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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300610

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300610

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYANG-TING HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 11 octobre 2023, le 24 décembre 2023 et le 15 février 2024, MM. Pierre et Félix B, représentés par Me Yang-Ting Ho, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la maire de Ducos sur leur demande du 6 juillet 2023 tendant à ce que leur soit délivré un certificat d'urbanisme tacite en réponse à leur demande présentée le 30 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la maire de Ducos de leur délivrer le certificat d'urbanisme tacite sollicité ;

3°) " de ne pas statuer sur les frais irrépétibles et les dépens ".

Ils soutiennent que :

- la décision implicite attaquée n'est pas motivée ;

- le refus de leur délivrer un certificat d'urbanisme tacite est entaché d'illégalité dès lors qu'un tel acte leur est nécessaire pour se prévaloir d'une cristallisation pour dix-huit mois des règles d'urbanisme applicables.

Par des mémoires en défense et une pièce complémentaire, enregistrés le 11 décembre 2023, le 30 janvier 2024 et le 21 février 2024, la commune de Ducos, représentée par Me Saint-Cyr, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par un courrier du 26 février 2024, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête, le certificat d'urbanisme demandé ayant déjà été délivré par une décision de la maire de Ducos signée le 2 décembre 2022.

Des observations en réponse produites pour les consorts B ont été enregistrées le 4 mars 2024 et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Yang-Ting Ho, représentant MM. B.

Considérant ce qui suit :

1. Propriétaires de la parcelle cadastrée section X n° 322 située sur le territoire de la commune de Ducos, les consorts B ont fait déposer le 30 septembre 2022 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la division de leur terrain et de la construction de quatre maisons d'habitation. Par un courrier du 6 juillet 2023 notifié le 14 juillet 2023, les consorts B, faisant valoir qu'aucune réponse n'avait été apportée à leur demande, ont demandé à la maire de Ducos de leur délivrer un certificat d'urbanisme tacite compte tenu de l'intervention d'une décision tacite le 1er décembre 2022. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de la décision de rejet née du silence gardé sur cette demande.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Il est constant que les consorts B sont propriétaires de la parcelle cadastrée section X n° 322, sur le territoire de la commune de Ducos. Ils justifient ainsi d'un intérêt à agir contre la décision de la maire de Ducos par laquelle a été refusée la délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite pour un projet de construction sur ce terrain. Est à cet égard sans incidence la circonstance que la demande de certificat d'urbanisme avait été déposée en mairie par un tiers que les consorts B avaient mandaté à cet effet. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée en défense par la commune de Ducos doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique (). ". Et aux termes de l'article R. 410-10 du même code : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande ". Enfin, aux termes de l'article R. 410-12 de ce code : " A défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'à l'expiration du délai d'instruction d'une demande de certificat d'urbanisme, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite qui a pour seul effet de cristalliser les dispositions légales et réglementaires en vigueur pendant une période de dix-huit mois. La délivrance postérieure d'un certificat d'urbanisme exprès négatif par l'autorité compétente n'a pas pour effet de retirer le certificat d'urbanisme tacite, sauf dans l'hypothèse où cette autorité opposerait ainsi des dispositions d'urbanisme entrées en vigueur après la naissance du certificat tacite

5. En l'espèce, les consorts B ont fait déposer par la société Wolka une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour un projet de division parcellaire en vue de la construction de quatre maisons d'habitation. Cette demande ayant été enregistrée par les services de la commune de Ducos le 30 septembre 2022, une décision implicite est née deux mois plus tard, le 1er décembre 2022, en l'absence de décision expresse prise dans ce délai par la maire de Ducos. Ce certificat d'urbanisme tacite n'ayant pas été retiré de l'ordonnancement juridique par la délivrance, le 2 décembre 2022, d'un certificat d'urbanisme négatif exprès dès lors que celui-ci n'oppose aucune règle d'urbanisme entrée en vigueur postérieurement au 1er décembre 2022, la maire de Ducos n'était pas fondée à refuser de délivrer le certificat d'urbanisme tacite sollicité. Il s'ensuit que sa décision du 14 septembre 2023 par laquelle elle a refusé de délivrer ce certificat d'urbanisme tacite aux consorts B doit être annulée.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la maire de Ducos a refusé de délivrer un certificat d'urbanisme tacite aux consorts B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que soit délivré aux consorts B une attestation de certificat d'urbanisme tacite. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Ducos de délivrer ce certificat dans un délai d'un mois suivant l'intervention du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts B, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Ducos au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de Ducos du 14 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Ducos de délivrer aux consorts B une attestation de certificat d'urbanisme tacite, dans le délai d'un mois à compter de l'intervention du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Ducos au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à MM. Pierre et Félix B et à la commune de Ducos.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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