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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300370

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300370

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300370
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMONOTUKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. C, représenté par Me Monotuka, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2023 par laquelle le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision du 26 juin 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné la République d'Haïti comme pays de renvoi ;

3°) d'annuler la décision du 26 juin 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a prononcé son assignation à résidence sur le territoire de la commune de Fort-de-France pendant une durée de 45 jours, avec obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Fort-de-France le lundi entre 8h00 et 11h00, en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale, ou à défaut de réexaminer sa demande tendant à la délivrance d'un tel titre de séjour.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence dès lors que son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée ;

- il n'est pas établi que l'auteur des décisions attaquées ait signé les actes originaux ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque, présent en Martinique depuis le 20 février 2019, il vit avec sa compagne de nationalité française, laquelle est enceinte et donnera naissance dans quelques jours à un enfant qu'il a reconnu par anticipation le 5 juin 2023 ;

- elles méconnaissent également les articles 3-1 et 3-2 de la convention internationale des droits de l'enfant compte-tenu de ses conséquences sur la situation de son enfant à naître.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Phulpin, conseiller, pour statuer sur les mesures d'éloignement relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 10 décembre 1991, a déclaré être entré en France le 20 février 2019, après avoir transité par la République Républicaine et l'île de la Dominique, muni d'un passeport haïtien dépourvu de tout visa et de tout cachet d'entrée en France. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 20 septembre 2019, qu'il n'a pas contestée devant la cour nationale du droit d'asile. Il s'est maintenu en France et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par une nouvelle décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 22 avril 2020, que l'intéressé n'a pas été contestée devant la cour nationale du droit d'asile. Le préfet a alors pris à son encontre, le 30 septembre 2020, une décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de 30 jours et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A n'a pas exécuté cette mesure et s'est maintenu en France. Il a été interpellé par les services de la police nationale le 26 juin 2023, puis placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour en France. Le jour même 26 juin 2023, le préfet de la Martinique a pris à son encontre trois décisions l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et fixant la République d'Haïti comme pays de renvoi. Par une décision du même jour 26 juin 2023, le préfet de la Martinique a prononcé, en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assignation à résidence de M. A sur le territoire de la commune de Fort-de-France, pour une durée de 45 jours, avec obligation de se présenter une fois par semaine, le mardi entre 8h00 et 11h00, au commissariat de Fort-de-France. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales prises à son encontre le 26 juin 2023, ainsi que d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familial " ou, à défaut, de réexaminer sa demande tendant à la délivrance d'un tel titre de séjour.

2. D'une part, l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". L'article L. 614-8 du même code dispose : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 (), le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. " L'article L. 732-8 du même code dispose : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne () ". L'article L. 614-9 du même code dispose : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, applicable à l'étranger faisant l'objet d'une mesure d'assignation à résidence fondée sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en vertu de l'article R. 776-14 du code de justice administrative : " Les jugements sont rendus, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. / Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du présent code à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. / Il peut, par ordonnance : / () 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance. "

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions préfectorales attaquées du 26 juin 2023 faisant obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, fixant la République d'Haïti comme pays de renvoi et prononçant son assignation à résidence sur le territoire de la commune de Fort-de-France pendant une durée de 45 jours ont été notifiées à son destinataire le 26 juin 2023 à 17h50. Ces décisions comportaient des mentions régulières des voies et délais de recours. Il s'ensuit que le délai de recours contentieux de quarante-huit heures dont disposait M. A pour contester ces décisions, lequel délai de recours constitue un délai d'heure et à heure et non un délai franc, expirait le 28 juin 2023 à 17h50. La requête de M. A n'a toutefois été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 28 juin 2023 à 18h26, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Il s'ensuit que la requête est entachée d'une irrecevabilité manifeste, insusceptible d'être couverte en cours d'instance.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions citées précédemment du 4° de l'article R. 776-15 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A, y compris ses conclusions présentées aux fins d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.

Fait à Schœlcher, le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

V. Phulpin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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