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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300469

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300469

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantOVEREED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 1er août 2023, la SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM), représentée par son gérant, demande au tribunal d'annuler la décision du 8 juin 2023 par laquelle le maire de la commune du Lamentin lui a délivré un certificat d'urbanisme défavorable à la réalisation de son projet de construction d'un bâtiment industriel à usage d'usine de fabrication de briques écologiques sur une parcelle située Habitation Soudon au Lamentin, ensemble la décision du 21 juillet 2023 rejetant son recours gracieux.

Elle soutient que :

- son projet de construction n'est pas situé dans une zone où existe un risque d'inondation puisqu'une carrière de sable, avec des bureaux et hangars, est implantée près d'une ravine sur la parcelle d'aval, tandis qu'un permis d'aménagement a été délivré sur la parcelle d'amont ;

- son projet, qui prévoit la fabrication de briques écologiques innovantes grâce à une coopération avec l'exploitant de la carrière de sable située sur la parcelle d'aval, s'inscrit dans une démarche environnementale et devrait bénéficier de financements publics à ce titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, la commune du Lamentin, représentée par l'Aarpi Overeed, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de la SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM) une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen de la société relatif à la finalité de son projet de construction et à son intérêt en matière de développement durable est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de Me Oscar, avocat de la commune du Lamentin.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM) exerce une activité de fabrication de briques, tuiles et produits de construction en terre cuite. Elle a déposé auprès des services de la mairie du Lamentin une demande tendant à la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel pour la réalisation de travaux de construction d'un bâtiment industriel à usage d'usine de fabrication de briques écologiques sur une parcelle située Habitation Soudon au Lamentin. Par décision du 8 juin 2023, le maire de la commune du Lamentin a délivré un certificat d'urbanisme défavorable à ce projet de construction. La société a formé, le 20 juin 2023, un recours gracieux, qui a été rejeté par une décision expresse du maire en date du 21 juillet 2023. Dans la présente instance, la SARL SNBM demande au tribunal administratif d'annuler les décisions du maire de la commune du Lamentin des 8 juin 2023 et 21 juillet 2023.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. L'article L. 410-1 du code de l'urbanisme dispose : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ".

3. Pour estimer que le terrain d'assise du projet de construction, situé Habitation Soudon, ne pouvait être utilisé pour la réalisation de l'opération envisagée par la SARL SNBM et lui délivrer par la décision attaquée du 8 juin 2023 un certificat d'urbanisme négatif, le maire de la commune du Lamentin s'est fondé sur deux motifs distincts tirés, d'une part, de ce que le projet de construction ne présente pas une destination agricole alors qu'il est implanté dans une zone classée agricole (A2) par le plan local d'urbanisme et, d'autre part, de ce que le projet est implanté dans une zone de risque fort (rouge) au titre de l'aléa inondation où le plan de prévention des risques naturels interdit les construction nouvelles.

4. En premier lieu, l'article A-N-1, intitulé " Champ d'application territorial ", du plan local d'urbanisme de la commune du Lamentin, dans sa version applicable au litige résultant de la révision générale approuvée par délibération du conseil municipal du 4 février 2021, dispose : " Le présent règlement est applicable à l'ensemble des zones agricoles, naturelles ou forestières (zones A et N) de la commune du Lamentin : / - 2 catégories de zones agricoles (zones A) : les zones A1 et les zones A2 () ". L'article A-N-2, intitulé " Occupations des sols et destinations des constructions interdites ", du même plan local d'urbanisme dispose : " Sont interdites : / () 2) En zones A2 et N2 : toute construction nouvelle et toute imperméabilisation relative à l'aménagement de place de stationnement, à l'exception des aménagements dans les limites définies à l'article A-N-3 n° 2 () ". L'article A-N-3, intitulé " Occupations des sols et destinations des constructions soumises à conditions particulières ", du même plan local d'urbanisme dispose : " Sont autorisées, dans les conditions définies ci-après : / () 2. En zones A2 et N2 : / Les constructions agricoles peuvent faire l'objet d'une extension limitée, si celle-ci est nécessaire à la mise aux normes de l'exploitation. / Les aménagements relatifs aux voies de desserte privées ou publiques et aux infrastructures publiques. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction envisagé par la SARL SNBM vise à édifier sur la parcelle litigieuse, dans une portion classée en zone A2 par le plan local d'urbanisme, un bâtiment d'industrie à usage d'usine de fabrication de briques écologiques. Un tel projet de construction n'a pas une destination agricole et n'est pas relatif à une voie de desserte, privée ou publique, ni à une infrastructure publique. Les circonstances que le projet s'inscrive dans le cadre d'une démarche environnementale, fusse-t-elle innovante, et que la société ait déposé une demande tendant à l'obtention de financements publics, au titre du fonds européen de développement régional (FEDER), sont sans incidence sur la destination de la construction envisagée. Il s'ensuit que le maire de la commune du Lamentin a légalement pu estimer que les dispositions citées au point précédent du plan local d'urbanisme de la commune s'opposaient à la réalisation du projet de construction envisagé par la SARL SNBM. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

6. En second lieu, d'une part, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

7. D'autre part, en vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles, en particulier pour les inondations, qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. L'article L. 562-4 du même code dispose : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme () ". Le plan de prévention des risques naturels de la ville du Lamentin, approuvé par arrêté du préfet de la Martinique en date du 30 décembre 2013 et annexé au plan local d'urbanisme de la commune, interdit la construction en zone de risque fort (rouge) au titre de l'aléa inondation toutes les constructions nouvelles à usage d'habitation, d'activité et/ou recevant du public, à l'exception de certains bâtiments à usage strictement agricole ou liés à la pêche, certaines carrières, stations d'épuration, infrastructures publiques, activités touristiques et de loisirs.

8. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce n'est que dans le cas où l'autorité compétente estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'elle peut refuser, pour ce motif, de délivrer le permis.

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la vue aérienne de la parcelle figurant dans le dossier de demande de certificat d'urbanisme, que la société requérante envisage d'édifier un bâtiment industriel à usage d'usine de fabrication de briques écologiques à proximité de la limite sud-ouest du terrain d'assise du projet. Toutefois, cette partie de la parcelle est traversée par une ravine qui s'étend, selon un axe nord-sud, depuis le milieu du terrain jusqu'à la limite parcellaire sud-ouest et dont le tracé est classé en zone de risque fort (rouge) au titre de l'aléa inondation par le plan de prévention des risques naturels de la ville du Lamentin. Les circonstances que la parcelle située en aval comporte des constructions et que celle située en amont fasse l'objet d'un permis d'aménagement ne sont nullement de nature à remettre en cause l'existence de la ravine à l'endroit où la société envisage d'édifier son projet de bâtiment industriel. Il s'ensuit que le plan de prévention des risques naturels interdit tout le long du tracé de cette ravine, qui est classée en zone de risque fort (rouge) au titre de l'aléa inondation, toutes les constructions nouvelles d'activité, à l'exception de certains bâtiments à usage agricole ou liés à la pêche, certaines carrières, stations d'épuration, infrastructures publiques, activités touristiques et de loisirs. Dans ces conditions, eu égard à la destination du projet de construction de la société, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'existence d'un risque d'inondation s'opposait à la réalisation du projet de construction envisagé par la SARL SNBM. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SARL SNBM n'est pas fondée à contester la légalité des décisions attaquées. Sa requête, qui tend à leur annulation, doit, par suite, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL SNBM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune du Lamentin et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM) est rejetée.

Article 2 : La SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM) versera à la commune du Lamentin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société nouvelle briqueterie de Martinique (SNBM) et à la commune du Lamentin.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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