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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300250

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300250

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHALVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2023 et le 10 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Chalvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du maire de Fort-de-France du 10 avril 2023, en tant qu'elle refuse sa demande d'intégration au sein de la fonction publique territoriale, dans un cadre d'emplois de catégorie A, et sa demande de versement d'un complément de rémunération ;

2°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de l'inscrire sur une liste d'aptitude pour accéder à un cadre d'emplois de catégorie A dont les missions englobent l'emploi qu'elle occupe actuellement ;

3°) d'annuler la décision du maire de Fort-de-France du 1er juillet 2019 la recrutant en qualité de chargée de projet, et de requalifier son contrat de travail en contrat à durée indéterminée ;

4°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de reconstituer sa carrière à compter du 1er novembre 2012, comme attachée territoriale ;

5°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France, d'une part, de lui communiquer son dossier individuel et son contrat de travail modifié incluant son indice majoré correspondant à son ancienneté, sa qualification et son expérience professionnelle et, d'autre part, de procéder au versement rétroactif de la rémunération qu'elle estime lui être due depuis son recrutement et de ses cotisations sociales en tant qu'agent contractuel à durée indéterminée ainsi que le remboursement et la prise en charge d'une partie de ses titres d'abonnement aux transports publics, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

6°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de rétablir à son profit l'égalité salariale sur des critères objectifs entre les agents contractuels et les fonctionnaires exerçant un emploi équivalent, en appliquant les critères qui lui sont les plus favorables afin qu'elle dispose d'une rémunération au moins égale à la rémunération des fonctionnaires de catégorie A du même service ;

7°) d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de lui allouer une rémunération sur la base d'un indice majoré au moins égal à 463, afin de tenir compte de son ancienneté, de son expérience et de sa qualification professionnelle ;

8°) de condamner la commune Fort-de-France à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle expose subir en raison de fautes commises dans la gestion de sa situation administrative ;

9°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la commune Fort-de-France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle n'a pas pu bénéficier de la formation d'intégration et de professionnalisation prévue pour les fonctionnaires.

En ce qui concerne la décision implicite du 10 avril 2023 :

- elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnaît l'article 3-3 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, l'article 13 de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 et l'article 2 du décret n° 86-227 du 18 février 1986, dès lors que son expérience en tant que vacataire justifiait qu'il soit fait droit à sa demande d'intégration comme fonctionnaire titulaire de catégorie A ;

- elle méconnaît l'article L. 327-5 du code général de la fonction publique ;

- elle est entachée de discrimination et constitue une rupture d'égalité de traitement entre les agents contractuels et les fonctionnaires ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dans la mesure où ses qualifications et son expérience lui donnent droit à une meilleure rémunération.

En ce qui concerne la décision du 1er juillet 2019 prononçant son recrutement :

- elle est entachée d'un vice de forme ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents prévue par le décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 ;

- elle est dénuée de fondement juridique, en l'absence d'une délibération autorisant le recrutement d'un contractuel sur un emploi permanent.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune Fort-de-France :

- elle a commis une faute en refusant de la titulariser au sein de la fonction publique territoriale, sur un cadre d'emplois de catégorie A ;

- elle a commis une faute en ne la rémunérant pas suffisamment au regard de son ancienneté, de son expérience et de sa qualification professionnelle ;

- la gestion de sa carrière est fautive, en méconnaissance du principe d'égalité salariale prévu à l'article 119 du traité de Rome, de la directive européenne 75/117/CEE, de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et du principe " à travail égal, salaire égal " consacré par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 15 avril 2021 n° C511/19 ;

- son recrutement en contrat à durée déterminée, pour occuper un emploi permanent, est fautif en ce qu'il méconnaît les articles 3 et 3-2 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- ces fautes sont à l'origine d'un préjudice financier et moral qu'elle évalue à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2023, la commune de Fort-de-France, représentée par la SELAS JurisCarib, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et la somme de 5 000 euros soient mis à la charge de Mme B au titre respectivement de l'article R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la demande d'annulation de la décision du 1er juillet 2019 est irrecevable, dès lors qu'elle concerne une décision créatrice de droits émise quatre ans auparavant ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 18 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- l'absence d'intérêt pour agir de Mme B à l'encontre de la décision du 1er juillet 2019 prononçant son recrutement, décision qui lui est favorable ;

