jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300354 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2023 et le 30 novembre 2023, Mme D Berimey, représentée par Me Boissy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel la première maire-adjointe de la commune de Sainte-Marie l'a suspendue de ses fonctions pour une durée de quatre mois ;
2°) de condamner la commune de Sainte-Marie à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence et, au titre de son préjudice financier, la somme de 6 600 euros correspondant aux indemnités de fonction qu'elle aurait dû percevoir, et la somme de 16 412 euros pour les jours de récupération de temps de travail non pris ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Marie la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnait les dispositions légales relatives à la suspension dès lors qu'aucune faute grave ne pouvait lui être reprochée ;
- il est entaché de détournement de pouvoir, la mesure de suspension étant une sanction disciplinaire déguisée révélant un acharnement à son égard en lien avec sa qualité de responsable syndicale ; l'absence de procédure disciplinaire engagée à la suite de cette suspension démontre l'intention d'empêcher sa réintégration à la suite de la suspension de l'exécution d'un arrêté de révocation ;
- l'ensemble de ce contexte révèle l'existence d'un harcèlement moral ;
- ce harcèlement moral ainsi que l'illégalité fautive de l'arrêté attaqué lui ont causé un préjudice moral et matériel qu'il convient d'indemniser à hauteur, respectivement, de 15 000 euros et 23 012 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2023, la commune de Sainte-Marie, représentée par Me Nicolas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme Berimey la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir :
- qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité d'un arrêté qui ne produit plus d'effets ;
- que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- les observations de Mme Berimey,
- et les observations de Me Nicolas, représentant la commune de Sainte-Marie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Berimey, adjointe technique principale de deuxième classe, exerce les fonctions de cheffe du service des espaces verts depuis le 1er juillet 2015 à la mairie de Sainte-Marie. Par un arrêté 14 février 2023, elle a fait l'objet d'une suspension de ses fonctions pour une durée de quatre mois. Le recours gracieux formé contre cet arrêté le 27 février 2023 a été implicitement rejeté par le maire de Sainte-Marie. Par ailleurs, soutenant être victime d'un harcèlement moral, Mme Berimey a présenté une demande indemnitaire par un courrier du 26 juin 2023. Cette demande a été implicitement rejetée par le maire de Sainte-Marie. Par la présente requête, Mme Berimey demande l'annulation de l'arrêté du 14 février 2023 et la condamnation de la commune de Sainte-Marie à lui verser la somme totale de 38 012 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
2. La commune de Sainte-Marie fait valoir qu'il n'y a pas lieu pour le tribunal de se prononcer sur une décision prise pour une durée de quatre mois qui a produit tous ses effets du 14 février au 14 juin 2023. Toutefois, s'il est vrai que l'arrêté attaqué n'est plus en vigueur, ayant au demeurant épuisé ses effets avant même l'introduction de la présente requête, il est constant que cet arrêté de suspension a été exécuté avec les conséquences de fait et de droit qui s'ensuivent, de sorte que le présent recours n'a pas perdu son objet en cours d'instance. L'exception de non-lieu à statuer doit dès lors être écartée.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 14 février 2023 :
3. Aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas d'absence du maire, il appartient à l'élu qui le remplace provisoirement de faire tous les actes municipaux, quels qu'ils soient, dont l'accomplissement, au moment où ils s'imposent normalement, serait empêché par cette absence
4. L'arrêté attaqué du 14 février 2023 n'a pas été signé par le maire de Sainte-Marie mais, en raison d'un empêchement de celui-ci, par Mme A, première maire-adjointe. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Sainte-Marie aurait été effectivement empêché, la commune n'apportant sur ce point aucune précision en réponse au moyen soulevé. D'autre part, et en tout état de cause, il n'apparait pas que cet arrêté devait nécessairement être signé au cours de la période d'absence du maire, alors que le motif pour lequel la suspension de Mme Berimey a été décidé était connu de l'autorité municipale depuis plus de deux mois et qu'aucune urgence ne commandait l'éviction immédiate du service de cette agente au demeurant placée en congé de maladie. Il suit de là que Mme A n'avait pas qualité pour signer l'arrêté du 14 février 2023. Mme Berimey est dès lors fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens relatifs à la légalité de la décision attaquée, l'arrêté du 14 février 2023 par lequel Mme Berimey a été suspendue de ses fonctions doit être annulé.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. En premier lieu, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'incompétence, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence qui entachait la décision administrative illégale.
7. En l'espèce, dans le cadre de la préparation du scrutin du 8 décembre 2022 pour l'élection des représentants du personnel de la commune de Sainte-Marie, Mme Berimey, secrétaire général d'une organisation syndicale, a tenté de constituer une liste de dix agents communaux. Après le dépôt de cette liste, deux agents se sont plaints le 3 novembre 2022 auprès du maire de la commune, faisant valoir qu'ils n'étaient aucunement candidats, n'ayant pas donné leur accord pour figurer sur cette liste. Il ressort du témoignage versé aux débats de M. B, brigadier-chef principal, témoin de la scène au domicile de Mme Berimey, que cette dernière a elle-même rempli et signé les actes individuels de candidature de ces deux agents, en tentant d'imiter leur signature, rédigeant ainsi des faux dont elle a fait usage en vue des élections professionnelles. Ces faits étant visiblement constitutifs du délit incriminé à l'article 441-1 du code pénal, le maire de Sainte-Marie était fondé à regarder ces agissements comme une faute grave et à envisager une procédure disciplinaire. Il résulte de l'instruction que, dans les circonstances de l'espèce, alors même que le maire avait eu connaissance des faits reprochés deux mois auparavant et que les poursuites disciplinaires ont été ultérieurement abandonnées, la décision de suspension aurait été prise par le maire de Sainte-Marie. Par suite, le préjudice allégué par Mme Berimey ne peut être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence qui entache l'arrêté du 14 février 2023.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
9. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
10. Mme Berimey soutient faire l'objet d'un harcèlement moral de la part du maire de Sainte-Marie qui a pris contre elle une décision de révocation illégale et l'a de nouveau suspendue en vue, selon la requérante, de ne pas procéder à sa réintégration dans les services. Il ressort toutefois de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté de suspension du 14 février 2023, s'il a été pris par une autorité incompétente, n'était en revanche pas infondé. Par ailleurs, la circonstance que l'arrêté de révocation du 7 novembre 2022 ait été annulé par le tribunal n'est pas de nature, à elle seule, à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre de Mme Berimey. Enfin, si Mme Berimey soutient avoir été victime d'une notification du nouvel arrêté de suspension dans " des conditions humiliantes ", elle n'apporte à l'appui de cette allégation aucune précision et ne fait pas part d'agissements répétés de son entourage professionnel de nature à dégrader ses conditions de travail. Dans ces conditions, les faits invoqués par Mme Berimey ne sont pas de nature à caractériser une situation de harcèlement moral susceptible d'engager la responsabilité de la commune de Sainte-Marie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par les parties au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative au titre des dépens et des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Sainte-Marie du 14 février 2023 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D Berimey et à la commune de Sainte-Marie.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. C, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
Le président,
J-M. Laso
Le greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026