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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300569

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300569

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMBOUHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 21 septembre 2023, le 23 octobre 2023 et le 5 février 2024, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le président du conseil d'administration du service territorial d'incendie et de secours (STIS) de la Martinique a rejeté sa demande tendant à ce que sa maladie soit reconnue comme imputable au service ;

2°) d'enjoindre au STIS de la Martinique de le placer en position de maladie professionnelle et de l'autoriser à pratiquer son activité accessoire de pêche en mer.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, contenant des éléments mensongers inspirés par une volonté de le dénigrer ;

- il a été publiquement humilié par le président du STIS lors d'une émission de télévision diffusée le 7 mai 2019, date retenue par un certificat médical comme le début de sa maladie ;

- l'arrêté attaqué constitue un nouvel acte pris dans l'intention de lui nuire, compte tenu notamment de son activité syndicale ;

- dans son avis du 21 avril 2023, le conseil médical réuni en formation plénière s'est prononcé favorablement à l'imputabilité au service de sa maladie ;

- le cumul de son activité principale avec son activité accessoire de pêcheur en mer avait été autorisé oralement par sa hiérarchie qui n'a pas retiré cette autorisation ;

- l'avis de réception postal relatif à la notification de l'arrêté attaqué, produit en défense par l'administration à l'appui d'une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, est un faux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le STIS de la Martinique, représenté par Me Mbouhou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, n'ont pas été communiqués :

- le mémoire enregistré le 2 mars 2024 produit par M. B ;

- le mémoire enregistré le 4 mars 2024, produit par le STIS de la Martinique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Mbouhou, représentant le STIS de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. Sergent des sapeurs-pompiers professionnels, M. B est placé en congé de longue durée depuis le mois de mai 2019. Le 28 avril 2022, il a demandé au service territorial d'incendie et de secours (STIS) de la Martinique que sa maladie soit reconnue comme imputable au service. Cette demande a été rejetée par le président du conseil d'administration du STIS de la Martinique, par un arrêté du 6 juin 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'inscription en faux :

2. Aux termes de l'article R. 633-1 du code de justice administrative : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. / Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce, ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux ".

3. Il appartient au juge administratif de connaître des contestations, y compris celles présentées sous la forme d'inscriptions de faux, portant sur les documents postaux relatifs à l'acheminement du courrier dans le cadre d'une procédure administrative ou d'une procédure qui se déroule devant la juridiction administrative.

4. En l'espèce, l'administration produit un avis de réception postal justifiant d'une notification de l'arrêté attaqué. Il ressort des mentions de cet avis que le pli comportant l'arrêté du 6 juin 2023 a été présenté au domicile de l'intéressé le 19 juin 2023 et lui a été remis le 30 juin 2023. M. B soutient dans ses observations en réplique que cet avis postal est un faux, et indique avoir en conséquence saisi la juridiction judiciaire. Les écritures du requérant ne comportent toutefois aucun commencement de preuve de nature à étayer une telle allégation. Il suit de là que M. B ne peut sérieusement soutenir avoir reçu notification de l'arrêté litigieux le 24 juillet 2023. Sa demande d'inscription en faux doit dès lors être rejetée.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été notifié à M. B le 30 juin 2023. Cette décision mentionnant à son article 3 les voies et délais de recours contentieux, M. B pouvait régulièrement saisir le tribunal administratif dans un délai de deux mois qui s'est achevé, en l'absence de recours gracieux interruptif de ce délai, le 31 août 2023. Enregistré le 21 septembre 2023, la requête de M. B est tardive et, par suite, irrecevable.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fin de non-recevoir soulevée en défense, la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le service territorial d'incendie et de secours de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le STIS de Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au service territorial d'incendie et de secours de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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