jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GRANVORKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 1er août 2023, Mme C A, représentée par Me Granvorka, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 002131 émis le 16 septembre 2022 par lequel la commune de Fort-de-France a mis à sa charge le paiement d'une somme de 27 510 euros correspondant à une indemnité d'occupation irrégulière du domaine public communal, ainsi que de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
2°) d'annuler l'avis de saisie à tiers détenteur n° 758512534 émis le 2 mars 2023 par le comptable public à destination de sa compagnie d'assurance-prévoyance pour le recouvrement de la somme de 27 510 euros se rapportant à un avis de sommes à payer n° 002131 émis par la commune de Fort-de-France le 16 septembre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable puisque, conformément à l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, elle a été formée moins de deux mois après la notification, le 30 janvier 2023, de l'avis à tiers détenteur émis par le comptable public ;
- elle n'a été destinataire d'aucune lettre de mise en demeure préalablement à l'émission de l'avis de saisie à tiers détenteur émis par le comptable public le 2 mars 2023 ;
- l'avis de sommes à payer litigieux ne lui avait pas été notifié avant que le comptable public n'émette l'avis de saisie à tiers détenteur du 2 mars 2023 ;
- elle ignore tout de la somme de 27 510 euros qui lui est réclamée, et conteste ainsi le bien-fondé de la créance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, la commune de Fort-de-France conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
La procédure a été régulièrement communiquée au directeur régional des finances publiques de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.
Par courrier du 9 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 2 mars 2023, de telles conclusions dirigées contre un acte de poursuite se rapportant au recouvrement de créances non fiscales d'une collectivité territoriale relevant ainsi de la compétence du juge de l'exécution.
La commune de Fort-de-France a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire qui a été enregistré le 21 novembre 2023.
Le directeur régional des finances publiques de la Martinique a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire qui a été enregistré le 1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant la commune de Fort-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A a fait l'objet, le 2 mars 2023, d'un avis de saisie à tiers détenteur, portant sur une somme de 27 510 euros, émis par le comptable public à destination de sa compagnie d'assurance-prévoyance en vue du recouvrement d'une somme de 27 510 euros se rapportant à un avis de sommes à payer émis par la commune de Fort-de-France le 16 septembre 2022. Dans la présente instance, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal administratif d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 16 septembre 2022 par la commune de Fort-de-France, ainsi que de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 27 510 euros. Elle doit également être regardée comme demandant également à la juridiction d'annuler l'avis de saisie à tiers détenteur émis par le comptable public le 2 mars 2023.
Sur l'incompétence partielle de la juridiction administrative :
2. L'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dispose : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ". L'article L. 281 du livre des procédures fiscales dispose : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. " En application de l'article L. 213-5 du code de l'organisation judiciaire, les fonctions de juge de l'exécution sont exercées par le président du tribunal judiciaire ou, en cas de délégation consentie par ce dernier, par un ou plusieurs juges de ce tribunal.
3. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
4. En l'espèce, Mme A conteste l'avis de saisie à tiers détenteur n° 758512534 du 2 mars 2023 que le comptable public a émis à destination de sa compagnie d'assurance-prévoyance pour le recouvrement d'un avis de sommes à payer émis par la commune de Fort-de-France le 16 septembre 2022 et portant sur des indemnités d'occupation sans droit ni titre du domaine public. Une telle contestation, qui est dirigée contre un acte de poursuite, relève du contentieux du recouvrement et se rapporte à une créance non fiscale d'une collectivité territoriale. Elle relève dès lors de la compétence du juge de l'exécution. Il s'ensuit que les conclusions de la requête dirigées contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
5. L'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier () ".
6. Sans préjudice de la répression éventuelle des contraventions de grande voirie, le gestionnaire d'une dépendance du domaine public est fondé à réclamer à un occupant sans titre, à raison de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période.
7. Il résulte de l'instruction que Mme A a conclu avec la ville de Fort-de-France, le 20 novembre 2015, une convention l'autorisant à exploiter, pendant une durée d'un an jusqu'au 30 septembre 2016, un commerce de snack ambulant sur un emplacement d'une surface de 37 m² situé sur le domaine public routier communal, au droit du parking des taxis donnant sur le front de mer. Au terme du contrat, la requérante n'a pas sollicité le renouvellement de la convention, comme le lui permettait pourtant son article 3. Elle a cependant continué à occuper sans autorisation l'emplacement et à y exploiter sa roulotte snack, malgré un courrier du maire de la commune du 9 avril 2018 lui enjoignant de régulariser sa situation auprès des services municipaux. Il résulte des différents rapports de police municipale et du courrier de mise en demeure de quitter les lieux que lui a adressé le maire, que l'occupation irrégulière s'est poursuivie entre le mois de mai 2019 et le mois de juin 2021. Il s'ensuit que la commune de Fort-de-France pouvait valablement comme elle l'a fait émettre un titre exécutoire à l'encontre de Mme A, occupante sans titre du domaine public, afin de lui réclamer une indemnité destinée à compenser les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant la période d'occupation irrégulière couvrant le mois de mai 2019 au mois de juin 2021. Dans ces conditions, en l'absence de contestation des bases de calcul du montant de l'indemnité, Mme A n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la créance.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'avis de sommes à payer du 16 septembre 2022 et à la décharge de l'obligation de payer la somme litigieuse de 27 510 euros doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fort-de-France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la commune de Fort-de-France n'ayant pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifiant pas avoir exposé des frais à l'occasion de la présente instance, ses conclusions présentées au titre doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'avis de saisie à tiers détenteur émis le 2 mars 2023 sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Fort-de-France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Fort-de-France et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026