jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300576 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARLINGTON PARTNERS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 janvier 2024, la société Lakou Digital, représentée par Me Arneton, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2023, par laquelle le président du directoire du grand port maritime de la Martinique a abrogé l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, consentie le 9 août 2021, relative aux bureaux du 2ème étage du terminal inter-îles, ainsi que la décision du 20 septembre 2023, confirmant les motifs de cette décision ;
2°) de mettre à la charge du grand port maritime de la Martinique la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ne pouvait être prononcée à effet immédiat, dès lors que l'article 16.1 de l'autorisation prévoyait un délai minimal de préavis d'un mois ;
- les fautes qui lui sont reprochées par le grand port maritime de la Martinique ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier une abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, et ce alors que le grand port maritime de la Martinique a lui-même commis des fautes ;
- l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public a pour effet de créer une rupture d'égalité entre occupants du domaine public portuaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le grand port maritime de la Martinique, représenté par Me Catol, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Lakou Digital la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative,
- et les observations de Me Catol, avocat du grand port maritime de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision unilatérale du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public, le grand port maritime de la Martinique a mis à disposition de la société Lakou Digital, pour une durée de 3 ans, à compter du 1er septembre 2021, moyennant une redevance de 21 648 euros HT par an, 2 bureaux, d'une superficie totale de 82 m2, situés au 2ème étage du terminal inter-îles, en vue d'y exploiter une activité de tiers lieu numérique. Par une décision du 14 septembre 2023, le président du directoire du grand port maritime de la Martinique, en application de l'article 15.2 de cette décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public, a prononcé son abrogation, puis, par un courrier du 20 septembre 2023, a précisé les motifs de cette abrogation, fondée, d'une part, sur le non-respect, par l'occupant, de l'activité autorisée et, d'autre part, sur le défaut de paiement des redevances d'occupation. Par la présente requête, la société Lakou Digital demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2023, et la décision du 20 septembre 2023, en confirmant les motifs.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 15.2 de la décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public : " [] Sous peine de poursuites, l'occupant dont l'autorisation est résiliée devra, à ses frais, en cas de demande de remise en état des lieux prévue par la présente autorisation, y procéder dans le délai imparti, fixé à l'article 16 ci-après ". Aux termes de l'article 16.1 de la même décision : " A l'expiration de l'autorisation, quel qu'en soit le motif, l'occupant doit, sous peine de poursuites, remettre les lieux dans leur état primitif et ce dans un délai de 30 jours ".
3. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est d'ailleurs même pas allégué, que le grand port maritime de la Martinique aurait demandé à la société Lakou Digital de remettre les lieux dans leur état primitif. Dans ces conditions, la société Lakou Digital ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article 16.1 de la décision du 9 août 2021 qui, en tout état de cause, n'ont ni pour objet ni pour effet d'interdire au grand port maritime de la Martinique de prononcer l'abrogation de l'autorisation à effet immédiat, mais uniquement de lui interdire d'initier des poursuites, avant l'expiration d'un délai de 30 jours à compter de la date de l'abrogation.
4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 15.2 de la décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public : " En cas d'inexécution ou d'inobservation par l'occupant d'une quelconque de ses obligations visées aux articles 2 et 8 ou pour défaut de paiement, le GPMLM peut résilier de plein droit, par lettre recommandée avec accusé de réception, l'autorisation ". Aux termes de l'article 2 de la même décision : " Cette surface est attribuée à l'occupant pour l'exercice de son activité de tiers lieu numérique et notamment son activité de design thinking, à l'exclusion de toute autre activité. L'occupant s'engage à respecter scrupuleusement l'affectation des dépendances domaniales mises à disposition ".