- l'irrecevabilité de la demande tendant à ce que le tribunal requalifie son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, dès lors qu'il n'appartient pas au tribunal de se substituer à l'administration en requalifiant un contrat de recrutement d'un agent public ;

- l'irrecevabilité de la demande d'injonction à la commune de Fort-de-France de lui communiquer son contrat de travail modifié et son dossier individuel, qui n'est pas présentée à titre accessoire d'une demande d'annulation d'une décision de l'administration refusant de procéder à cette communication, et qui doit ainsi être regardée comme une demande d'injonction présentée à titre principal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, signé à Lisbonne le 13 décembre 2007 ;

- la directive 75/117/CEE du Conseil, du 10 février 1975, concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre les travailleurs masculins et les travailleurs féminins ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 86-227 du 18 février 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- les observations de Me Chalvin, représentant Mme B ;

- et les observations de Me Nicolas, représentant la commune de Fort-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, recrutée par la commune de Fort-de-France à compter du 1er novembre 2012, en qualité d'agent contractuelle, exerce les fonctions, en vertu d'une décision du 1er juillet 2019, de chargée de projets, en charge de l'ingénierie des évènements dans la ville. Le 10 février 2023, elle a notamment demandé au maire de Fort-de-France son intégration au sein de la fonction publique territoriale, dans un cadre d'emplois de catégorie A, ainsi que le versement de la rémunération qu'elle estime lui être due depuis son recrutement. Le silence gardé par le maire sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 10 avril 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du maire de Fort-de-France 10 avril 2023 en tant qu'elle refuse son intégration comme fonctionnaire de catégorie A et le versement d'un complément de rémunération, d'annuler la décision du maire de Fort-de-France du 1er juillet 2019 la recrutant en qualité de chargée de projets en charge de l'ingénierie des évènements dans la ville et de requalifier son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée. Elle demande également d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de l'inscrire sur une liste d'aptitude pour accéder à un cadre d'emplois de catégorie A, de reconstituer sa carrière à compter du 1er novembre 2012 en qualité d'attachée territoriale, de lui communiquer son dossier individuel et son contrat de travail modifié, de procéder au versement rétroactif de la rémunération qu'elle estime lui être due depuis son recrutement et de ses cotisations sociales en tant qu'agent contractuel à durée indéterminée ainsi que le remboursement et la prise en charge d'une partie de ses titres d'abonnement aux transports publics, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement. Elle demande par ailleurs d'enjoindre à la commune de Fort-de-France de rétablir à son profit l'égalité salariale et de lui allouer une rémunération sur la base d'un indice majoré au moins égal à 463. Elle demande enfin la condamnation de la commune Fort-de-France à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle expose subir en raison de fautes commises dans la gestion de sa situation administrative.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Mme B demande au tribunal d'annuler son contrat de travail en cours, matérialisé par la décision du 1er juillet 2019 par laquelle le maire de Fort-de-France l'a recrutée comme chargée de projets, en charge de l'ingénierie des évènements dans la ville. Toutefois, un tel acte, qui ne présente aucun caractère fictif ou frauduleux, crée des droits au profit de l'agente contractuelle. Il s'ensuit que, compte-tenu du caractère créateur de droits d'un contrat de travail, Mme B ne justifie d'aucun intérêt lui donnant qualité pour agir dans la présente instance afin d'en demander l'annulation. La commune Fort-de-France est dès lors fondée à se prévaloir de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de Mme B dirigées contre cette décision, qui ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'irrecevabilité partielle des conclusions à fin d'injonction :

3. D'une part, si la requérante demande au tribunal de requalifier son contrat de travail à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, il n'appartient pas au tribunal administratif de se substituer à l'administration en requalifiant un contrat de recrutement d'un agent public contractuel. Une telle demande doit, par suite, être rejetée comme irrecevable.

