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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300591

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300591

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTATTEVIN-DERVEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 septembre 2023, le 25 mars 2024 et le 24 juin 2024, l'indivision A B, représentée par la SCP Tattevin-Derveaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Martinique a créé l'ouvrage d'infrastructure portuaire du Robert et a étendu à celui-ci les limites administratives du grand port maritime de la Martinique, ensemble la décision implicite du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires du 30 juillet 2023 rejetant son recours hiérarchique ;

2°) de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté ne vise pas le dossier du directoire ni les avis du conseil de développement du grand port maritime de la Martinique et des collectivités et organismes concernés, en méconnaissance de l'article R. 5312-4 du code des transports ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 5312-2 du code des transports, dans la mesure où il n'est pas établi que l'ouvrage offrirait des conditions de sûreté et de sécurité nécessaires pour être intégré au grand port maritime de la Martinique ni qu'il permettrait la préservation du domaine public naturel et des espaces naturels.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2024 et le 24 mai 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'indivision A B ne justifie pas d'un intérêt pour agir suffisant ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 5312-4 du code des transports est inopérant ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 5312-2 du code des transports est inopérant et en tout état de cause infondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il s'en remet aux écritures du préfet de la Martinique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- les observations de Me Bel, substituant la SCP Tattevin-Derveaux, qui représente l'indivision A B ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 mars 2023, le préfet de la Martinique a qualifié l'ouvrage maritime à caractère portuaire dénommé " appontement Reynoird du Robert ", situé sur le territoire de la commune du Robert, d'ouvrage d'infrastructure portuaire, et a étendu à celui-ci les limites administratives du grand port maritime de la Martinique. L'indivision A B a formé un recours hiérarchique contre cet arrêté devant le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, le 30 mai 2023, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 30 juillet suivant. Par la présente requête, l'indivision A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 29 mars 2023, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5312-4 du code des transports : " La modification de la circonscription d'un grand port maritime intervient à la demande du directoire du port après avis conforme du conseil de surveillance. / La demande de modification est instruite selon les modalités suivantes : / 1° Le directoire du grand port maritime constitue un dossier comprenant les pièces prévues à l'article R. 5312-2 ; / 2° Il soumet ce dossier à l'approbation du préfet de région compétent qui l'invite à procéder, selon les modalités prévues à l'article R. 5312-3, aux consultations : / a) Du conseil de développement du grand port maritime ; / b) Des collectivités et organismes mentionnés aux 3° et 4° de l'article R. 5312-2 ; / 3° Dans un délai de quinze jours suivant l'accomplissement des consultations prévues au 2°, le directoire adresse au préfet de région le dossier, assorti des avis émis ou, à défaut, des justificatifs des consultations, et le rapport d'instruction. / Lorsque la modification porte sur la circonscription du grand port fluvio-maritime, le préfet de région est celui de la région où le grand port fluvio-maritime a son siège et la consultation du conseil d'orientation est substituée à celle du conseil de développement. La procédure prévue par le présent article s'applique à la modification des limites des secteurs maritimes et fluviaux, au sens de l'article L. 5312-5, de la circonscription du grand port fluvio-maritime, en fonction de la limite de navigation maritime ".

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté qui, s'il vise surabondamment les articles R. 5312-2 et suivants du code des transports, vise l'article R. 5311-1 du même code relatif à la délimitation des ports maritimes, et précise qu'il a pour objet d'intégrer l'appontement Reynoird dans les limites administratives du grand port maritime de la Martinique. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir le préfet de la Martinique en défense, le domaine public maritime du Robert, incluant l'appontement Reynoird, a précédemment été inclus dans la circonscription du grand port maritime de la Martinique, par un arrêté préfectoral du 19 septembre 2018. Par suite, l'arrêté contesté n'a pas pour objet de modifier la circonscription du grand port maritime de la Martinique, mais uniquement de créer un ouvrage d'infrastructure portuaire et de modifier les limites administratives du grand port maritime de la Martinique, afin d'y inclure, côté terre, l'appontement Reynoird et de les faire correspondre, côté mer, au périmètre actuel de la circonscription portuaire. Dans ces conditions, l'indivision A B ne peut utilement soutenir que la procédure relative à la modification de la circonscription d'un grand port maritime, prévue à l'article R. 5312-4 du code des transports, n'a pas été observée. Les moyens tirés du vice de forme et du vice de procédure doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 5312-2 du code des transports : " Dans les limites de sa circonscription, le grand port maritime veille à l'intégration des enjeux de développement durable dans le respect des règles de concurrence et est chargé, selon les modalités qu'il détermine, des missions suivantes : / 1° La réalisation, l'exploitation et l'entretien des accès maritimes ; / 2° La police, la sûreté et la sécurité, au sens des dispositions du titre III du présent livre et au sens du troisième alinéa de l'article L. 5331-7 pour le secteur fluvial du grand port fluvio-maritime, ainsi que les missions concourant au bon fonctionnement général du port ou de l'ensemble portuaire ; / 3° La gestion et la valorisation du domaine dont il est propriétaire ou qui lui est affecté ; / 4° La gestion et la préservation du domaine public naturel et des espaces naturels dont il est propriétaire ou qui lui sont affectés ; il consulte le conseil scientifique d'estuaire, lorsqu'il existe, sur ses programmes d'aménagement affectant les espaces naturels, dans le seul secteur maritime pour le grand port fluvio-maritime ; () ".

5. L'indivision A B soutient que les dispositions de l'article L. 5312-2 du code des transports ont été méconnues, dès lors qu'il n'est pas établi que l'ouvrage d'infrastructure portuaire créé par l'arrêté contesté offrirait des conditions de sûreté et de sécurité nécessaires pour être intégré au grand port maritime de la Martinique ni qu'il permettrait la préservation du domaine public naturel et des espaces naturels. Toutefois, les dispositions précitées se bornent à définir les missions d'un grand port maritime, et ne sauraient être regardées comme imposant le respect de conditions préalables tenant à la sécurité, à la sûreté ou à l'absence d'incidence sur l'environnement des ouvrages d'infrastructure portuaire créés au sein de sa circonscription. Au demeurant, il ressort du point 3 du jugement que l'arrêté contesté a pour seul objet de qualifier l'ouvrage maritime à caractère portuaire préexistant, dénommé " appontement Reynoird du Robert ", d'ouvrage d'infrastructure portuaire, et d'étendre à celui-ci les limites administratives du grand port maritime de la Martinique, sans toutefois modifier par lui-même les conditions d'exploitation de l'ouvrage tel qu'il existe actuellement, ni impliquer la réalisation d'éventuels travaux d'aménagement. Le moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de l'indivision A B tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Martinique a créé l'ouvrage d'infrastructure portuaire du Robert et a étendu à celui-ci les limites administratives du grand port maritime de la Martinique, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'indivision A B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'indivision A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'indivision A B, au préfet de la Martinique et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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