5. Pour décider l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, consentie à la société Lakou Digital, le président du directoire du grand port maritime de la Martinique s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce que celle-ci aurait organisé, dans les locaux mis à sa disposition, des événements à caractère festif et musical, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2 de la décision du 9 août 2021. Cependant, il ressort des pièces du dossier que ces événements, dont le nombre et l'ampleur n'est au demeurant pas précisée, auraient été organisés dans les locaux de la rotonde du 1er étage du terminal inter-îles, mis à disposition de la société Lakou Digital dans le cadre d'une convention portant occupation du domaine public, conclue le 30 mars 2021, et non dans les locaux du 2ème étage du terminal inter-îles, mis à disposition de la société Lakou Digital dans le cadre de la décision du 9 août 2021. Par suite, la société Lakou Digital est fondée à soutenir que le grand port maritime de la Martinique ne pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance de la destination des locaux mis à sa disposition, dans le cadre de la décision du 9 août 2021, pour justifier une abrogation de cette autorisation.
6. Cependant, pour décider l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, consentie à la société Lakou Digital, le grand port maritime de la Martinique s'est également fondé, d'autre part, sur le motif tiré du défaut de paiement des redevances, mises à la charge de la société Lakou Digital au titre de l'article 6 de la décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public. Il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que, malgré de nombreuses relances adressées par le comptable public du grand port maritime de la Martinique, et malgré un échéancier consenti dans le cadre d'un protocole transactionnel conclu le 28 juin 2022, la société Lakou Digital s'est abstenue, de façon quasi-continue depuis l'entrée en vigueur de l'autorisation, de payer les redevances. La dette, accumulée par la société Lakou Digital au titre de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public du 9 août 2021 et de la convention du 30 mars 2021, portant sur les locaux du 1er étage, s'élève ainsi à un total de 210 594,46 euros. Ce montant particulièrement significatif révèle une négligence fautive et continue de la société Lakou Digital, qui ne saurait utilement invoquer des difficultés temporaires et conjoncturelles de trésorerie. En outre, contrairement à ce qu'allègue la société Lakou Digital, la circonstance que le grand port maritime de la Martinique aurait pris du retard dans les travaux d'aménagement des locaux mis à sa disposition, que ces travaux présenteraient des malfaçons et que le grand port maritime de la Martinique assurerait insuffisamment la sécurité des lieux, exposant la société Lakou Digital à des actes répétés de vandalisme et à des cambriolages, n'est pas de nature à diminuer la gravité du manquement commis par la société Lakou Digital, celle-ci ne pouvant utilement se prévaloir des manquements ou défaillances de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations et, en particulier, au paiement des redevances mises à sa charge. Par suite, la société Lakou Digital n'est pas fondée à soutenir que le président du directoire du grand port maritime de la Martinique ne pouvait légalement se fonder sur le défaut de paiement des redevances pour prononcer l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, consentie le 9 août 2021.
7. Le président du directoire du grand port maritime de la Martinique aurait pu légalement abroger la décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public, en se fondant sur le seul motif, évoqué au point 6. ci-dessus. Par suite, le moyen tiré de ce que cette abrogation n'est pas justifiée par les fautes commises par la société Lakou Digital doit être écarté.
8. En troisième lieu, la société Lakou Digital ne peut utilement se prévaloir de ce que d'autres entreprises, titulaires d'autorisations d'occupation temporaire du domaine public portuaire ou cocontractantes du grand port maritime de la Martinique, et également négligentes dans le paiement de leurs redevances, ne feraient l'objet d'aucune sanction, cette circonstance, à la supposer avérée, étant sans incidence aucune sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Lakou Digital n'est pas fondée à contester la légalité de la décision du 14 septembre 2023, par laquelle le président du directoire du grand port maritime de la Martinique a prononcé l'abrogation de la décision du 9 août 2021, portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public, ainsi que de la décision du 20 septembre 2023, en confirmant les motifs. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du grand port maritime de la Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la société Lakou Digital et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société Lakou Digital une quelconque somme, au titre des frais exposés par le grand port maritime de la Martinique et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Lakou Digital est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le grand port maritime de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Lakou Digital et au grand port maritime de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. LasoLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026