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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300468

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300468

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 juillet 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de la Guadeloupe a transmis au tribunal administratif de la Martinique, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de la Guadeloupe le 18 janvier 2022, Mme B, représentée par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021, par laquelle le préfet de la Guadeloupe lui a refusé le bénéfice d'une rente viagère d'invalidité, consécutivement au décès de son époux survenu le 18 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (service des retraites de l'Etat) de lui octroyer le bénéfice d'une rente viagère d'invalidité, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée a pour effet de retirer illégalement l'arrêté du 25 juin 2020, par lequel le préfet avait reconnu l'imputabilité au service de l'accident, à l'origine du décès de son époux ;

- la décision attaquée est entaché d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir accorder la moitié de la rente viagère d'invalidité, dont son époux aurait pu bénéficier.

Par des mémoires en défense, enregistrés au tribunal administratif de la Guadeloupe le 21 septembre 2022 et au tribunal administratif de la Martinique le 8 août 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés au tribunal administratif de la Guadeloupe le 22 septembre 2022 et au tribunal administratif de la Martinique le 8 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (service des retraites de l'Etat) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le litige ne relève pas de la compétence territoriale du tribunal administratif de la Guadeloupe ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lancelot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, brigadier de police affecté au service de la police aux frontières de la Guadeloupe, est décédé, le 18 mars 2020, des suites d'un arrêt cardiorespiratoire, survenu 2 jours plus tôt, alors qu'il était à bord de son véhicule. Par un arrêté du 22 juin 2020, le service des retraites de l'Etat a consenti à sa veuve, Mme B, une pension de réversion, sur le fondement des articles L. 29 et L. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Mme B a alors sollicité la révision du montant de cette pension de réversion, afin qu'y soit ajoutée, conformément au 1° de l'article L. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraite, la moitié de la rente viagère d'invalidité dont son époux aurait pu bénéficier. Par une décision du 13 septembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a informé Mme B que le service des retraites de l'Etat n'avait pas fait droit à cette demande, le décès de M. G étant survenu dans des circonstances, n'ouvrant pas droit à une rente viagère d'invalidité. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision du 13 septembre 2021, et d'enjoindre au service des retraites de l'Etat de lui accorder une rente viagère d'invalidité ou, à défaut, de réexaminer sa situation.

Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de la Martinique :

2. Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 312-13 du code de justice administrative : " Pour les autres pensions dont le contentieux relève de la juridiction des tribunaux administratifs, le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le lieu d'assignation du paiement de la pension ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du titre de pension de Mme B, que le paiement de sa pension de réversion relève du centre de gestion des retraites de Fort-de-France, dans le département de la Martinique. Par suite, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique est fondé à faire valoir que le litige relève de la compétence territoriale du tribunal administratif de la Martinique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du préfet de la Guadeloupe du 6 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. D C, directeur de cabinet adjoint, a reçu, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E F, directeur de cabinet, délégation de signature, à l'effet de signer notamment les arrêtés, décisions, correspondances et documents relevant des attributions du service administratif et technique de la police nationale en Guadeloupe. Il n'est, en outre, ni établi ni allégué que M. F n'était pas empêché, lors de la signature de la décision attaquée. Par suite, M. C était compétent pour signer, au nom du préfet de la Guadeloupe, la décision du 13 septembre 2021, refusant à Mme B le bénéfice d'une rente viagère d'invalidité.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée ". Aux termes de l'article L. 28 du même code : " Le fonctionnaire civil radié des cadres dans les conditions prévues à l'article L. 27 a droit à une rente viagère d'invalidité cumulable, selon les modalités définies à l'article L. 30 ter, avec la pension rémunérant les services ". Aux termes de l'article L. 38 du même code, dans sa version applicable à la date du litige : " Les conjoints d'un fonctionnaire civil ont droit à une pension de réversion égale à 50 % de la pension obtenue par le fonctionnaire ou qu'il aurait pu obtenir au jour de son décès. A la pension de réversion s'ajoutent, le cas échéant : 1° La moitié de la rente d'invalidité dont le fonctionnaire bénéficiait ou aurait pu bénéficier ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

7. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, il appartient au service des retraites de l'Etat, pour se prononcer sur les droits du conjoint d'un agent à une pension de réversion, de rechercher si les conditions posées par cet article pour ouvrir droit, en application des articles L. 28 et L. 38 de ce code, à l'octroi d'une rente viagère d'invalidité, sont remplies. La circonstance que l'arrêt cardiorespiratoire de M. G ait été reconnu imputable au service, par un arrêté du préfet de la Guadeloupe du 25 juin 2020, permettant ainsi notamment la prise en charge par l'administration des frais et honoraires médicaux résultant de l'accident, dans les conditions prévues au I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur, n'ouvre, par elle-même, aucun droit à Mme B à bénéficier d'une rente viagère d'invalidité. Par suite, dès lors que la décision attaquée du 13 septembre 2021, par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé à Mme B le bénéfice d'une rente viagère d'invalidité, n'a ni pour objet ni pour effet de retirer l'arrêté du 25 juin 2020, Mme B ne peut utilement soutenir que ce retrait serait intervenu en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le bénéfice de la rente viagère d'invalidité prévue à l'article L. 28 est attribuable si la radiation des cadres ou le décès en activité surviennent avant la limite d'âge et sont imputables à des blessures ou maladies résultant par origine ou aggravation d'un fait précis et déterminé de service ou de l'une des autres circonstances énumérées à l'article L. 27 ".

9. S'il est constant que l'arrêt cardiorespiratoire de M. G est survenu alors que celui-ci se trouvait sur le trajet entre son lieu de travail et son domicile et que M. G empruntait son itinéraire habituel, il n'est, en revanche, pas établi, et d'ailleurs même pas véritablement allégué, en l'absence de toute précision sur les conditions de travail de M. G et sur le déroulement de sa journée de travail du 16 mars 2020, qu'un fait ou événement, en lien avec le service, ait pu favoriser la survenue de cet arrêt cardiorespiratoire. Aucun lien direct entre l'accident et les conditions d'exécution du service n'est, ainsi, établi. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation, en retenant que l'accident, subi par M. G, ne lui ouvrait pas droit à une rente viagère d'invalidité, au titre des dispositions combinées des articles L. 27, L. 28 et L. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraite.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, présentées par Mme B, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, présentées par Mme B, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Guadeloupe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

F. Lancelot

Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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