jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300228 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LINCOLN AVOCATS CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, Mme C B, représentée par la Selarl Lincoln Avocats conseil, agissant par l'intermédiaire de Me Aksil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Martinique a remis en cause le bénéfice de la majoration de traitement de 40 % applicable aux fonctionnaires affectés en Martinique, en tant qu'elle porte sur la période du 13 avril 2022 au 7 octobre 2022 inclus, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux daté du 24 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Martinique de lui verser la majoration de traitement de 40 % applicable aux fonctionnaires affectés en Martinique sur la période du 12 avril 2022 au 8 octobre 2022, pour un montant de 12 426,44 euros ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle bénéficiait du droit au bénéfice de la majoration de 40 % de son traitement prévue par la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 dès lors qu'elle est demeurée en activité et affectée en Martinique à la suite du congé de longue maladie dont elle a bénéficié à compter d'avril 2022 ;
- l'illégalité de la position de l'administration a généré un état de stress important avec notamment des vertiges récurrents qui a nui à sa convalescence, lui causant un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 5 000 euros, dont elle est fondée à demander l'indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, la rectrice de l'académie de Martinique, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- en outre, les conclusions indemnitaires sont irrecevables.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 ;
- le décret n° 53-1266 du 22 décembre 1953 ;
- le décret n° 57-87 du 28 janvier 1957 ;
- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laso,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, professeure certifiée hors classe, est affectée au sein du collège du Carbet, en qualité de documentaliste. Elle a été placée en congé de longue maladie non imputable au service à compter du 4 avril 2022. Par décision du 16 novembre 2022, la rectrice de l'académie de Martinique a remis en cause le bénéfice de la majoration de traitement de 40 % applicable aux fonctionnaires affectés en Martinique depuis le 13 avril 2022. L'intéressée a formé un recours gracieux par un courrier daté du 24 décembre 2022. Dans la présente instance, Mme B demande au tribunal administratif d'annuler la décision de la rectrice de l'académie de Martinique du 16 novembre 2022, en tant qu'elle porte sur la période du 13 avril 2022 au 8 octobre 2022, et la décision implicite rejetant son recours gracieux, ainsi que d'enjoindre à l'administration de lui verser la majoration de traitement de 40 % sur la période du 12 avril 2022 au 8 octobre 2022, pour un montant de 12 426,44 euros. Elle demande en outre à la juridiction de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la légalité des décisions attaquées :
2. D'une part, l'article L. 741-1 du code général de la fonction publique, qui reprend en substance l'article 3 de la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 concernant les conditions de rémunération et les avantages divers accordés aux fonctionnaires en service dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion, dispose : " Le traitement du fonctionnaire de l'Etat et du fonctionnaire hospitalier en service () à la Martinique () est majoré de 25 % () ". L'article 10 du décret du 22 décembre 1953 portant aménagement du régime de rémunération des fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements d'outre-mer dispose : " A titre provisoire et pour compter du 1er août 1953, il est attribué aux fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements () de la Martinique (), un complément temporaire à la majoration de traitement instituée par l'article 3 de la loi susvisée du 3 avril 1950. Le taux de ce complément est fixé à 5 % du traitement indiciaire de base () ". L'article 1er du décret du 28 janvier 1957 portant majoration du complément temporaire alloué aux fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane française dispose : " Pour compter du 1er janvier 1957, le montant du complément temporaire institué par l'article 10 du décret susvisé du 22 décembre 1953 est porté à 15% à l'égard des fonctionnaires de l'Etat en service dans les départements () de la Martinique () ". Les avantages institués par ces dispositions, qui prévoient une majoration de traitement de 40 % au bénéfice notamment des fonctionnaires de l'Etat affectés dans le département de la Martinique, sont liés au séjour de l'agent dans un département d'outre-mer, et présentent ainsi le caractère d'une indemnité attachée à l'exercice des fonctions.
3. D'autre part, l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique dispose : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. " L'article L. 822-8 du même code dispose : " Le fonctionnaire en congé de longue maladie perçoit : / 1° Pendant un an, la totalité de son traitement ; / 2° Pendant les deux années suivantes, la moitié de celui-ci. / L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. " L'article 1er du décret du 26 août 2010 relatif au régime de maintien des primes et indemnités des agents publics de l'Etat et des magistrats de l'ordre judiciaire dans certaines situations de congés dispose : " I. - 1° Le bénéfice des primes et indemnités versées aux fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, aux magistrats de l'ordre judiciaire () est maintenu dans les mêmes proportions que le traitement () en cas de congés pris en application () des 1°, 2° et 5° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () / 2° Les dispositions des régimes indemnitaires qui prévoient leur modulation en fonction des résultats et de la manière de servir de l'agent demeurent applicables ; () ". Enfin, en vertu de l'application combinée des articles 25 et 37 du décret du 14 mars 1986 relatif notamment au régime de congés de maladie des fonctionnaires, d'une part, la rémunération versée aux agents en congé de maladie ordinaire comprend le traitement indiciaire brut ainsi que les primes et indemnités, à l'exception de dix d'entre elles au nombre desquelles ne figurent pas les primes attachées à l'exercice des fonctions à moins qu'elles ne correspondent à des sujétions particulières, d'autre part, la rémunération versée aux agents en congé de longue maladie ou de longue durée exclut explicitement les indemnités qui sont attachées à l'exercice des fonctions.
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les fonctionnaires de l'Etat qui sont placés en congé de longue maladie ne peuvent bénéficier du maintien de la majoration de traitement instituée par la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 et les textes réglementaires qui la complètent, laquelle majoration présente le caractère d'une indemnité attachée à l'exercice des fonctions. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté de placement en congé de maladie du 14 septembre 2022 et des différents échanges de courriers entre l'intéressée et sa hiérarchie, que Mme B a été placée en congé de longue maladie pendant l'ensemble de la période litigieuse du 12 avril 2022 au 7 octobre 2022 inclus. Il s'ensuit que, du seul fait de son placement en congé de longue maladie, la requérante ne pouvait bénéficier du maintien de la majoration de son traitement de 40 % lié à son affectation dans un département d'outre-mer, et ce quand bien même elle est effectivement restée affectée en Martinique au cours de cette période. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2. n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée de la rectrice de l'académie de Martinique du 16 novembre 2022 portant remise en cause du bénéfice de la majoration de traitement de 40 %. Les conclusions principales de sa requête présentées à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision de la rectrice de l'académie de Martinique du 16 novembre 2022 remettant en cause le bénéfice de la majoration de traitement de 40 % applicable aux fonctionnaires affectés en Martinique n'est pas entachée d'illégalité. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'Etat aurait commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité à son égard en édictant une telle décision.
7. Il résulte ce qui précède que, en l'absence de toute faute commise par la rectrice de l'académie de Martinique, les conclusions indemnitaires de la requête dirigées contre l'Etat doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions d'engagement de responsabilité de la puissance publique tenant à l'existence d'un préjudice et d'un lien de causalité.
Sur l'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Martinique.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le président rapporteur,
J-M. Laso
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
S. de PalmaertLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026