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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300533

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300533

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistrée le 20 décembre 2023, Mme B AN, M. T I, Mme AR AO, M. AB X, Mme AX AU, M. E L, Mme Z H, Mme AT AF, Mme AL J, M. R K, Mme AC AD, Mme S AH, Mme AA D, Mme AP C, Mme U W, M. AV C, Mme AJ, M. AI O, M. G F, Mme N Q, Mme AE M, Mme AK Q et M. V A, représentés par Me Labéjof-Lordinot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le protocole transactionnel conclu le 6 août 2021 entre la ville du Diamant et la SARL COFIC à l'occasion d'un différend résultant de l'implantation d'une station d'épuration sur une parcelle cadastrée section E n° 1540 située au lieudit la Cherry sur le territoire de la commune du Diamant ;

2°) d'annuler les décisions expresses des 10 et 12 juillet 2023 ainsi que les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune du Diamant a rejeté les recours gracieux qu'ils ont formés l'encontre de ce protocole transactionnel par des courriers datés des 22 juin 2023, 24 juin 2023, 27 juin 2023, 28 juin 2023, 29 juin 2023, 30 juin 2023, 5 juillet 2023, 6 juillet 2023, 11 juillet 2023, 15 juillet 2023 et 18 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre à la ville du Diamant et à la SARL COFIC de procéder à la résolution amiable de ce protocole transactionnel, dans un délai de trois mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date que le tribunal fixera ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Diamant la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable puisque le protocole transactionnel attaqué n'a fait l'objet d'aucune publication par la ville ;

- ils justifient d'un intérêt à agir en leur qualité de contribuables communaux puisque le protocole transactionnel litigieux, qui prévoit le versement par la ville d'une somme supérieure à 1 500 000 euros, emporte des conséquences importantes sur le budget communal ;

- le protocole transactionnel comporte des vices qui entachent sa validité et qui justifient son annulation ;

- en effet, le protocole n'a pas été précédé de l'avis du service des domaines de l'Etat, en méconnaissance des articles L. 1311-9, L. 1311-10 et L. 1311-11 du code général des collectivités territoriales, alors qu'il prévoit la cession au profit de la ville des parcelles sur lesquelles l'ouvrage public est implanté ;

- le gérant de la SARL COFIC ne justifie pas de sa qualité pour signer le protocole transactionnel au nom et pour le compte de la société ;

- le maire de la commune n'était pas compétent pour signer le protocole transactionnel dès lors que le conseil municipal ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des éléments essentiels de la convention à l'occasion de sa délibération du 29 juillet 2021 ;

- le protocole, qui prévoit le versement par la ville d'une somme supérieure à la condamnation prononcée par le juge judiciaire sans véritable concession de la société, est excessivement déséquilibré et constitue une libéralité consentie illégalement au profit de la SARL COFIC, dont le préjudice n'est pas justifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la SARL société compagnie financière et immobilière Caraïbes (COFIC), représentée par Me Landais, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des requérants une somme de 5 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable puisque les requérants ne justifient d'aucun intérêt à agir en leur qualité de contribuable local, faute pour le protocole transactionnel de produire la moindre conséquence négative significative sur les finances ou le patrimoine de la commune du Diamant ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La procédure a été régulièrement communiquée à la commune du Diamant, qui n'a produit aucune observation.

Par un courrier du 19 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du désistement d'office de la requête, en application de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, de Mme B AN, M. T I, Mme AR AO, M. AB X, Mme AX AU, M. E L, Mme Z H, Mme AL J, M. R K, Mme AC AD, Mme S AH, Mme AA D, Mme U W, M. AI O, M. G F, Mme N Q, Mme AE M, Mme AK Q et M. V A, faute d'avoir confirmé leur requête en annulation dans le délai d'un mois à la suite de la notification de l'ordonnance n° 2300532 du juge des référés rejetant leur demande de suspension ou d'avoir, dans le délai de recours en cassation, exercé un pourvoi en cassation contre cette ordonnance de référé ou formé une demande d'aide juridictionnelle à cette fin.

Les consorts AN ont produit des pièces complémentaires en réponse à ce moyen d'ordre public, lesquelles ont été enregistrées le 19 juin 2024.

La SARL COFIC a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire qui a été enregistré le 26 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 5 décembre 2016 relatif aux opérations d'acquisitions et de prises en location immobilières poursuivies par les collectivités publiques et divers organismes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de Me Labéjof-Lordinot, avocat des requérants, et de Me Bel, avocate de la commune du Diamant.

Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL COFIC est devenue propriétaire le 3 décembre 1998, suite à la fusion et à l'absorption de la société antillaise d'étude et de gérance (SAEG), de la parcelle cadastrée section E n° 1540 située lieudit la Cherry au Diamant sur laquelle était édifiée une station d'épuration. Estimant irrégulière l'implantation sur son terrain de cette station d'épuration et souhaitant obtenir l'indemnisation des préjudices résultant de cette occupation, la SARL COFIC a saisi le tribunal de grande instance de Fort-de-France. Celui-ci, après avoir reconnu que la présence de l'ouvrage constituait une voie de fait, a condamné la commune du Diamant à verser à la société une indemnité de 1 246 974 euros, par deux jugements des 20 avril 2010 et 19 novembre 2013. Saisie en appel, la chambre civile de la cour d'appel de Fort-de-France a, par un arrêt du 21 mai 2019, annulé ces deux jugements et a déclaré l'incompétence des juridictions judiciaires pour connaître du litige, après avoir constaté l'absence de toute voie de fait. En cassation, la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a, par trois arrêts du 4 mars 2021, prononcé la cassation partielle sans renvoi et l'annulation de cet arrêt d'appel, en ce qu'il infirme le jugement de première instance du 19 novembre 2013 et en ce qu'il dit que l'implantation de la station d'épuration ne constitue pas une voie de fait et déclare en conséquence l'incompétence des juridictions judiciaires pour connaître des demandes de la SARL COFIC. Parallèlement, après deux demandes restées infructueuses formées en ce sens auprès de la commune du Diamant et de la communauté d'agglomération de l'espace sud de la Martinique, la SARL COFIC a saisi le tribunal administratif de la Martinique, le 30 décembre 2020, afin d'obtenir de ces deux collectivités la démolition des ouvrages restants de la station d'épuration, la remise en l'état et la restitution de la parcelle, ainsi que l'indemnisation des préjudices résultant de l'implantation de la station d'épuration sur cette parcelle. Au cours de l'instruction de cette requête, enregistrée sous le n° 2000594, la commune du Diamant et la SARL COFIC ont souhaité mettre un terme à leurs différends, portant sur les modalités d'exécution des arrêts de la Cour de cassation du 4 mars 2021, le montant des intérêts légaux courant sur le montant de la condamnation prononcée par les deux jugements du tribunal de grande instance de Fort-de-France des 20 avril 2010 et 19 novembre 2013, le sort à réserver au terrain et l'issue à donner à la requête n° 2000594 introduite devant le tribunal administratif. Elles ont conclu à cet effet un protocole transactionnel qui a été signé le 6 août 2021. Par un jugement du 8 juin 2023, devenu définitif faute d'avoir été frappé d'appel, le tribunal administratif de la Martinique a constaté le non-lieu à statuer sur la requête n° 2000594 en raison de la conclusion du protocole transactionnel signé le 6 août 2021. Par des courriers datés des 22 juin 2023, 24 juin 2023, 27 juin 2023, 28 juin 2023, 29 juin 2023, 30 juin 2023, 5 juillet 2023, 6 juillet 2023, 11 juillet 2023, 15 juillet 2023 et 18 juillet 2023, Mme B AN, M. T I, Mme AR AO, M. AB X, Mme AX AU, M. E L, Mme Z H, Mme AT AF, Mme AL J, M. R K, Mme AC AD, Mme S AH, Mme AA D, Mme AP C, Mme U W, Mme AV C, Mme AJ, M. AI O, M. G F, Mme N Q, Mme AE M, Mme AK Q et M. V A ont formé des recours gracieux à l'encontre du protocole transactionnel. Dans la présente instance, ils doivent être regardés comme demandant au tribunal administratif d'annuler le protocole transactionnel signé le 6 août 2021, d'annuler les décisions expresses des 10 et 12 juillet 2023 ainsi que les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune du Diamant a rejeté leurs recours gracieux, et d'enjoindre aux parties, sous conditions de délai et d'astreinte, de procéder à la résolution amiable du protocole transactionnel.