4. D'autre part, en dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions de Mme B, tendant à enjoindre à la commune de Fort-de-France de lui communiquer son contrat de travail modifié et son dossier individuel, qui ne sont pas présentées à titre accessoire d'une demande d'annulation d'une décision de l'administration refusant de procéder à cette communication, doivent être regardées comme constituant une demande d'injonction présentée à titre principal, qui n'entre pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'irrecevabilité partielle des conclusions indemnitaires :

5. Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 et R. 612-1 du code de justice administrative, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

6. Dans sa requête, Mme B demande notamment la condamnation de la commune de Fort-de-France à l'indemniser de son préjudice résultant de la faute qu'aurait commise la commune de Fort-de-France en recourant abusivement au contrat à durée déterminée, et en la maintenant dans une situation de précarité, sans transformer son contrat en contrat à durée indéterminée, alors qu'elle est affectée sur un emploi répondant à un besoin permanent de la commune. De telles conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Fort-de-France, se rattachent à un fait générateur distinct de la demande indemnitaire formée par le courrier du 2 février 2023, dans lequel le conseil de la requérante entendait seulement se prévaloir du préjudice subi dans le retard de carrière, résultant selon elle du refus de titularisation au sein de la fonction publique territoriale et de l'insuffisante rémunération qui en résulte. Or, la requête de Mme B n'est accompagnée ni d'une décision de commune de Fort-de-France portant rejet d'une demande indemnitaire qui lui aurait été adressée, sur le fondement de la responsabilité pour faute liée au refus de la recruter en contrat à durée indéterminée, ni de l'accusé de réception d'une telle demande. En dépit de la demande de régularisation qui a été adressée par le tribunal à son conseil, le 4 avril 2024, par l'application Télérecours, Mme B n'a pas communiqué la décision demandée mais s'est bornée à renvoyer le courrier du 2 février 2023. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme B, se rattachant à ce fait générateur, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite du 10 avril 2023 :

7. En premier lieu, à la différence d'un refus de titularisation d'un fonctionnaire stagiaire, décidé à l'initiative de l'administration, à l'encontre d'un agent qui a obtenu un concours et qui a, a priori, vocation à être titularisé sans avoir à présenter une quelconque demande en ce sens, sauf à ce qu'il soit caractérisé des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir, aucun texte ni aucun principe n'impose en revanche à l'administration de recueillir les observations d'un agent contractuel avant de refuser sa demande de titularisation au sein de la fonction publique, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'étant en particulier pas applicables aux cas où il est statué sur une demande. Le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable doit, par suite, être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, à supposer que Mme B entende exciper de l'irrégularité de son recrutement en qualité d'agent contractuelle, au motif que la décision du 1er juillet 2019 serait entachée d'un vice de forme, d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents, prévue par le décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019, et d'un défaut de fondement juridique, en l'absence d'une délibération autorisant le recrutement d'un contractuel sur un emploi permanent, un tel moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant, dans la mesure où ces irrégularités invoquées ne sauraient en aucun cas garantir à la requérante un quelconque droit à être nommée en qualité de fonctionnaire et sont, par suite, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

9. En troisième lieu, à supposer que le moyen tiré de ce que Mme B n'aurait pas pu bénéficier de la formation d'intégration et de professionnalisation des fonctionnaires, à laquelle elle estime avoir droit en tant qu'agent contractuelle occupant un emploi permanent, puisse être regardé comme présenté au soutien de la demande d'annulation de la décision implicite du 10 avril 2023, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, dans la mesure où il est sans incidence aucune sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée aurait sollicité le bénéfice d'une telle formation, ni que celle-ci lui aurait été refusée, alors au demeurant qu'elle a pu bénéficier, entre le 1er septembre 2017 et le 31 août 2018, d'un congé de formation professionnelle d'une durée d'un an, afin de préparer un Master 2 à l'université de Lyon.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 320-1 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires sont recrutés par concours, sauf dérogation prévue par le présent livre " et aux termes de l'article L. 326-1 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 320-1, les fonctionnaires peuvent être recrutés sans concours : / 1° Pour l'accès à des emplois réservés aux catégories de personnes mentionnées au chapitre Ier du titre IV du livre II du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans les conditions définies au chapitre II du titre IV du livre II du même code ; / 2° Lors de la constitution initiale d'un corps, cadre d'emplois ou emploi ; / 3° Pour l'accès aux corps de catégorie C, lorsque le grade de début est doté de l'échelle de rémunération la moins élevée de la fonction publique, le cas échéant, selon des conditions d'aptitude prévues par les statuts particuliers ".

