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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300363

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300363

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2023, le 8 août 2023 et le 20 septembre 2023, le préfet de la Martinique défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. B A et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 10 mai 2023 constituent la contravention prévue et réprimée par les articles L. 2132-2 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. A au paiement de l'amende maximale fixée par l'article 131-13 du code pénal ;

2°) enjoigne à M. A d'enlever son bateau stationné sur le domaine public dans un délai de huit jours et sous astreinte de cent euros par jour de retard et, en cas de carence de sa part, l'autorise à procéder à cet enlèvement aux frais et risques du contrevenant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, M. A conclut au rejet des demandes du préfet.

Il fait valoir que :

- le stationnement sur la parcelle P 69 de son bateau, habituellement au mouillage, résulte d'une avarie subie et d'un vol de son moteur ;

- il ignorait l'obligation de disposer d'une autorisation pour stationner régulièrement sur le domaine public maritime, l'information ne lui ayant pas été donnée lors de la préparation du permis côtier ;

- ce stationnement en bordure de rivage est de coutume dans la région ; il était connu des services de la commune qui ne l'ont jamais mis en demeure de quitter les lieux ;

- l'article L. 321-9 du code de l'environnement dispose que l'usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie daté du 10 mai 2023 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Martinique défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A à qui il est reproché, aux termes d'un procès-verbal dressé le 10 mai 2023 de faire stationner son bateau dénommé " Maranatha II ", immatriculé n° FF614917, sur la parcelle cadastré P 69 située sur le territoire de la commune de Schoelcher, sur la zone des cinquante pas géométriques. Ce procès-verbal a été notifié à M. A par un courrier du 20 juin 2023.

Sur le bien-fondé des poursuites :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 de ce code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article L. 2111-4 du même code : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : () 4° La zone bordant le littoral définie à l'article L. 5111-1 dans les départements de () la Martinique () ". Aux termes de l'article L. 5111-1 du même code : " La zone comprise entre la limite du rivage de la mer et la limite supérieure de la zone dite des cinquante pas géométriques définie à l'article L. 5111-2 fait partie du domaine public maritime de l'Etat ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment des termes du procès-verbal du 10 mai 2023 que M. A faisait stationner un bateau sur la parcelle cadastrée P 69 située sur la zone des cinquante pas géométriques. L'intéressé ne peut utilement faire valoir les circonstances dans lesquelles il a été amené à faire stationner son bateau sur cette parcelle, ni son ignorance de l'obligation de disposer d'une autorisation pour une telle occupation du domaine public. Il ne peut davantage opposer une éventuelle coutume qui, à la supposer même établie, ne saurait prévaloir sur les dispositions du code général de la propriété des personnes publiques. Enfin, s'il est vrai que l'article L. 321-9 du code de l'environnement prévoit que l'usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de pêche et de cultures marines, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de permettre sur ces plages le stationnement de bateaux sans la délivrance au préalable à leurs propriétaires, par l'autorité administrative compétente, d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public. Il suit de là que les poursuites pour contravention de grande voirie sont fondées.

Sur l'amende :

4. Aux termes de l'article L. 2132-3-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public ou de nature à compromettre son usage dans les espaces urbains et dans les secteurs occupés par une urbanisation diffuse de la zone dite des cinquante pas géométriques, est passible d'une amende de 150 € à 12 000 €. / Les contrevenants sont tenus de réparer toute atteinte et notamment de supporter les frais des mesures provisoires et urgentes que les personnes publiques compétentes ont dû prendre pour faire cesser le trouble apporté au domaine public par les infractions constatées (). ".

5. Les faits constatés par le préfet de la Martinique étant établis, il y a lieu de condamner M. A, en application des dispositions précitées, à une amende. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de fixer cette amende à la somme de 500 euros.

Sur l'action domaniale :

6. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.

7. M. A soutient à l'audience sans être contredit avoir déplacé en octobre 2023 son bateau qui stationne désormais sur un terrain privé situé sur le territoire de la commune du Prêcheur. En conséquence, les conclusions du préfet tendant à enjoindre à M. A de libérer la dépendance du domaine public occupée sont désormais privées d'objet. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur le surplus des conclusions du préfet de la Martinique.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Martinique pour notification à

M. B A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée, pour le recouvrement de l'amende, au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. de Palmaert

Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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