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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300449

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300449

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMBOUHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet 2023 et le 16 novembre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident dont il expose avoir été victime le 18 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique de reconnaître l'imputabilité au service de son accident ;

3°) de mettre la somme de 500 euros à la charge du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, l'autorité territoriale n'ayant pas respecté le délai prévu par l'article 37-5 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, en ce qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour prendre connaissance de son dossier individuel, avant la réunion du conseil médical du 21 avril 2023 ;

- son dossier individuel, qu'il a consulté le 10 mai 2023, était incomplet et entaché d'irrégularités ;

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le rapport du médecin agréé et le rapport de l'enquête administrative lui ont été communiqués tardivement ;

- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation, dans la mesure où les conditions sont remplies pour que l'accident soit reconnu imputable au service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique, représenté par Me Mbouhou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de M. A, ainsi que celles de Me Mbouhou, représentant le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. Le docteur A, relevant du cadre d'emplois de médecin des sapeurs-pompiers professionnels, et exerçant, depuis le 1er avril 2020, les fonctions de médecin-chef du service de santé et de secours médical du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique, a été placé en arrêt de travail, à compter du 24 février 2022, en raison d'un syndrome anxiodépressif. Le 25 février 2022, M. A a fait parvenir au service territorial d'incendie et de secours de la Martinique une déclaration d'accident de service, dont il ressort que la dégradation de son état de santé serait imputable à un choc psychologique consécutif à la signification, à son domicile, par un commissaire de justice, le 18 février 2022, alors qu'il était en congés annuels, d'un courrier de son employeur, refusant de faire droit à sa demande de disponibilité, présentée le 15 décembre 2021, et lui enjoignant de reprendre le travail à l'issue de ses congés. Par un arrêté du 28 juin 2023, le président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont M. A expose avoir été victime le 18 février 2022, et l'a placé rétroactivement en congé de maladie ordinaire, à compter du 24 février 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 et d'enjoindre au président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique de reconnaître l'imputabilité au service de son accident.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité territoriale dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 ; / 2° En cas de maladie, de deux mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 et, le cas échéant, des résultats des examens complémentaires prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine de la commission de réforme compétente. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité territoriale n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée d'incapacité de travail indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 ou au dernier alinéa de l'article 37-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 37-9 ".

3. Ces dispositions ont seulement pour objet de déterminer le délai dont dispose l'autorité territoriale pour instruire une demande de reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie, et d'imposer à l'administration, en cas de dépassement de ce délai, de placer l'agent en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire jusqu'au terme de l'instruction. Il n'en résulte toutefois pas qu'en cas de dépassement de ce délai d'instruction, l'absence de décision expresse prise par l'autorité territoriale entacherait d'illégalité le refus de placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service qui interviendrait ultérieurement. Par suite, M. A, qui a d'ailleurs été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire durant l'instruction de sa demande, n'est pas fondé à soutenir que le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique aurait entaché sa décision d'un vice de procédure en ne respectant pas le délai d'instruction prévu par ces dispositions. Il ne peut davantage utilement se prévaloir à ce titre des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont il ressort que les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions défavorables qui les concernent, dans la mesure où ces dispositions définissent l'obligation de motivation des décisions qui ont été prises par l'administration, mais ne sauraient avoir pour objet ou pour effet d'imposer à l'administration d'édicter la décision dans un certain délai.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 30 juillet 1987 précité : " II. -Lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation plénière, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire de la date à laquelle le conseil médical examinera son dossier, de son droit à consulter son dossier et de son droit d'être entendu par le conseil médical. / La formation plénière examine le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat. Ce délai est porté à deux mois lorsqu'il est fait application de la procédure prévue à l'article 6-2. / III. -Le fonctionnaire peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. Il peut, en outre, être accompagné ou représenté par une personne de son choix. / Dix jours au moins avant la réunion du conseil médical, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande ou par l'intermédiaire d'un médecin. / Le fonctionnaire intéressé et l'autorité territoriale peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le conseil médical. / S'il le juge utile, le conseil médical entend le fonctionnaire intéressé () ".

