vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300397 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Bel, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite en date du 2 mai 2023 par laquelle la directrice régionale outremer Martinique de La Poste a refusé de faire droit à sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'ordonner, à titre principal, à la directrice régionale outremer Martinique de La Poste de la placer en congé pour invalidité imputable au service à compter du 26 mai 2021 et lui verser son plein traitement à compter de cette date, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) d'ordonner, à titre subsidiaire, à la directrice régionale outremer Martinique de La Poste de la placer en congé pour invalidité imputable au service, à titre provisoire, à compter du 26 mai 2021 et lui verser son plein traitement à compter de cette même date dans l'attente de l'arrêté définitif, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de La Poste une somme de 2 000 euros à verser Me Bel en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour elle de renoncer à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est restée sans réponse de son administration concernant la demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service qu'elle a formée, qu'elle ne perçoit plus aucun traitement depuis le mois d'octobre 2022 alors qu'elle vit seule avec sa fille mineure et qu'elle ne parvient pas à faire face à ses charges financières, ce qui contribue à la dégradation de son état dépressif ;
- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, dans la mesure où elle subit un harcèlement moral et sexuel de la part de certains collègues et que son administration n'a pris aucune mesure pour la mettre à distance des personnes concernées, l'imputabilité au service devait être reconnue.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 juin 2023 sous le numéro 2300396 par laquelle Mme B A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 dudit code mentionne : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Mme A, agent professionnel second niveau de La Poste, exerçant les fonctions de factrice, a été victime d'un accident du travail le 11 octobre 2019. Elle a bénéficié à ce titre d'arrêts de travail dans le cadre d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, qui a pris fin le 26 janvier 2020. L'intéressée étant restée en arrêt de travail après cette date, l'administration l'a informée, le 20 janvier 2022 puis le 8 avril 2022 et le 19 mai 2022, de la possibilité de bénéficier d'un congé de longue maladie avec effet rétroactif. Mme A a sollicité le bénéfice de ce congé le 21 novembre 2022. Le 14 décembre 2022, elle a adressé à l'administration une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service en raison de la dégradation de son état de santé à raison de faits de harcèlement moral subis dans le cadre de son activité professionnelle. Suite à la demande de son employeur, elle a adressé à La Poste un certificat médical. La Poste n'a apporté aucune réponse explicite à sa demande ainsi complétée.
3. En l'espèce, la demande de Mme A tend à la suspension de l'exécution de la décision implicite du 2 mai 2023 par laquelle la directrice régionale outremer Martinique a refusé de faire droit à sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service. Toutefois, aucun des moyens soulevés par Mme A, ci-avant énoncés et analysés aux visas de la présente ordonnance, n'est manifestement de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que La Poste, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Bel, conseil de Mme A, la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et à La Poste.
Fait à Schœlcher, le 7 juillet 2023.
La juge des référés,
H. ROULAND-BOYER
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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