jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BANCEL-ZUIN-LEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2023 et le 18 mars 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Jean Lanes, représentée par Me Bancel, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice d'un crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer au titre de l'année 2021, pour un montant de 131 407 euros ;
2°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa filiale, la société par actions simplifiée (SAS) JLTP, a déposé au greffe du tribunal de commerce ses comptes annuels de l'exercice clos en 2017 avant la date de réalisation de l'investissement ;
- le retard dans l'enregistrement des comptes annuels de la SAS JLTP pour les exercices clos en 2019 et 2020 ne saurait lui être reproché, mais résulte de changements organisationnels internes à l'entreprise et de dysfonctionnements du greffe du tribunal de commerce ; elle doit ainsi être regardée comme étant de bonne foi et comme ayant spontanément régularisé sa situation, conformément aux instructions fiscales BOI-BIC-RICI-20-10-20-50 n° 190, 200 et 220 et BOI-BIC-RICI-10-160-40 n° 120 ;
- elle justifie de la mise en service en Martinique, durant l'exercice clos en 2021, du compacteur et de la pelle sur chenille, par la production des attestations d'assurance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il est fondé à solliciter une substitution de motifs, dans la mesure où la société requérante ne justifie pas que les investissements réalisés pour l'achat d'un compacteur et d'une pelle sur chenille ont été mis en service en Martinique durant l'exercice clos en 2021 ;
- les moyens soulevés par la SARL Jean Lanes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Jean Lanes est la société mère d'un groupe exerçant une activité de travaux de terrassement courants et de travaux préparatoires, auquel la SAS JLTP appartient. Le 23 juin 2022, la SARL Jean Lanes a demandé le remboursement de la part non imputée sur l'impôt sur les sociétés du crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer, prévu à l'article 244 quater W du code général des impôts, pour un montant de 130 063 euros, au titre de l'année 2021. Par une décision du 30 mai 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a rejeté sa demande. Par la présente requête, la SARL Jean Lanes demande au tribunal de lui accorder le bénéfice du crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer au titre de l'année 2021, pour un montant de 131 407 euros.
Sur la demande de remboursement du crédit d'impôt :
2. D'une part, aux termes du I de l'article 244 quater W du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " 1. Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 octies A et 44 duodecies à 44 septdecies, exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34, peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt à raison des investissements productifs neufs qu'elles réalisent dans un département d'outre-mer pour l'exercice d'une activité ne relevant pas de l'un des secteurs énumérés aux a à l du I de l'article 199 undecies B, à l'exception des activités mentionnées au I quater du même article 199 undecies B. () ". Par ailleurs, aux termes du VIII de cet article : " 3. Le crédit d'impôt prévu au présent article est subordonné au respect par les entreprises exploitantes et par les organismes mentionnés au 4 du I de leurs obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de leurs comptes annuels selon les modalités prévues aux articles L. 232-21 à L. 232-23 du code de commerce à la date de réalisation de l'investissement. / Sont considérés comme à jour de leurs obligations fiscales et sociales les employeurs qui, d'une part, ont souscrit et respectent un plan d'apurement des cotisations restant dues et, d'autre part, acquittent les cotisations en cours à leur date normale d'exigibilité ".
3. D'autre part, l'article L. 232-23 du code de commerce dispose que : " I. - Toute société par actions est tenue de déposer au greffe du tribunal, pour être annexés au registre du commerce et des sociétés, dans le mois suivant l'approbation des comptes annuels par l'assemblée générale des actionnaires ou dans les deux mois suivant cette approbation lorsque ce dépôt est effectué par voie électronique : / 1° Les comptes annuels () ".
4. En l'espèce, pour rejeter la demande de la SARL Jean Lanes tendant au remboursement du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater W du code général des impôts, le directeur régional des finances publiques de la Martinique, dans sa décision du 30 mai 2023, a considéré que la SAS JLTP, filiale de la société requérante ayant réalisé les investissements, n'avait pas respecté son obligation de dépôt de ses comptes annuels pour les exercices clos en 2017, 2019 et 2020 à la date des investissements réalisés en 2021, et n'avait pas davantage spontanément régularisé sa situation administrative à la date du dépôt de sa demande de remboursement du crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer, le 23 juin 2022.
5. En premier lieu, si la SARL Jean Lanes démontre que la SAS JLTP a déposé au greffe du tribunal de commerce ses comptes annuels de l'exercice clos en 2017 le 10 septembre 2018, soit avant la date de réalisation de l'investissement, il est toutefois constant que tel n'est pas le cas s'agissant du dépôt de ses comptes annuels pour les exercices clos en 2019 et 2020, qui n'est intervenu que le 21 juillet 2022, en méconnaissance des dispositions citées aux points 2 et 3 du présent jugement. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce motif tiré du retard de dépôt des comptes annuels des exercices clos en 2019 et 2020. Le directeur régional des finances publiques de la Martinique a, dès lors, fait une exacte application des dispositions précitées de l'article 244 quater W du code général des impôts, en rejetant la demande de remboursement du crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer de la SARL Jean Lanes.
6. En second lieu, la société requérante soutient que le retard dans le dépôt des comptes annuels de la SAS JLTP pour les exercices clos en 2019 et 2020 ne constitue qu'un manquement ponctuel qu'elle a spontanément régularisé et qui ne lui est pas imputable, conformément aux instructions fiscales BOI-BIC-RICI-20-10-20-50 n° 190, 200 et 220 et BOI-BIC-RICI-10-160-40 n° 120. La société requérante ne peut toutefois utilement se prévaloir de l'interprétation administrative de la loi fiscale dès lors que la décision refusant de rembourser un crédit d'impôt ne constitue ni un rehaussement d'imposition ni un redressement. En tout état de cause, ainsi que l'a relevé le directeur régional des finances publiques de la Martinique dans sa décision de rejet, il est constant que la SAS JLTP n'a pas spontanément régularisé sa situation avant le dépôt de sa demande de remboursement de crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer. L'allégation selon laquelle ce retard résulterait de changements organisationnels internes à l'entreprise et de dysfonctionnements du greffe du tribunal de commerce qui aurait tardé à enregistrer le dépôt de ses comptes annuels, qui n'est au demeurant aucunement établie, est par suite sans incidence sur la légalité du refus opposé par l'administration fiscale.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la demande de substitution de motifs présentée par le directeur régional des finances publiques de la Martinique, que la SARL Jean Lanes n'est pas fondée à demander le bénéfice du crédit d'impôt en faveur des investissements productifs réalisés en outre-mer au titre de l'année 2021, pour un montant de 131 407 euros.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SARL Jean Lanes la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la société requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Jean Lanes est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Jean Lanes et à la direction régionale des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026