11. La circonstance que Mme B occuperait depuis plusieurs années un emploi répondant à un besoin permanent de la commune de Fort-de-France n'a pas d'incidence sur la légalité du refus opposé par le maire à sa demande d'intégration en qualité de fonctionnaire titulaire, et ce d'autant qu'il n'est pas établi, ni même allégué, que la requérante entrerait dans le champ d'une dérogation prévue par la loi au recrutement sans concours, résultant de l'article L. 326-1 précité. Par ailleurs, les dispositions du décret du 18 février 1986 relatif à la titularisation des agents des collectivités territoriales des catégories A et B, ne concernaient que les agents contractuels qui remplissaient les conditions énumérées aux articles 126 et 127 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984, désormais abrogés, et qui ont présenté leur candidature dans un délai de six mois à compter de la publication du décret n° 98-68 du 2 février 1998, et ne peuvent, par suite, pas être utilement invoquées par la requérante pour se prévaloir d'un quelconque droit à intégration dans la fonction publique territoriale en raison de son expérience comme vacataire. Mme B ne peut davantage utilement se prévaloir des dispositions de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, au demeurant abrogées et reprises à l'article L. 332-8 du code général de la fonction publique, selon lesquelles des emplois permanents peuvent être occupés par des agents contractuels sous certaines conditions. En effet, de telles dispositions, qui ont seulement pour objet de déroger au principe cité à l'article L. 311-1 de ce code, en vertu duquel les emplois permanents de l'État et des collectivités publiques sont occupés par des fonctionnaires, n'impliquent pas que l'agent contractuel recruté sur un emploi permanent pourrait de ce seul fait bénéficier d'une intégration comme fonctionnaire titulaire. Enfin, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'article 13 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, dite loi Sauvadet, dans la mesure où il ressort pourtant clairement de ces dispositions que ce mode de recrutement dérogatoire n'était ouvert que pendant une durée de six ans à compter de la date de publication de la loi. Le moyen doit, par suite, être écarté.

12. En cinquième lieu, l'article L. 325-38 du code général de la fonction publique dispose que : " Chaque concours de la fonction publique territoriale donne lieu à l'établissement d'une liste d'aptitude classant par ordre alphabétique les candidats déclarés aptes par le jury () " et l'article L. 327-5 du même code dispose que : " Lorsqu'un agent contractuel territorial recruté pour pourvoir un emploi permanent sur le fondement des articles L. 332-8 ou L. 332-14 est inscrit sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois dont les missions englobent l'emploi qu'il occupe, il peut être nommé en qualité de fonctionnaire stagiaire par l'autorité territoriale, au plus tard au terme de son contrat. L'article L. 313-4 n'est pas applicable ".

13. Les dispositions de l'article L. 327-5 précitées ne visent qu'à définir la situation des agents contractuels ayant obtenu un concours leur permettant d'accéder à la fonction publique territoriale, dans l'attente de leur titularisation, mais n'ont pas pour objet d'instituer un quelconque dispositif ouvrant droit à une inscription sur une liste d'aptitude, en dehors du recrutement par concours. Par suite, Mme B ne peut sérieusement soutenir que, dans la mesure où elle occupe un emploi répondant à un besoin permanent de la commune, elle devrait être inscrite sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois de catégorie A, dont les missions englobent l'emploi qu'elle occupe. À supposer qu'il soit soulevé, le moyen doit être écarté.

14. En sixième lieu, l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique dispose que : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ".

15. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

16. Pour tenter de caractériser la discrimination dont elle estime être victime, la requérante soutient que, malgré le respect des conditions légales lui permettant de prétendre à son intégration en tant que fonctionnaire territorial de catégorie A, la commune de Fort-de-France persiste à la recruter en qualité de vacataire, sans tenir compte de son expérience professionnelle, de son ancienneté acquise depuis 2012 et de ses compétences, et ne la rémunère pas à sa juste valeur. Toutefois, et alors qu'il résulte de ce qui précède que l'intéressée n'a aucun droit au recrutement en qualité de fonctionnaire titulaire, ces éléments ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'une discrimination.

17. De même, à supposer que le moyen soit soulevé, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une rupture d'égalité en sa qualité d'agent contractuel, au regard de la rémunération des fonctionnaires occupant un emploi équivalent, dès lors que les agents contractuels et les fonctionnaires titulaires ne se trouvent pas dans la même situation juridique au regard du service public, de sorte que l'administration n'est pas tenue de soumettre les uns et les autres à la même réglementation, notamment en ce qui concerne les modalités de leur rémunération. Au demeurant, la requérante ne démontre pas que les fonctionnaires territoriaux occupant des fonctions similaires à celles qu'elle occupe, bénéficieraient d'une rémunération supérieure à la sienne.