Sur le désistement d'office d'une partie des requérants :

2. L'article R. 612-5-2 du code de justice administrative dispose : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté. " Il résulte de ces dispositions que, pour ne pas être réputé s'être désisté de sa requête à fin d'annulation ou de réformation, le requérant qui a présenté une demande de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, si cette demande est rejetée au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, confirmer, par un écrit dénué d'ambiguïté, le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance du juge des référés, sous réserve que cette notification l'informe de cette obligation et de ses conséquences. Toutefois, il ne peut être réputé s'être désisté de sa requête s'il a exercé un pourvoi en cassation contre l'ordonnance du juge des référés dans le délai de recours en cassation ou s'il a formé une demande d'aide juridictionnelle à cette fin dans ce même délai.

3. Les requérants ont assorti leur recours en contestation de la validité du protocole transactionnel conclu le 6 août 2021 entre la ville du Diamant et la SARL COFIC d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Le juge des référés du tribunal administratif de la Martinique a rejeté cette demande de suspension au motif qu'il n'a pas été fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, par une ordonnance n° 2300532 en date du 27 septembre 2023. Cette ordonnance de rejet a été mise à la disposition des requérants sur le téléservice Télérecours le jour même, et consulté effectivement par leur avocat le lendemain 28 septembre 2023, accompagné d'un courrier de notification les informant qu'ils devaient confirmer leur requête à fin d'annulation dans le délai d'un mois à défaut de quoi ils seraient réputés s'être désistés de cette requête en application de l'article R. 612-5-2 cité précédemment du code de justice administrative. Si Mme AJ, M. AV C, Mme AT AF et Mme AP C ont formé, dans le délai de recours en cassation, une demande d'aide juridictionnelle devant le bureau d'aide juridictionnel du conseil d'Etat et ne peuvent dès lors être réputés s'être désisté d'office, Mme B AN, M. T I, Mme AR AO, M. AB X, Mme AX AU, M. E L, Mme Z H, Mme AL J, M. R K, Mme AC AD, Mme S AH, Mme AA D, Mme U W, M. AI O, M. G F, Mme N Q, Mme AE M, Mme AK Q et M. V A n'ont pas formé dans le délai de recours en cassation une telle demande d'aide juridictionnelle, ni exercé un pourvoi en cassation contre l'ordonnance du juge des référés. Les intéressés n'ont en outre adressé au tribunal administratif aucun écrit pour confirmer le maintien de leur requête dans le délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance de référé, lequel délai, qui revêt, à l'instar de tout délai de procédure et en l'absence de disposition contraire, le caractère d'un délai franc, expirait le soir du lundi 30 octobre 2023. La circonstance que, postérieurement les 6 et 7 novembre 2023, les intéressés aient, par l'intermédiaire de leur avocat, indiqué qu'ils ne voulaient pas se désister et souhaitaient que l'instruction de leur requête se poursuive est sans influence sur l'acquisition du délai d'un mois au terme duquel leur désistement d'office est intervenu. Ils n'invoquent par ailleurs aucune circonstance qui faisait obstacle à ce qu'ils puissent confirmer leur requête à fin d'annulation dans le délai d'un mois qui lui était imparti. Dans ces conditions, il y a lieu de donner acte du désistement d'office des dix-neuf intéressés.

Sur la validité du protocole transactionnel litigieux :

4. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Ce recours doit être exercé, y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées, notamment au moyen d'un avis mentionnant à la fois la conclusion du contrat et les modalités de sa consultation dans le respect des secrets protégés par la loi. La légalité du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion du contrat et de la décision de le signer, ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini.

5. Le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini. Les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office.

6. En premier lieu, L'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales dispose : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : / () 7° De passer () les actes de vente, échange, partage, acceptation de dons ou legs, acquisition, transaction, lorsque ces actes ont été autorisés conformément aux dispositions du présent code ; () ". L'article 2044 du code civil dispose : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il entend autoriser le maire à conclure une transaction, le conseil municipal doit, sauf à méconnaître l'étendue de sa compétence, se prononcer sur tous les éléments essentiels du contrat à intervenir, au nombre desquels figurent notamment la contestation précise que la transaction a pour objet de prévenir ou de terminer et les concessions réciproques que les parties se consentent à cette fin.

