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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300574

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300574

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300574
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantARLINGTON PARTNERS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023 sous le n° 2300574, la société Lakou Digital, représentée Me Arneton, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 septembre 2023 par laquelle le président du directoire du Grand port autonome maritime de la Martinique a résilié la convention d'occupation temporaire du domaine public en date du 30 mars 2021, ensemble la décision du 20 septembre 2023 par laquelle le président du directoire du Grand port autonome maritime de la Martinique a confirmé les motifs de la résiliation, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'ordonner la reprise provisoire des relations contractuelles ;

3°) de mettre à la charge du port maritime de la Martinique une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'exécution de la convention d'occupation du domaine public n'est pas devenue sans objet ;

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision de résiliation porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts en la plaçant dans l'impossibilité de réaliser son activité et en l'empêchant de générer des revenus et de bénéficier de subventions, alors même qu'elle a engagé des frais non amortis à hauteur de 70 044,127 euros, qu'elle a été contrainte d'entamer une procédure de sauvegarde et qu'elle accueille 11 entreprises et 49 personnes ;

- l'occupation du domaine public ne porte pas atteinte à l'intérêt général ni aux droits de tiers puisque la convention d'occupation n'a pas été attribuée à un nouveau titulaire.

Sur l'existence d'un doute sérieux :

- la décision de résiliation méconnaît le principe du contradictoire ainsi que les stipulations de l'article 15.02 de la convention dès lors qu'elle n'a pas pu présenter des observations en dépit de sa convocation à un entretien le 18 septembre 2023, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la décision de résiliation méconnaît les stipulations de l'article 16.01 de la convention dans la mesure où le délai de préavis d'un mois n'a pas été respecté ;

- la décision de résiliation a été prononcée en l'absence de faute grave ; d'une part, les impayés de redevance ont été induits par les inexécutions du Grand port maritime de la Martinique à ses obligations, telles que le retard de livraison, la livraison partielle des locaux et le non accomplissement des travaux, lesquelles ont considérablement dégradées l'équilibre financier du projet ; d'autre part, l'organisation d'évènements n'est pas constitutive d'une faute dès lors qu'il s'agit de l'une des missions dévolue par la convention ;

- la décision de résiliation crée une rupture d'égalité entre les occupants du domaine public portuaire dès lors que d'autres occupants ayant des retards de paiement plus importants, bénéficient de titres d'occupation du domaine public.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 12 et 13 octobre 2023, le Grand port maritime de la Martinique, représenté par Me Catol, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023 sous le n° 2300577, la société Lakou Digital, représentée par Me Arneton, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 septembre 2023 par laquelle le président du directoire du Grand port autonome maritime de la Martinique a résilié le contrat d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public conclu le 9 septembre 2021, ensemble de la décision du 20 septembre 2023 par laquelle le président du directeur du Grand port autonome maritime de la Martinique a confirmé les motifs de la résiliation, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) de mettre à la charge du port maritime de la Martinique une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision de résiliation porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts en la plaçant dans l'impossibilité de réaliser son activité et en l'empêchant de générer des revenus et de bénéficier de subventions, alors même qu'elle a engagé des frais non amortis à hauteur de 70 044,127 euros, qu'elle a été contrainte d'entamer une procédure de sauvegarde et qu'elle accueille 11 entreprises et 49 personnes ;

- l'occupation du domaine public ne porte pas atteinte à l'intérêt général ni aux droits de tiers puisque la convention d'occupation n'a pas été attribuée à un nouveau titulaire.

Sur l'existence d'un doute sérieux :

- la décision de résiliation méconnaît les stipulations de l'article 16.01 de la convention dans la mesure où le délai de préavis d'un mois n'a pas été respecté ;

- la décision de résiliation a été prononcée en l'absence de faute grave ; d'une part, les impayés de redevance ont été induits par les inexécutions du Grand port maritime de la Martinique à ses obligations, telles que le retard de livraison, la livraison partielle des locaux et le non accomplissement des travaux, lesquelles ont considérablement dégradées l'équilibre financier du projet ; d'autre part, l'organisation d'évènements n'est pas constitutive d'une faute dès lors qu'il s'agit de l'une des missions dévolue par la convention ;

- la décision de résiliation crée une rupture d'égalité entre les occupants du domaine public portuaire dès lors que d'autres occupants ayant des retards de paiement plus importants, bénéficient de titres d'occupation du domaine public.

