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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300384

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300384

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCONSTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, M. A B, représenté par Me Constant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler la décision du 12 mai 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné Haïti comme pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle est disproportionnée.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 15 mars 1988, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 22 décembre 2018 sous couvert d'un passeport délivré par les autorités de Haïti, dépourvu de tout visa d'entrée en France, après avoir transité par l'île de la Dominique. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 juillet 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2019. Il s'est toutefois maintenu en France et a fait l'objet, le 4 novembre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'il n'a pas exécutée. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 mai 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile les 27 novembre 2020 et 5 février 2021. M. B a ensuite sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 12 mai 2023, le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour, a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un acte distinct du même jour, il a désigné la République d'Haïti comme pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision rejetant sa demande de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En l'espèce, M. B, qui a déclaré aux services de la préfecture être entré irrégulièrement en France le 22 décembre 2018, a été définitivement débouté du droit d'asile et a fait l'objet, le 4 novembre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'il n'a toutefois pas exécutée, l'intéressé s'étant irrégulièrement maintenu sur le territoire français. Le requérant, qui se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis plus de 10 ans et du caractère régulier du séjour en France de son frère, n'apporte toutefois aucun élément de preuve pour étayer ses allégations, et ne saurait ainsi être regardé comme justifiant de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables. Il ne justifie pas davantage d'une intégration particulière dans la société française, malgré la production d'une attestation du gérant de la société Votre Jardin, indiquant qu'un projet d'embauche a été débuté en 2021, tandis que la promesse d'embauche produite par le requérant est postérieure à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident son épouse, ses quatre enfants mineurs, son père et le reste de sa famille. Par suite, M. B, qui n'établit pas avoir transféré l'ensemble de sa vie privée et familiale en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée portant refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. B soutient que la situation sécuritaire en Haïti ne cesse de s'aggraver, il n'apporte toutefois aucun élément précis et circonstancié de nature à établir la réalité des craintes alléguées auxquelles il serait personnellement exposé en Haïti, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2021. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. Compte tenu des éléments cités au point 3 relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, et alors que l'intéressé, qui ne justifie pas être entré en France depuis plus de quatre ans, a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, le 4 novembre 2019, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'il n'a toutefois pas exécutée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans prononcée à l'encontre de M. B n'est pas disproportionnée ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, et ce alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, ainsi que de la décision du même jour fixant le pays de renvoi, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300384

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