7. Il résulte de l'instruction que, par délibération n° 21/25 du 29 juillet 2021, le conseil municipal de la commune du Diamant a approuvé le principe de la conclusion d'un protocole transactionnel entre la ville du Diamant et la SARL COFIC afin de mettre fin à leurs différends portant sur les modalités d'exécution des arrêts de la Cour de cassation du 4 mars 2021, le montant des intérêts légaux courant sur le montant de la condamnation prononcée par les deux jugements du tribunal de grande instance de Fort-de-France des 20 avril 2010 et 19 novembre 2013, le sort à réserver au terrain d'assise de l'ouvrage public et l'issue à donner à la requête n° 2000594 alors introduite devant le tribunal administratif. Par cette même délibération, le conseil municipal de la commune du Diamant a également approuvé les termes du protocole transactionnel, dont les éléments étaient annexés à la délibération et précisaient sans ambiguïté les concessions réciproques des deux parties, en particulier le versement d'une indemnité forfaitaire transactionnelle par la commune en contrepartie d'une limitation des prétentions de la société, la mise en place d'un échéancier de paiement, la promesse unilatérale de la SARL COFIC de vendre les trois parcelles cadastrales servant de terrain d'assise à l'ouvrage public à un prix déterminé, ainsi que le renoncement des deux parties à toute instance ou action. Par cette même délibération, le conseil municipal de la commune du Diamant a enfin autorisé le maire à signer le protocole d'accord transactionnel. Dans ces conditions, le conseil municipal s'est prononcé sur tous les éléments essentiels protocole transactionnel. La seule circonstance que, postérieurement à la réunion du conseil municipal, la délibération ait été affichée en mairie sans l'annexe qui comportait les éléments du protocole transactionnel n'est pas de nature à remettre en cause la validité de la délibération à laquelle a procédé le conseil municipal lors de sa séance du 29 juillet 2021. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de la commune du Diamant n'avait pas été régulièrement autorisé par le conseil municipal à signer le protocole transactionnel litigieux. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, le protocole transactionnel litigieux a été signé au nom de la société requérante par son gérant, M. Y AY. Conformément à l'article L. 223-18 du code de commerce, ce dernier était, en sa seule qualité de gérant, légalement investi des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société dans ses rapports avec les tiers. Il était dès lors légalement habilité à signer le protocole transactionnel litigieux afin d'engager la SARL COFIC envers la commune du Diamant, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales dispose : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics () ". L'article L. 1311-10 du même code dispose : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : / () 2° Les acquisitions à l'amiable () d'immeubles, () d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente, ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; () ". L'article R. 1311-4 du même code dispose : " Les montants mentionnés aux 1° et 2° de l'article L. 1311-10 sont fixés par arrêté du ministre chargé du domaine. " Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 décembre 2016 relatif aux opérations d'acquisitions et de prises en location immobilières poursuivies par les collectivités publiques et divers organismes, le seuil prévu au 2° de l'article L. 1311-10 du code général des collectivités territoriales est fixé à 180 000 euros.

10. En l'espèce, l'article 2 du protocole transactionnel litigieux, qui a pour objet de régler le différend existant entre les parties sur le sort du terrain d'assise de la station d'épuration de la Cherry, prévoit que la société s'engage à céder à la commune les trois parcelles cadastrées section E numéros 1540, 1147 et 164, d'une superficie totale de 7 731 m², au prix de 0,50 euros par mètre carré, soit un prix de cession total de 3 865,50 euros. Si l'article 1er du même protocole transactionnel prévoit également le versement par la ville d'une indemnité forfaitaire transactionnelle de 1 550 000 euros, cette somme a pour objet l'indemnisation des préjudices de toute nature subis par la société du fait de l'occupation passée et actuelle du terrain et ne constitue ainsi nullement une contrepartie de la promesse de vente consentie par la SARL COFIC. Elle n'a dès lors pas à être prise en compte pour le calcul du seuil de 180 000 euros à partir duquel les dispositions citées au point précédent imposent la consultation des services compétents de l'Etat. Par ailleurs, la circonstance que la commune du Diamant avait saisi le 20 octobre 2010 les services du domaine d'un précédent projet de régularisation de l'emprise de la station d'épuration de la Cherry est sans influence sur l'appréciation du montant de l'opération immobilière contenue dans le protocole transactionnel litigieux. Dans ces conditions, la promesse unilatérale de vente contenue à l'article 2 du protocole transactionnel litigieux portait sur un projet d'acquisition par la commune du Diamant d'un bien immobilier d'une valeur inférieure au seuil de 180 000 euros. La conclusion de ce protocole transactionnel n'était dès lors pas soumise à la consultation obligatoire des services de l'Etat prévue par les dispositions citées au point précédent, contrairement à ce que soutiennent à tort les requérants. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

11. En quatrième lieu, en vertu de l'article 2044 du code civil, la transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née ou préviennent une contestation à naître. Pour déterminer si une transaction constitue une libéralité consentie de façon illicite par une collectivité publique, les concessions réciproques consenties par les parties dans le cadre de cette transaction doivent être appréciées de manière globale, et non en recherchant si, pour chaque chef de préjudice pris isolément, les indemnités négociées ne sont pas manifestement disproportionnées.

