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 12 décembre 2019, confirmée par décision de la cour nationale du droit d'asile du 27 mai 2020. Mme F s'est toutefois maintenue en France et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Une nouvelle décision de rejet de l'office français de protection des réfugiés et apatrides est intervenue le 29 janvier 2021, que l'intéressée n'a pas été contestée devant la cour nationale du droit d'asile. Elle a alors sollicité, le 8 mars 2021, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 5 janvier 2023, le préfet de la Martinique a rejeté cette demande, a obligé Mme F à quitter le territoire français, dans le délai de départ volontaire de trente jours, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un acte séparé du même jour, il a également désigné la République d'Haïti comme pays de destination. Dans la présente instance, Mme F demande au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales ainsi prises à son encontre le 5 janvier 2023 et d'enjoindre à l'administration, sous conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° R02-2022-08-23-00001 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° R02-2022-227 du 23 août 2022, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. A C, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme D H, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, et de M. G E, directeur de cabinet, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés à la date de la décision critiquée, tous les actes relevant des attributions de sa direction, y compris les décisions portant sur l'obligation de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Il s'ensuit que M. C était compétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les décisions contestées du 5 janvier 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, portant interdiction de retour sur le territoire français et portant fixation du pays de renvoi. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. En l'espèce, la décision attaquée du 5 janvier 2023 vise notamment l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également, dans le corps de ses motifs, que Mme F se prévaut de la présence en France du ressortissant haïtien titulaire d'une carte de résidant qui l'héberge, dont le lien de parenté avec elle n'est pas connu, ainsi que de sa tante, qui réside en métropole, mais qu'elle ne produit aucun document probant permettant d'établir la réalité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux avec ces deux personnes. La décision indique en outre que l'intéressée ne justifie pas de son insertion dans la société française et qu'elle n'exerce aucune activité professionnelle salariée, ni ne produit de justificatif de ses moyens d'existence. Dans ces conditions, la décision du préfet de la Martinique portant refus de titre de séjour comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme F vit en Martinique avec sa fille, prénommée Sanaïbie et née à Fort-de-France le 17 janvier 2021, à l'adresse d'un ressortissant haïtien titulaire d'une carte de résidant, qui n'est pas le père de l'enfant. Il n'est pas démontré, ni même simplement soutenu, que la requérante entretiendrait une relation personnelle intense et stable avec la personne au domicile de laquelle elle est hébergée avec sa fille, ni qu'elle serait toujours en contact avec le père de l'enfant. Si la requérante se prévaut de la présence en France de l'une de ses tantes, laquelle dispose de la nationalité française et vit en métropole, elle ne démontre toutefois pas qu'elle entretiendrait avec celle-ci des liens affectifs quelconques. Mme F ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle, familiale ou affective en France, où elle est célibataire, ni n'apporte le moindre élément de nature à démontrer son insertion dans la société française. Elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans et où vivent les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, malgré plus de trois ans et demi de présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée, Mme F, compte-tenu des conditions de son séjour en France, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité n'emporte pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de Mme F. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet de la Martinique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation à ce titre n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée du 5 janvier 2023 par laquelle du préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. "
10. La décision d'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Martinique et contenue dans l'acte attaqué du 5 janvier 2023 se fonde sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, conformément au deuxième alinéa cité au point précédent de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision d'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au titre de séjour. Il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 4. que la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'acte attaqué du 5 janvier 2023 était suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
12. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13. Si Mme F se prévaut de la fragilité de son état de santé, elle n'apporte toutefois aucune précision ni aucun élément de nature à démontrer qu'elle serait atteinte d'une pathologie quelconque nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une particulière gravité et qu'elle ne pourrait effectivement disposer des soins appropriés dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Martinique, en édictant à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français, aurait fait une application inexacte du 9° de l'article L. 611-3 cité précédemment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 6. et compte-tenu de ce que la mesure d'éloignement ne fait pas obstacle à ce que la fille de la requérante l'accompagne en Haïti de façon à y reconstituer la cellule familiale, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la mesure d'éloignement, méconnu, compte-tenu des buts poursuivis par l'administration, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 7., la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse, commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur la situation de l'intéressée. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée du 5 janvier 2023 par laquelle du préfet de la Martinique l'a obligée à quitter le territoire français. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que les décisions qui l'accompagnent, telle la décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, les dispositions de l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations et de l'article 8 du décret n° 83-1025 du 28 novembre 1983 concernant les relations entre l'administration et les usagers, aujourd'hui abrogées et reprises aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions administratives devant être motivées, ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est dès lors inopérant. Il doit, par suite, être écarté.
18. En deuxième lieu, la décision du préfet de la Martinique du 16 janvier 2023 fixant le pays de renvoi vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que Mme F n'allègue ni n'établit être légalement admissible dans un Etat autre que celui qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité et qu'elle dispose d'un passeport valable du 23 février 2017 au 22 février 2022 délivré par les autorités haïtiennes, pays dont elle a la nationalité. Dans ces conditions, la décision du préfet de la Martinique portant fixation du pays de destination comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
20. Si Mme F soutient qu'elle a rencontré des difficultés dans son pays d'origine et qu'elle craint pour sa vie en cas de retour en Haïti, elle n'apporte toutefois aucune précision ni aucun justificatif sur la nature de ces difficultés et de ces craintes. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait personnellement sujette à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée du préfet de la Martinique du 5 janvier 2023 fixant la République d'Haïti comme pays de destination. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'injonction :
22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme F demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Phulpin, conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le premier conseiller faisant fonction de président,
S. de PalmaertLa greffière,
J. Lemaître
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026