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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300334

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300334

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantSAINT CYR AVOCATS SELARLU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, M. B A, représenté par Me Saint-Cyr, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2017 à 2021 et des pénalités correspondantes et, en conséquence, d'ordonner le remboursement de la somme de 8 075 euros dont il s'est acquitté à ce titre ;

2°) de prononcer le sursis de paiement, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des frais d'instance.

Il soutient que :

- la décision du directeur régional des finances publiques de la Martinique du 28 mars 2023 portant rejet de sa réclamation, qui doit s'analyser comme le retrait de la décision créatrice de droits du 11 août 2022 lui accordant le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, est intervenue postérieurement au délai de retrait de quatre mois ;

- dans la mesure où le bien immobilier qu'il a acquis avec son épouse, désormais décédée, est mis en location par ses enfants sans qu'il ne perçoive sa quote-part de loyers, seuls ses enfants peuvent être regardés comme usufruitiers et doivent ainsi supporter entièrement les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et son épouse, décédée le 4 septembre 2018, ont acquis durant leur mariage un terrain cadastré section B n° 327, situé 8 lotissement Calonne Voustad, au lieu-dit Cotonnerie Nord, sur le territoire de la commune du François (97240). Ils ont été assujettis à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 à 2021, en leur qualité de copropriétaires indivis. Le 9 juin 2022, M. A a présenté, par l'intermédiaire de son avocat, une réclamation à l'administration fiscale tendant à obtenir le remboursement de la somme de 8 075 euros correspondant aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dont il s'est acquitté au titre des années 2017 à 2021. Par une décision du 11 août 2022, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a partiellement fait droit à sa réclamation et a prononcé le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties relatives aux années 2017 à 2019 et 2021 à 2022. Estimant que la totalité des sommes dégrevées ne lui avait toutefois pas été remboursée, le contribuable a demandé, par une réclamation de son conseil du 15 février 2023, le remboursement de la somme de 898 euros, correspondant aux majorations afférentes aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2017 à 2019 et à une fraction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020, assortie des intérêts moratoires. Par une décision du 28 mars 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a rejeté sa réclamation, et l'a informé que l'excédent qu'il a perçu, d'un montant de 5 471 euros, devait être remboursé. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2017 à 2021 et des pénalités correspondantes et, en conséquence, d'ordonner le remboursement de la somme de 8 075 euros dont il s'est acquitté à ce titre et, d'autre part de prononcer le sursis de paiement.

Sur la demande de décharge et de remboursement :

2. En premier lieu, lorsque l'administration, saisie d'une réclamation en ce sens, prononce le dégrèvement d'une imposition, sa décision a pour effet d'annuler le titre fondant le paiement de cette imposition, que ce titre résulte d'un acte de l'administration ou, si les dispositions applicables le prévoient, d'une simple déclaration du redevable. Il s'ensuit que lorsque l'administration estime ultérieurement avoir consenti un tel dégrèvement à tort, il lui appartient, après avoir averti le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer, d'émettre un nouveau titre en vue de procéder au recouvrement des impositions qu'elle entend rétablir.

3. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 11 août 2022, l'administration fiscale a partiellement fait droit à la réclamation présentée le 9 juin 2022 par M. A tendant au dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties réclamées au titre des années 2017 à 2021 et au remboursement de la somme de 8 075 euros dont il s'est acquitté à ce titre, sauf en ce qui concerne la taxe foncière sur les propriétés bâties de l'année 2020 qui n'a pas été émise à son nom. En conséquence, une somme d'un montant total de 12 383 euros, supérieure au montant que M. A indiquait pourtant avoir versé, lui a été remboursée. L'intéressé estimant toutefois qu'il était également fondé à solliciter le remboursement d'une somme supplémentaire de 898 euros, correspondant aux majorations afférentes aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2017 à 2019 et à une fraction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020, assortie des intérêts moratoires, il a présenté une seconde réclamation à cette fin le 15 février 2023. Cependant, par une décision du 28 mars 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a rejeté sa réclamation, au motif que le dégrèvement avait été accordé au profit de l'ensemble des propriétaires indivis et que l'intéressé ne pouvait être remboursé qu'à hauteur des sommes qu'il avait effectivement réglées. L'administration fiscale a ainsi informé M. A qu'il avait perçu un excédent de 5 471 euros qu'elle se réservait le droit de réclamer. Pour regrettables que soient les réponses contradictoires apportées à M. A, la première décision du 11 août 2022 ne peut être regardée comme créatrice de droits pour le contribuable dans le cadre de la procédure d'imposition, dans la mesure où l'administration fiscale a la possibilité de rétablir une imposition qui a été dégrevée, sous réserve d'en avertir préalablement le contribuable. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mars 2023 portant rejet de sa réclamation, qui sont au demeurant dépourvues d'objet en contentieux fiscal, le moyen tiré de ce que cette décision doit s'analyser comme le retrait illégal d'une précédente décision créatrice de droits du 11 août 2022 lui accordant un dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties. Le moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1400 du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404, toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel. / II. - Lorsqu'un immeuble est grevé d'usufruit ou loué soit par bail emphytéotique, soit par bail à construction, soit par bail réel solidaire, soit par bail à réhabilitation ou fait l'objet d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public constitutive d'un droit réel, la taxe foncière est établie au nom de l'usufruitier, de l'emphytéote, du preneur à bail à construction ou à réhabilitation, du preneur du bail réel solidaire ou du titulaire de l'autorisation. () ".

5. M. A soutient qu'à la suite du décès de son épouse, leurs enfants se sont accaparés le bien immobilier litigieux et bénéficient, seuls, de la totalité des loyers perçus, raison pour laquelle il a introduit une action en justice pour liquidation partage de l'indivision post-communautaire. Toutefois, la circonstance selon laquelle M. A, en raison d'un litige l'opposant à ses enfants, ne percevrait aucun loyer, est sans incidence aucune sur sa qualité de copropriétaire indivis du bien immobilier, qu'il détient à hauteur de 50 % en plein propriété, ainsi que cela ressort sans ambiguïté de son titre de propriété. Il ne peut, dès lors, valablement soutenir que la situation qu'il subit devrait s'assimiler à un démembrement de propriété au profit de ses enfants, qui auraient ainsi la qualité d'usufruitiers et seraient, selon lui, seuls redevables de l'imposition. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'est pas redevable de sa quote-part de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 à 2021, à hauteur de 50 %.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de M. A tendant à la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2017 à 2021 et des pénalités correspondantes et, en conséquence, d'ordonner le remboursement de la somme de 8 075 euros dont il s'est acquitté à ce titre, doivent être rejetées.

Sur la demande de sursis de paiement :

7. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au bénéfice du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent en conséquence, et en tout état de cause, privées d'objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la direction régionale des finances publiques de la Martinique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A. Monnier-Besombes Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des financières et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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