12. En l'espèce, d'une part, le protocole transactionnel litigieux conclu le 6 août 2021 a pour objet de mettre un terme aux différends opposant la commune du Diamant et la SARL COFIC qui portaient sur les modalités d'exécution des arrêts rendus par la Cour de cassation du 4 mars 2021, le montant des intérêts légaux courant sur le montant de la condamnation prononcée par les deux jugements du tribunal de grande instance de Fort-de-France des 20 avril 2010 et 19 novembre 2013, le sort à réserver au terrain d'assise de l'ouvrage public et l'issue à donner à la requête n° 2000594 introduite devant le tribunal administratif. Ainsi, ce protocole transactionnel n'a nullement pour objet de remettre en cause le jugement du tribunal de grande instance de Fort-de-France rendu le 19 novembre 2013 condamnant la commune du Diamant à verser à la SARL COFIC une somme de 1 246 974 euros à titre d'indemnité d'occupation au titre de la période du 16 octobre 2002 au 19 novembre 2013. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il n'appartient pas à la juridiction administrative de se prononcer sur la validité de ce jugement rendu par l'autorité judiciaire, lequel jugement est au demeurant devenu définitif à la suite des trois arrêts de la cour de la cassation du 4 mars 2021. D'autre part, l'article 1er du protocole transactionnel litigieux met à la charge de la ville le paiement d'une indemnité forfaitaire transactionnelle d'un montant de 1 550 000 qui inclut, outre le montant principal de la condamnation de 1 246 974 euros prononcée par le tribunal de grande instance le 19 novembre 2013, le montant des intérêts de retard au taux légal afférent au paiement de cette condamnation ainsi que tous les préjudices de toute nature subis par la SARL COFIC du fait de l'occupation passée et actuelle du terrain, que celle-ci accepte de limiter forfaitairement et consent à recevoir selon un paiement échelonné avec un échéancier s'étalant sur six annuités. En outre, aux termes de l'article 2 du protocole transactionnel, la SARL COFIC s'engage à titre de concession à vendre à la commune du Diamant ainsi qu'il a été dit précédemment au point 10., les trois parcelles d'assise de l'ouvrage au montant de 0,50 euros par mètre carré, qui correspond à la valeur estimée par les services du domaine dans son avis du 5 décembre 2011 de ce terrain non constructible. Enfin, aux termes de l'article 3 du protocole transactionnel, les parties renoncent expressément à leurs prétentions dans l'instance n° 2000594 qui était alors pendante devant le tribunal administratif de la Martinique, dans laquelle la SARL COFIC sollicitait la condamnation de la commune de Diamant à lui verser une indemnité d'un montant de 579 986,50 euros, ainsi qu'à toute instance ou action future. Dans ces circonstances, le protocole transactionnel litigieux, eu égard aux concessions réciproques librement consenties, ne peut être regardé comme mettant à la charge de la commune du Diamant une obligation dépourvue de fondement, ni même manifestement disproportionnée, constitutive d'une libéralité. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à contester la validité du protocole transactionnel litigieux, conclu le 6 août 2021 entre la commune du Diamant et la SARL COFIC, et des décisions rejetant leurs recours gracieux. Par suite, les conclusions principales de la requête tendant à leur annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la SARL COFIC.

Sur l'injonction et l'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Diamant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la SARL COFIC au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de Mme B AN, de M. T I, de Mme AR AO, de M. AB X, de Mme AX AU, de M. E L, de Mme Z H, de Mme AL J, de M. R K, de Mme AC AD, de Mme S AH, de Mme AA D, de Mme U W, de M. AI O, de M. G F, de Mme N Q, de Mme AE M, de Mme AK Q et de M. V A.

Article 2 : La requête de Mme AJ, M. AV C, Mme AT AF et Mme AP C est rejetée.

Article 3 : Les conclusions de la SARL COFIC présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B AN, première désignée pour l'ensemble des requérants, à la SARL COFIC et à la commune du Diamant.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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