jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2023 et le 27 octobre 2023, l'association Section française de l'Observatoire international des prisons (SFOIP), représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 5 500 euros et 10 000 euros, assorties des intérêts au taux légal, en réparation de son préjudice moral résultant, respectivement, de la violation de son droit à l'exécution des décisions de justice et de l'atteinte portée à son objet social ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 344 euros en réparation de son préjudice matériel résultant de l'ensemble des frais engagés en raison du caractère partiel et tardif de l'exécution de l'ordonnance n° 1400673 du juge des référés du tribunal administratif de la Martinique du 17 octobre 2014 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses demandes adressées au directeur du centre pénitentiaire de Ducos en vue de connaitre quelles suites avaient été données à l'ordonnance du juge des référés du 17 octobre 2014, sont restées sans suite ;
- les travaux ordonnés par le juge des référés concernant les cours de promenade du centre pénitentiaire de Ducos n'ont été achevés qu'en 2018, avec quatre années de retard ;
- l'injonction du juge des référés relative au renforcement de la médecine de garde en faveur des détenus a également été exécutée avec plusieurs années de retard ;
- ces manquements sont fautifs et ont généré pour l'association un préjudice moral et matériel qu'il convient d'indemniser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Chausset, substituant Me David, pour la Section française de l'Observatoire international des prisons.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance du 17 octobre 2014, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal administratif de la Martinique a enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de prendre plusieurs mesures urgentes en vue d'améliorer les conditions de détention au centre pénitentiaire de Ducos. Par une décision n° 432589 du 6 août 2019, le Conseil d'Etat a jugé que cette ordonnance avait été entièrement exécutée. Par un courrier du 26 novembre 2022, l'association Section française de l'Observatoire international des prisons (SFOIP) a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice de lui verser une indemnité en réparation des préjudices matériel et moral subis résultant d'une exécution tardive de l'ordonnance du 17 octobre 2014. Une décision implicite de refus est née le 29 janvier 2023 du silence gardé par le ministre sur cette demande. Par la présente requête, la SFOIP demande la condamnation de l'Etat à lui verser les sommes de 15 500 euros et 3 344 euros, au titre respectivement de son préjudice moral et matériel.
Sur la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
2. En premier lieu, la SFOIP ne tire d'aucune disposition invoquée ni d'aucun principe le droit d'exiger de l'administration qu'elle lui rende compte des mesures prises pour assurer l'exécution d'une ordonnance de référé rendue à la suite d'une action contentieuse qu'elle a engagée. Si elle se prévaut à cet égard d'un " droit à l'exécution des décisions de justice ", l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de la Martinique du 17 octobre 2014 ne met à la charge de l'administration aucune obligation d'information de l'association requérante sur les mesures d'exécution prises.
3. La SFOIP fait valoir qu'elle a adressé cinq courriers au directeur du centre pénitentiaire de Ducos, les 17 décembre 2014, 5 février 2015, 28 avril 2015, 22 janvier 2018 et 31 juillet 2018, dans lesquels elle lui demandait des précisions sur les mesures prises pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du 17 octobre 2014. Il est constant que le directeur du centre pénitentiaire de Ducos n'a répondu à aucun de ces courriers. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que cette absence de réponse de la part du directeur du centre pénitentiaire ne peut être regardée comme un comportement fautif qui engagerait la responsabilité de l'Etat.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'ordonnance du 17 octobre 2014 précitée, il était prescrit au garde des sceaux ministre de la justice " de prendre dans les plus brefs délais les mesures nécessaires à la rémunération par le service public hospitalier d'un médecin généraliste supplémentaire à plein temps et de faire en sorte, en prenant les mesures financières adéquates, qu'un médecin puisse intervenir la nuit et le week-end en tant que de besoin ". Il ressort du courrier de la directrice de l'administration pénitentiaire du 31 août 2015 qu'en lien avec le centre hospitalier universitaire de Martinique et l'agence régionale de santé, la création d'un poste de médecin généraliste a été actée. Dans sa décision du 6 août 2019, le Conseil d'Etat relève que si ce quatrième poste de médecin à temps plein n'était alors pas encore pourvu, c'est en raison de la faible démographie médicale, et mentionne qu'un psychiatre a été recruté par intérim pour renforcer l'unité de soins et qu'une procédure de recrutement de deux psychologues était en cours.