5. Si M. A soutient qu'il n'a été destinataire du courrier de convocation à la réunion du conseil médical, l'informant de la possibilité de consulter son dossier individuel, que le 19 avril 2023, alors que la réunion était prévue le 21 avril 2023, il ressort toutefois des pièces du dossier que la séance a été reportée au 2 juin 2023. Dans ces conditions, M. A, qui a disposé de plus de six semaines pour consulter son dossier individuel, ce qu'il a d'ailleurs fait le 10 mai 2023, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait disposé d'un délai insuffisant pour consulter son dossier individuel et préparer sa défense avant la réunion du conseil médical.

6. En troisième lieu, l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus " et l'article R. 311-13 du même code dispose que : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente ". En outre, aux termes de l'article L. 111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé par des centres de santé, par des maisons de naissance, par le service de santé des armées ou par l'Institution nationale des invalides qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. / Elle peut accéder à ces informations directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'elle désigne et en obtenir communication, dans des conditions définies par voie réglementaire au plus tard dans les huit jours suivant sa demande et au plus tôt après qu'un délai de réflexion de quarante-huit heures aura été observé () ".

7. Si M. A fait valoir que malgré ses demandes, le rapport d'expertise médicale du docteur C, établi le 26 avril 2022, ne lui a été communiqué par l'administration que le 21 juin 2022, et que le rapport d'enquête administrative du 23 novembre 2022 ne lui a été transmis que le 13 février 2023, il ne peut utilement se prévaloir de l'article R. 311-13 précité, relatif aux conditions de naissance d'une décision implicite de refus à la suite d'une demande de communication de documents administratifs, dans la mesure où, à supposer que l'intéressé ait fait naître une décision de refus de communication de documents administratifs, cette circonstance est sans incidence aucune sur la légalité de l'arrêté contesté. En tout état de cause, dès lors qu'il est constant que M. A a pris connaissance de ces documents bien antérieurement à la réunion du conseil médical du 2 juin 2023, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 137-1 du code général de la fonction publique : " Le dossier individuel de l'agent public doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité ".

9. La circonstance que le dossier individuel communiqué à M. A comportait des erreurs de classement et de numérotation et qu'il contiendrait des pièces non répertoriées à l'inventaire, ne constitue pas par elle-même un vice de procédure de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée. Si le requérant allègue également que le dossier dont il a reçu communication était incomplet, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté, portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 18 février 2022, ait été pris au vu de pièces autres que celles figurant au dossier dont il a pris connaissance. Le moyen doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; () " et aux termes de l'article L. 822-18 de ce code : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

11. En l'espèce, M. A soutient que la dégradation de son état de santé serait imputable à un choc psychologique consécutif à la signification, à son domicile, par un commissaire de justice, le 18 février 2022, alors qu'il était en congés annuels, d'un courrier du président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique, refusant de faire droit à sa demande de disponibilité, présentée le 15 décembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que cette décision, rédigée dans des termes ne dépassant pas l'exercice ordinaire du pouvoir hiérarchique, se borne à informer l'intéressé qu'il ne remplit pas les conditions lui permettant de bénéficier d'une disponibilité pour suivre sa conjointe et qu'il doit reprendre ses fonctions à l'expiration de ses congés annuels. En outre, si le requérant fait valoir qu'il a été traumatisé par les conditions de notification de cette décision, via une signification par un commissaire de justice, un tel mode de notification n'a rien d'illégal, quand bien même il serait inhabituel. Dans ces conditions, l'annonce par sa hiérarchie du refus de lui accorder une disponibilité relève du fonctionnement normal du service et ne saurait être regardée comme un événement soudain et violent, susceptible d'être qualifié d'accident de service, alors même qu'il se rattache au service et quels que soient les effets qu'elle a pu produire sur l'agent. Il s'ensuit que le choc psychologique et le syndrome anxiodépressif dont souffre M. A ne présentent pas le caractère d'un accident de service. Le moyen tiré de ce que le président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont le requérant allègue avoir été victime le 18 février 2022 doit, dès lors, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont il expose avoir été victime le 18 février 2022, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A, qui n'est au demeurant pas représenté par un avocat, la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du service territorial d'incendie et de secours de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au service territorial d'incendie et de secours de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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