jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAÏA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août 2023 et le 19 avril 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Chaïa, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation qui lui a été notifiée par la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur du 5 avril 2023 de payer la somme de 144 980,86 euros correspondant à des créances d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux dus au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;
3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ;
4°) de mettre la somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'action en recouvrement de ces impositions était prescrite, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dans la mesure où la réclamation de Mme A épouse B se bornait à se prévaloir de la prescription de l'action en recouvrement sans contester aucun acte de poursuite ;
- le litige ne peut porter que sur le recouvrement de l'impôt sur le revenu mis à la charge de la requérante au titre des années 2013 et 2014, dans la mesure où l'acte de poursuite contesté ne concernait que ces impositions ;
- les moyens soulevés par Mme A épouse B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 26 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer l'impôt sur le revenu mis à la charge de la requérante au titre de l'année 2015, dès lors que cette imposition n'a pas été contestée dans la réclamation préalable du 17 mai 2023, en méconnaissance de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer l'impôt sur le revenu des années 2015 et 2016, faute pour la requérante de justifier avoir présenté une réclamation dans le délai de deux mois suivant la notification des actes de poursuite émis pour leur recouvrement, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales ;
- l'irrecevabilité du moyen relatif à la prescription de l'action en recouvrement des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, dans la mesure où la contestation n'a pas été présentée dans un délai de deux mois suivant la notification du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 5 avril 2023, l'huissier des finances publiques a inscrit une déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur appartenant à Mme A épouse B, pour le recouvrement de cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie, avec son époux, au titre des années 2013 et 2014, pour un montant total de 144 980,86 euros. Le 17 mai 2023, Mme A épouse B a formé une réclamation auprès du directeur régional des finances publiques de la Martinique tendant à obtenir la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2013, 2014 et 2016, en se prévalant de la prescription de l'action en recouvrement. L'administration fiscale, s'estimant saisie d'une contestation relative au recouvrement de l'impôt, a rejeté la réclamation par décision du 20 juin 2023. Par la présente requête, Mme A épouse B doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation qui lui a été notifiée par la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur en date du 5 avril 2023 de payer la somme de 144 980,86 euros correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie avec son époux pour les années 2013 et 2014, ainsi que la décharge de l'obligation de payer les cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016.
Sur l'irrecevabilité partielle des conclusions :
2. Aux termes de l'article L. 281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites () ". Et aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : / a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques () ". Par ailleurs, l'article R. 281-3-1 de ce livre dispose que : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : () / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée ".
3. Il résulte de l'instruction que la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur de l'huissier des finances publiques, qui a fait l'objet d'une réclamation de la part de la requérante le 17 mai 2023, rejetée par une décision du directeur régional des finances publiques de la Martinique du 20 juin 2023, portait uniquement sur le recouvrement de cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge de Mme A épouse B et de son conjoint au titre des années 2013 et 2014. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que la requérante, qui sollicite également la décharge de l'obligation de payer résultant d'autres actes de poursuite dont elle a fait l'objet pour le recouvrement de créances d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux dus au titre des années 2015 et 2016, aurait présenté une quelconque réclamation à l'administration fiscale pour contester ces actes de poursuite, malgré l'invitation à régulariser sa requête qui a été adressée à son conseil via l'application Télérecours, le 4 septembre 2024. Par suite, les conclusions de Mme A épouse B tendant à ce que le tribunal prononce la décharge de l'obligation de payer les cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie avec son époux au titre des années 2015 et 2016 doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur la décharge de l'obligation de payer :
4. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ".
5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ". Il résulte de ces dispositions que le sursis de paiement, en ce qu'il entraîne la suspension de l'exigibilité des impositions en litige, fait obstacle à ce que ces dernières soient recouvrées et entraîne la suspension du délai de prescription de l'action en recouvrement jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation afférente, soit par l'administration, soit par le tribunal compétent.
6. Il résulte des dispositions citées au point 2 que lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir.
7. La requérante soutient que l'action en recouvrement des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, mises à sa charge au titre des années 2013 et 2014, était prescrite à la date de la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur du 5 avril 2023. Il résulte de l'instruction que les impositions en litige ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2016. Conformément à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales précité, le délai de prescription a été suspendu à compter du 6 août 2019, par la demande de sursis de paiement présentée par Mme A épouse B, jusqu'au 13 août 2019, date du rejet définitif de cette réclamation par le directeur régional des finances publiques de la Martinique. Le terme de la prescription de l'action en recouvrement a, dès lors, été reporté au 8 novembre 2020. Or, il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre acte interruptif ou suspensif de prescription serait intervenu avant la date du 8 novembre 2020, à laquelle la prescription était acquise, dans la mesure où la saisie administrative à tiers détenteur du 16 avril 2019 dont se prévaut l'administration fiscale ne portait pas sur le recouvrement de créances d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux dues au titre des années 2013 et 2014. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que ces impositions ont été, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, atteintes par la prescription lorsque l'huissier des finances publiques a émis la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur, le 5 avril 2023.
8. Toutefois, s'il n'est pas établi que la mise en demeure du 14 septembre 2021 a été régulièrement notifiée à Mme A épouse B, compte tenu de la mention incohérente de l'accusé de réception selon laquelle le pli a été avisé le 24 mai 2021 et non réclamé, il résulte de l'instruction que l'intéressée s'est vu notifier, pour le recouvrement de ces impositions, une saisie administrative à tiers détenteur en date du 24 novembre 2021. Il ressort des mentions portées sur la copie de l'avis de réception du pli contenant cet acte de poursuite, produite par l'administration fiscale, que la contribuable a été avisée le 7 décembre 2021 de ce courrier. Le pli mis en instance au bureau de poste n'ayant pas été réclamé par l'intéressée, il a été retourné au service expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". L'acte de poursuite, qui mentionnait les voies et délais de recours, doit, dès lors, être regardé comme ayant été régulièrement notifié à Mme A épouse B à la date du 7 décembre 2021. L'intéressée n'a toutefois pas contesté cette saisie administrative à tiers détenteur, premier acte de poursuite permettant de se prévaloir de la prescription s'agissant des cotisations en litige. Elle n'est, dès lors, plus recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement à l'occasion de la contestation des actes de poursuite ultérieurs et notamment, en dernier lieu, de la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur du 5 avril 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement est, s'agissant des impositions précitées, irrecevable et ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de Mme A épouse B tendant à la décharge de l'obligation qui lui a été notifiée par la déclaration valant saisie d'un véhicule à moteur en date du 5 avril 2023 de payer la somme de 144 980,86 euros correspondant aux cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie avec son époux pour les années 2013 et 2014 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux dépens et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la direction régionale des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026