5. S'agissant de la permanence médicale assurée les nuits et jours fériés, il ressort du courrier précité du 31 août 2015 de la directrice de l'administration pénitentiaire que, pour l'exécution de l'ordonnance de référé, l'intervention de SOS-médecins a d'abord été envisagée. La décision du Conseil d'Etat du 6 août 2019 retient que " pour assurer la prise en charge ambulatoire non programmée des patients détenus en dehors des horaires d'ouverture du service de soins, une convention de partenariat signée le 15 décembre 2016 précise pour trois ans les modalités d'intervention d'un " médecin effecteur " au centre pénitentiaire de Ducos pour assurer des consultations de personnes détenues, après appel du centre 15, aux horaires de la permanence des soins ambulatoires et pour permettre l'intervention de médecins libéraux volontaires auprès de détenus la nuit et le week-end. Les pièces produites par la garde des sceaux, ministre de la justice montrent que ce dispositif permet effectivement d'assurer cette permanence des soins, même si un seul médecin libéral s'est porté volontaire. Dans ces conditions, l'administration pénitentiaire doit être regardée comme ayant accompli, dans la limite de ses obligations et des moyens disponibles localement, les mesures prescrites au point 36 de l'ordonnance du 17 octobre 2014 ". Dans ces conditions, compte tenu notamment des difficultés de recrutement de professionnels de santé sur le territoire martiniquais, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait tardé de manière fautive à mettre en œuvre cette injonction du juge des référés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'ordonnance du 17 octobre 2014 précitée, il était prescrit au garde des sceaux, ministre de la justice de " faire procéder, avant la fin de l'année 2014, à des travaux de nature à permettre que les cours de promenade restent utilisables même en cas d'intempéries ". Il ressort du courrier précité de la directrice de l'administration pénitentiaire que les travaux prescrits étaient encore en phase d'étude à la date du 31 août 2015. Ces travaux n'avaient pas encore été effectués au 31 juillet 2017, date d'un courrier du directeur du centre pénitentiaire de Ducos au directeur de l'agence régionale de santé de la Martinique. Il est précisé dans ce courrier que l'étude commandée à une société spécialisée préconisait des travaux qui auraient pu démarrer au printemps 2015. Ces travaux ont été différés, d'abord pour des contraintes techniques, ensuite pour des raisons budgétaires, le directeur interrégional des services pénitentiaires ayant décidé de réaffecter les crédits dédiés à d'autres travaux de sécurisation qu'il estimait plus prioritaires. Il résulte ainsi de l'instruction qu'aucun obstacle autre que budgétaire ne peut justifier le retard excessif pris dans la réalisation des travaux ordonnés par le juge des référés. Alors qu'ils devaient être au moins engagés avant la fin de l'année 2014, ces travaux ont finalement été réalisés en 2018, avec un retard que l'association requérante est fondée à considérer, dans les circonstances de l'espèce, comme fautif.
7. Il résulte de ce qui précède que seul le retard excessif pris par l'administration pénitentiaire pour réaliser les travaux prescrits par le juge des référés dans les deux cours de promenades du centre pénitentiaire de Ducos constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice matériel :
8. La SFOIP soutient subir un préjudice matériel résultant de frais postaux afférents aux courriers adressés en recommandé au directeur du centre pénitentiaire de Ducos ainsi que du temps de travail rémunéré d'un collaborateur salarié. D'une part, les frais postaux demandés sont sans lien avec la faute commise. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'action contentieuse et le suivi de l'exécution des décisions de justice rendues entrent pleinement dans les missions de l'association, comme décrit à la page 11 du rapport d'activité pour 2022 publié sur son site internet. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le suivi de l'exécution de l'ordonnance de référé du 17 octobre 2014 aurait généré des frais excédant le fonctionnement normal de l'association.
S'agissant du préjudice moral :
9. Le dépassement du délai raisonnable pour exécuter une décision juridictionnelle est présumé entraîner, par lui-même, un préjudice moral dépassant les préoccupations habituellement causées par un procès, sauf circonstances particulières en démontrant l'absence.
10. En l'espèce, la SFOIP soutient que le retard d'exécution de l'ordonnance de référé du 17 octobre 2014 lui a causé un préjudice moral compte tenu de son droit à l'exécution d'une décision de justice rendue en sa faveur et de l'atteinte portée à son objet statutaire. Il résulte toutefois de l'instruction que si l'association requérante s'est enquis de la bonne exécution de l'ordonnance de référé du 17 octobre 2014 en adressant trois courriers au directeur du centre pénitentiaire de Ducos dans les six mois suivant la notification de l'ordonnance, elle s'en est ensuite désintéressée pendant près de trois ans avant d'écrire de nouveau au directeur du centre pénitentiaire de Ducos les 22 janvier et 31 juillet 2018 puis de saisir le juge de l'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative. De plus, si le Conseil d'Etat a mis fin au litige sur l'exécution par sa décision du 6 août 2019, la SFOIP s'est de nouveau longuement désintéressée de l'affaire dès lors que sa demande indemnitaire préalable n'a été adressée au garde des sceaux que le 26 novembre 2022, soit à l'issue d'un délai de plus de trois ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'un préjudice moral en lien avec le retard fautif évoqué au point 7 ci-dessus n'apparait pas établie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la SFOIP doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, la somme demandée par la SFOIP au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Section française de l'Observatoire international des prisons est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié la Section française de l'Observatoire international des prisons et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
Le président,
J-M. Laso
Le greffier,
J-H Minin
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026