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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300579

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300579

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCONSTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Constant, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury académique du 27 juin 2023 émettant un avis défavorable à sa titularisation comme professeur des écoles et proposant son licenciement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel la rectrice de l'académie de Martinique a prononcé son licenciement à l'issue de son stage, à compter du 1er septembre 2023 ;

3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Martinique de prononcer son intégration comme professeur des écoles titulaire et de l'affecter sur un poste de travail aménagé ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l'Etat au titre des frais d'instance.

Elle soutient que les décisions attaquées caractérisent une discrimination en raison de son handicap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, la rectrice de l'académie de Martinique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen dirigé contre la délibération du jury académique est inopérant, dès lors que l'appréciation faite par un jury est souveraine ne peut être utilement discutée devant le juge de l'excès de pouvoir ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- l'arrêté du 9 mai 2007 relatif aux conditions de délivrance du diplôme professionnel de professeur des écoles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, nommée en qualité de professeur des écoles stagiaire à compter du 1er novembre 2020, a fait l'objet d'une prolongation de son stage à l'issue d'un congé maternité et d'un congé parental dont elle a bénéficié. Ensuite, par un arrêté du 20 juillet 2023, la rectrice de l'académie de Martinique, suivant la délibération du jury académique du 27 juin 2023, a licencié l'intéressée à l'issue de son stage, à compter du 1er septembre 2023. Dans la présente instance, Mme A demande au tribunal d'annuler la délibération du jury académique du 27 juin 2023 ainsi que l'arrêté du 20 juillet 2023 prononçant son licenciement à l'issue de son stage, et d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Martinique de prononcer son intégration comme professeur des écoles titulaire et de l'affecter sur un poste de travail aménagé.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique : " Les personnes recrutées au sein de la fonction publique à la suite de l'une des procédures de recrutement par concours, de recrutement sans concours ou de changement de corps ou de cadres d'emplois accomplissent une période probatoire dénommée stage comprenant, le cas échéant, une période de formation lorsque le statut particulier du corps ou du cadre d'emplois le prévoit ".

3. L'article 8 du décret du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles dispose que : " Les candidats reçus au concours externe ou aux concours externes spéciaux et remplissant les conditions de titre ou diplôme pour être nommés dans le corps sont nommés professeurs des écoles stagiaires () " et l'article 10 de ce décret dispose que : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique () ". En outre, l'article 12 du même décret dispose que : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 13 de ce décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. / La seconde année de stage effectuée en application des dispositions de l'alinéa précédent n'est pas prise en compte dans le calcul de l'ancienneté d'échelon ". Enfin, l'article 5 de l'arrêté du 9 mai 2007 relatif aux conditions de délivrance du diplôme professionnel de professeur des écoles dispose que : " Après délibération, le jury établit la liste des professeurs stagiaires qu'il estime aptes à se voir délivrer le diplôme professionnel de professeur des écoles. / Les stagiaires non admis au diplôme professionnel de professeur des écoles doivent avoir subi un entretien avec le jury ou avoir été inspectés. Le jury peut procéder à un entretien avec le stagiaire même si son dossier de compétences comporte un rapport d'inspection. / En outre, pour les stagiaires effectuant leur première année de stage qui n'ont pas été admis au diplôme professionnel de professeur des écoles, il formule un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une deuxième et dernière année de stage " et l'article 6 de cet arrêté dispose que : " Le recteur arrête la liste des professeurs stagiaires qui ont obtenu le diplôme professionnel de professeur des écoles. Il arrête, par ailleurs, la liste des professeurs des écoles stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés ou réintégrés dans leur corps d'origine ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le recteur est tenu de prononcer le licenciement d'un professeur des écoles stagiaire ne figurant ni sur la liste des stagiaires proposés pour la délivrance du diplôme professionnel de professeur des écoles, ni sur celle des stagiaires proposés pour l'accomplissement d'une nouvelle année de stage.

4. Les jurys académiques, appelés notamment à se prononcer en vue de la titularisation des professeurs stagiaires nommés dans certains corps, statuent à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste.

5. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. D'une part, pour tenter de caractériser une discrimination fondée sur son handicap dont elle estime avoir été victime, Mme A, qui expose avoir disposé d'un aménagement d'épreuves pour le concours externe de recrutement des professeurs des écoles en raison des deux handicaps moteurs dont elle souffre, soutient qu'elle n'a en revanche jamais pu bénéficier d'un aménagement de son poste de travail durant son stage, malgré ses demandes, lesquelles auraient au contraire irrité l'inspectrice de l'éducation nationale. Elle ajoute qu'elle n'a pas fait l'objet d'une visite médicale lorsqu'elle a débuté son stage, et que le médecin de prévention lui aurait indiqué qu'aucun aménagement de poste ne serait mis en place avant qu'elle ne soit titularisée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été déclarée apte aux fonctions de professeur des écoles par le médecin de prévention, suite à la visite médicale du 3 mars 2021. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il n'appartenait pas à l'administration de prendre spontanément l'initiative d'aménager ses horaires et le lieu de travail, dans la mesure où il résulte des articles R. 911-12 et suivants du code de l'éducation que l'aménagement de poste est accordé sur demande du fonctionnaire. Or, il ne ressort nullement des pièces du dossier que Mme A aurait présenté une demande d'aménagement de poste avant l'envoi de son courriel du 15 novembre 2022, auquel l'inspectrice de l'éducation nationale a répondu le 26 janvier 2023 en l'invitant à se rapprocher du médecin de prévention pour l'attribution d'un fauteuil ergonomique. Il n'est ainsi pas établi que l'administration avait connaissance de son handicap avant cette date. De tels éléments sont, dès lors, insuffisants pour faire présumer une situation de discrimination fondée sur son handicap. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas véritablement allégué par la requérante, que ce défaut d'aménagement de poste aurait eu une quelconque incidence sur sa façon de travailler et aurait pu fausser les appréciations émises par ses tuteurs de stage et le jury académique sur ses qualités professionnelles. En particulier, le rapport de l'inspectrice de l'éducation nationale du 5 février 2023 ne fait aucunement référence à la situation de handicap de Mme A, mais relève des difficultés importantes et persistantes d'ordre pédagogique rencontrées par l'intéressée.

7. D'autre part, Mme A soutient que sa période de stage d'un an, qui aurait dû s'achever le 31 octobre 2021, a toutefois été prolongée à l'issue de son congé maternité suivi de son congé parental, jusqu'au 27 décembre 2022, puis qu'elle a fait l'objet de plusieurs visites de l'inspectrice de l'éducation nationale après la fin de son stage, dans le courant des mois de janvier à juin 2023. De tels éléments ne sont toutefois pas de nature à faire présumer une situation de discrimination fondée sur le handicap que la requérante allègue subir.

8. Par suite, ni la délibération du jury académique du 27 juin 2023, ni l'arrêté de la rectrice de l'académie de Martinique du 20 juillet 2023, laquelle se trouvait en situation de compétence liée pour licencier Mme A à l'issue de son stage faute de validation de celui-ci, ne sont empreintes de discrimination en raison de son handicap. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du jury académique du 27 juin 2023 ni de l'arrêté de la rectrice de l'académie de Martinique du 20 juillet 2023 prononçant son licenciement à l'issue de son stage.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la rectrice de l'académie de Martinique.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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