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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300277

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300277

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300277
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLABEJOF-LORDINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 mai 2023, la SARL CDL Drinks, représentée par Me Labejof-Lordinot, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision du maire de la commune de Sainte-Luce du 10 mai 2023 lui enjoignant de cesser les activités de débit de boissons qu'elle exerce sur une parcelle située quartier Les Coteaux à Sainte-Luce ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Luce d'autoriser l'ouverture de son établissement et de retirer la décision attaquée du 10 mai 2023, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dès le jeudi 18 mai 2023, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Luce une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'une situation d'urgence dès lors que la fermeture de l'établissement mettra en péril la survie de son activité ;

- en effet, une fermeture administrative intervenant en pleine période de début d'activité, cruciale en termes de réputation et de promotion, et au milieu de la période stratégique des week-ends prolongés du mois de mai, impacterait sur le long terme la pérennité de son activité ;

- une telle fermeture entraînerait également une importante perte de chiffre d'affaires, l'empêchant de pouvoir verser les rémunérations de ses quatre salariés, d'honorer ses mensualités, et entrainerait la perte de son stock de denrées périssables ;

- la mesure de fermeture administrative litigieuse porte une atteinte grave et immédiate à la liberté constitutionnelle d'entreprendre, qui constitue une liberté fondamentale ;

- cette atteinte est manifestement illégale ;

- le maire a commis une erreur d'appréciation en l'absence de tout changement de destination de la parcelle, puisque le débit de boissons est exploité dans un bungalow resté inchangé qui préexistait à la délivrance du permis de construire du 17 mars 2023 ;

- le maire a commis une erreur sur l'exactitude matérielle des faits en estimant qu'elle avait installé un bar dans le local de bureaux, alors que l'établissement est situé dans le bungalow ;

- le maire ne pouvait lui reprocher un changement de destination de la parcelle, alors qu'il connaissait l'existence de l'établissement ainsi qu'il résulte d'un courrier qu'il lui avait adressé quelques jours plus tôt ;

- la décision du maire est illégale dans la mesure où elle est intervenue sans que ne soit mise en œuvre la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL CDL Drinks exploite l'établissement dénommé " Le Wood ", situé quartier Les Coteaux à Sainte-Luce, qui propose notamment un service de vente de boissons alcoolisées pendant ses horaires d'ouverture, du jeudi au dimanche. Par décision du 10 mai 2023, le maire de la commune de Sainte-Luce, après avoir constaté que la destination du local n'était pas conforme au permis de construire délivré sur la parcelle le 17 mars 2023, a enjoint à la société de cesser ses activités de débit de boissons. Dans la présente instance, la SARL CDL Drinks doit être regardée comme demandant au juge des référés du tribunal administratif d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de cet arrêté municipal, ainsi que d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Luce, sous condition d'astreinte et de délai, d'autoriser l'ouverture de l'établissement et de retirer sa décision du 10 mai 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " L'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

3. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du demandeur ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Pour justifier l'existence d'une situation d'urgence impliquant la suspension de l'arrêté du maire de la commune de Sainte-Luce du 10 mai 2023 lui enjoignant de cesser les activités de débit de boissons de son établissement, la SARL CDL Drinks se prévaut de la précarité de sa situation financière et de ce que la fermeture administrative mettrait sa survie en péril. Toutefois, d'une part, si la société fait valoir que la décision attaquée intervient dans un contexte de début d'activité, crucial en termes de réputation et de promotion, au milieu de la période stratégique des week-ends prolongés du mois de mai, elle n'établit toutefois pas, en l'absence de toute précision et de tout élément versé à l'instruction, que son premier mois d'activité se serait traduit par un succès, en termes de résultat ou de conquête de parts d'activités. D'autre part, faute de précision et de justificatif, notamment comptable, la société ne démontre pas que le paiement des rémunérations des quatre salariés qu'elle a recrutés à l'occasion du lancement de son activité et le règlement des mensualités dont elle se prévaut, sans préciser au demeurant la nature, devrait intervenir à très brève échéance, et non à la fin du mois, et que sa situation financière, en particulier sa trésorerie, ne lui permettrait pas d'y faire face temporairement. Enfin, la société n'apporte aucune précision sur la consistance du stock de denrées périssables dont elle se prévaut. Dans ces conditions, il n'est pas établi, en l'état de l'instruction, que la situation économique de la SARL CDL Drinks ne lui permettrait pas de faire face à ses charges fixes si elle était temporairement privée de recettes et que cette situation entraînerait, à très court terme, des conséquences économiques difficilement réparables. Les éléments apportés par la société requérante ne permettent dès lors pas de caractériser, à la date de la présente ordonnance, une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai de 48 heures. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la seconde condition de l'article L. 521-2 du code de justice administrative tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que les conclusions principales de la requête de la SARL CDL Drinks tendant à la suspension de la décision attaquée du maire de la commune de Sainte-Luce du 10 mai 2023 lui enjoignant de cesser les activités de débit de boissons de l'établissement qu'elle exploite, et à ce qu'il soit enjoint au maire, sous condition de délai et d'astreinte, d'autoriser l'ouverture de l'établissement et de retirer sa décision du 10 mai 2023 doivent être rejetées.

6. La présente ordonnance ne fait pas obstacle à ce que la SARL CDL Drinks, si elle s'y croit recevable et fondée, présente devant le tribunal administratif un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision attaquée du maire de la commune de Sainte-Luce du 10 mai 2023 lui enjoignant de cesser l'activité de débit de boissons de l'établissement qu'elle exploite et qu'elle assortisse ce recours d'une demande de suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Luce qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL CDL Drinks demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de SARL CDL Drinks est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL CDL Drinks.

Fait à Schoelcher, le 17 mai 2023.

Le juge des référés,

V. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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