18. En septième lieu, aux termes de l'article L. 713-1 du code général de la fonction publique : " La rémunération des agents contractuels est fixée par l'autorité compétente en tenant compte des fonctions exercées, de la qualification requise pour leur exercice et de l'expérience de ces agents. / Elle peut tenir compte de leurs résultats professionnels et des résultats collectifs du service et évoluer au sein de l'administration, de la collectivité ou de l'établissement qui les emploie ". Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation

19. Pour soutenir que sa rémunération, qui s'élève à 2 902,77 euros brut par mois, soit 2 332,95 euros net, est insuffisante, Mme B expose qu'elle a été recrutée par la commune de Fort-de-France en tant qu'agent contractuelle entre février 2012 et juillet 2012 sur des fonctions d'assistante de production, puis qu'elle a exercé des fonctions d'assistante de gestion administrative entre novembre 2012 et octobre 2015, et enfin qu'elle occupe un poste de cheffe de projet depuis novembre 2015. Outre son expérience au sein de la commune Fort-de-France à compter de l'année 2012, la requérante n'apporte toutefois aucun élément sur sa qualification professionnelle et ses expériences antérieures, ni sur les missions et les responsabilités qui lui sont confiées sur son poste de chargée de projets. Elle n'apporte par ailleurs que très peu de précisions sur sa valeur professionnelle, dès lors qu'elle se borne à produire un seul compte-rendu d'entretien professionnel, établi au titre de l'année 2021, qui relève d'ailleurs que les objectifs assignés à l'intéressée n'ont été que partiellement atteints. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le montant de sa rémunération serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation partielle de la décision implicite du 10 avril 2023 du maire de Fort-de-France.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions de la requérante tendant à ce que le tribunal enjoigne à la commune de Fort-de-France de l'inscrire sur une liste d'aptitude pour accéder à un cadre d'emplois de catégorie A, de reconstituer sa carrière à compter du 1er novembre 2012 en qualité d'attachée territoriale, de procéder au versement rétroactif de la rémunération qu'elle estime lui être due depuis son recrutement et de ses cotisations sociales en tant qu'agent contractuel à durée indéterminée ainsi que le remboursement et la prise en charge d'une partie de ses titres d'abonnement aux transports publics, mais aussi de rétablir à son profit l'égalité salariale et de lui allouer une rémunération sur la base d'un indice majoré au moins égal à 463, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

23. Mme B demande la condamnation de la commune Fort-de-France à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des préjudices financiers et moraux qu'elle expose subir en raison de fautes commises dans la gestion de sa situation administrative.

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le maire de Fort-de-France n'a commis aucune faute en refusant de faire droit à la demande d'intégration de la requérante au sein de la fonction publique territoriale, sur un cadre d'emplois de catégorie A.

25. En deuxième lieu, à supposer que le contentieux puisse être regardé comme lié sur ce point, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 16 et 17, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune Fort-de-France a commis une faute en lui versant une rémunération inférieure à celle perçue par les fonctionnaires exerçant des fonctions similaires, en méconnaissance du principe d'égalité salariale, sur le fondement de l'article 119 du traité de Rome, de la directive européenne 75/117/CEE, de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et du principe " à travail égal, salaire égal " consacré par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 15 avril 2021 n° C511/19.

26. En troisième lieu, si la requérante soutient que la commune Fort-de-France a méconnu les dispositions des articles 3 et 3-2 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat, une telle faute n'est pas établie dans la mesure où les dispositions invoquées, au demeurant abrogées, concernent le cas des emplois permanents de l'Etat et des établissements publics de l'Etat et ne sont, dès lors, pas applicables à la fonction publique territoriale.

27. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 19, la commune de Fort-de-France n'a pas commis d'illégalité fautive en déterminant le montant de la rémunération de Mme B, au regard de son expérience et de sa valeur professionnelle.

28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune Fort-de-France à l'indemniser de son préjudice.

Sur les dépens :

29. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de la commune Fort-de-France tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de Mme B ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune Fort-de-France, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune Fort-de-France sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune Fort-de-France présentées sur le fondement des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune Fort-de-France.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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