Par un mémoire en défense, enregistré le et 13 octobre 2023, le Grand port maritime de la Martinique, représenté par Me Catol, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes enregistrées le 21 septembre 2023 sous les n°s 2300573 et 2300576 par lesquelles la société Lakou digital demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 13 octobre 2023, à 10 heures, en présence de M. Minin, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Arneton, représentant la société Lakou Digital, qui conclut aux mêmes fins et par les moyens que dans ses écritures ;

- les observations de Me Catol, représentant le Grand port maritime de la Martinique, qui reprend les éléments développés dans son mémoire en défense ;

- et les observations de M. B, gérant de la société Lakou Digital, présent à l'audience.

La clôture de l'instruction a été reportée au 16 octobre 2023 à 16 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Un mémoire, non communiqué, présenté pour la société Lakou Digital dans l'instance n° 2300574, a été enregistré le 16 octobre 2023.

Un mémoire, non communiqué, présenté pour la société Lakou Digital dans l'instance n° 2300577, a été enregistré le 16 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention d'occupation du domaine public en date du 30 mars 2021, le Grand port maritime de la Martinique, gestionnaire du domaine public portuaire, a mis à disposition de la société Lakou digital, des locaux situés au bassin de Radoub, au 1ère étage de la gare maritime de Fort-de-France, d'une surface initiale de 430 m² puis, d'une surface complémentaire de 628 m² en vue de l'installation d'une plateforme destinée à accueillir des projets digitaux innovants. La convention a été conclue pour une durée de cinq ans à compter du 8 avril 2021 jusqu'au 7 avril 2026.

2. Par un contrat d'autorisation d'occupation du domaine public, en date du 9 septembre 2021, le Grand port maritime de la Martinique, gestionnaire du domaine public portuaire, a mis à disposition de la société Lakou digital, des locaux situés au bassin du Radoub, au 2ème étage de la gare maritime de Fort-de-France, d'une surface de 82 m². Le contrat d'autorisation d'occupation a été accordé pour une durée de trois ans à compter du 1er septembre 2021, soit jusqu'au 31 août 2024.

3. Par un courrier du 21 juillet 2023, le Grand port maritime a mis en demeure la société Lakou digital de payer la somme de 181 032,55 euros au titre de redevances domaniales impayées. Le Grand port maritime de la Martinique a, par un courrier daté du 14 septembre 2023, notifié le 18 septembre 2023, résilié la convention et le contrat d'autorisation d'occupation du domaine public. Par un courrier du 20 septembre 2023, le Grand port maritime de la Martinique a précisé les motifs de la résiliation, d'une part, le non-respect de l'activité autorisée, d'autre part, le défaut de paiement des redevances. Dans la présente instance, la société Lakou digital demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions du 14 septembre 2023 et du 20 septembre 2023.

4. Les requêtes n°s 2300574 et 2300577, présentées pour la société Lakou Digital, présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

6. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises. Ces actions sont en particulier ouvertes dans le cas de la résiliation d'une convention d'occupation domaniale.

7. Indépendamment de la condition d'urgence, il incombe au juge des référés, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise à titre provisoire des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation. Par ailleurs, pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise à titre provisoire des relations contractuelles, il incombe au juge d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général.

8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision de résiliation méconnaitrait les stipulations de l'article 16.01 de la convention, de ce que les fautes invoquées par le Grand port maritime de la Martinique ne seraient pas fondées et que la mesure aurait pour effet de créer une rupture d'égalité entre les occupants du domaine public portuaire, ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la validité de cette décision.

9. Par ailleurs, à supposer même que le non-respect de la procédure contradictoire et des stipulations de l'article 15.02 de la convention puisse être regardé comme entachant d'irrégularité la décision de résiliation, le vice ainsi invoqué ne paraît pas, en l'état de l'instruction et eu égard à sa nature même, d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles.

10. Il en résulte que les conclusions de la société Lakou Digital aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence de la mesure sollicitée est réunie.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de la société Lakou Digital dirigées contre le Grand port maritime de la Martinique qui n'est pas la partie perdante.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Lakou Digital une quelconque somme à verser au Grand port maritime de la Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de la société Lakou digital sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par le Grand port maritime de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Lakou Digital et au Grand port maritime de la Martinique.

Fait à Schoelcher, le 17 octobre 2023.

Le président du tribunal,

Juge des référés

J-M A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2300577

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