jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300648 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FIDAL DIRECTION PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 13 juin 2024, la SAS Ortheis, représentée par Selas Fidal Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Graillat, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi que des intérêts de retard et des majorations correspondantes, auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2018, 2019 et 2020, pour un montant total de 148 786 euros.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable puisque le pli contenant la décision de rejet de sa réclamation ne lui a été présenté par les services postaux que le 3 septembre 2024 ;
- la procédure d'examen de comptabilité est irrégulière puisque le vérificateur n'est pas venu constater sur place la réalité de l'activité économique et que les seuls échanges autour des documents comptables n'ont pas permis d'assurer un véritable débat oral et contradictoire ;
- cette situation contrevient aux énonciations du paragraphe n° 340 de l'instruction fiscale référencée BOI-CF-DG-40-20 ;
- son activité de fabrication de prothèses et orthèses, qui fait l'objet d'un process impliquant de nombreuses machines-outils et personnels non-médicaux, constitue une activité de production éligible au dispositif de l'article 44 quaterdecies, et non une activité de santé ;
- elle remplit les critères d'éligibilité définis par le paragraphe n° 90 de l'instruction fiscale référencée BIC-RICI-20-10-10-40 ;
- elle est fondée à se prévaloir de la réponse de l'administration à un rescrit fiscal, publiée le 9 mars 2021 et référencé BOI-RES-000062-20200226.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 14 mai 2024, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive puisque, en méconnaissance de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscale, elle a été formée au-delà du délai de recours contentieux de deux mois ;
- les moyens soulevés par la SAS Ortheis ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire du directeur régional des finances de la Martinique, enregistré le 20 juin 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Mme Kervigant, présidente de la SAS Ortheis.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Ortheis exerce une activité déclarée de fabrication de matériels ou appareillages orthopédiques. Elle a inscrit dans ses déclarations de résultats un abattement au titre du dispositif dit " zone franche d'activité " prévu à l'article 44 quaterdecies du code général des impôts. Elle a fait l'objet en 2021 d'un examen de comptabilité portant sur ses exercices clos en 2018, 2019 et 2020. A l'issue de cette procédure, l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice de cet abattement et l'a assujettie, selon une procédure contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des trois exercices clos en 2018, 2019 et 2020, assorties des intérêts de retard et de majorations, pour un montant total de 148 786 euros. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 mai 2022. La société a alors formé une réclamation préalable, qui a été rejetée par une décision du directeur régional des finances publiques de la Martinique du 3 juillet 2023. Dans la présente instance, la SAS Ortheis demande au tribunal administratif de prononcer la décharge de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi que des intérêts de retard et des majorations correspondants, auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2018, 2019 et 2020.
Sur la recevabilité de la requête :
2. L'article L. 199 du livre des procédures fiscales dispose : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif () ". L'article R. 199-1 du même livre dispose : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10 () ". Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, telles les dispositions relatives à la contestation des élections politiques ou celles prévoyant des délais exprimés en heures ou expirant à un horaire qu'elles précisent, la date à prendre en considération pour apprécier si un recours contentieux adressé à une juridiction administrative par voie postale a été formé dans le délai de recours contentieux est celle de l'expédition du recours, le cachet de la poste faisant foi.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier de la fiche de suivi postal, que la réclamation préalable de la SAS Ortheis, formée le 27 juin 2022, a été rejetée par une décision du directeur régional des finances publiques de la Martinique du 3 juillet 2023, laquelle a été notifiée par un pli recommandé avec accusé de réception qui n'a été effectivement distribué que le 3 septembre 2023. Il s'ensuit que le délai de recours contentieux de deux mois, prévu à l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, n'a commencé à courir à l'encontre de la société requérante que le lendemain de cette date. Le délai de recours n'était ainsi pas expiré le 31 octobre 2023, date à laquelle la SAS Ortheis a confié au service de poste le pli recommandé contenant son recours contentieux adressé au tribunal. L'administration n'est dès lors pas fondée à soutenir que la requête serait tardive. La fin de non-recevoir qu'elle oppose à ce titre doit, par suite, être écartée.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. L'article 44 quaterdecies du code général des impôts dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Les bénéfices des entreprises provenant d'exploitations situées en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte ou à La Réunion peuvent faire l'objet d'un abattement dans les conditions prévues aux II ou III lorsque ces entreprises respectent les conditions suivantes : / () 2° L'activité principale de l'exploitation relève de l'un des secteurs d'activité éligibles à la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B () ". L'article 199 undecies B du même code auquel il est ainsi renvoyé dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy, dans les îles Wallis-et-Futuna et les Terres australes et antarctiques françaises, dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. () / Toutefois, n'ouvrent pas droit à la réduction d'impôt les investissements réalisés, dans les secteurs d'activité suivants : / () e) Education, santé et action sociale ; () ". Il résulte de ces dispositions combinées que, pour les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés, le bénéfice de l'abattement prévu au I de l'article 44 quaterdecies du code général des impôts est soumis, notamment, à la condition que l'exploitation concernée exerce à titre principal, soit une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34 du même code et qui ne relève pas de l'un des secteurs d'activité que le I. de l'article 199 undecies B exclut du régime de réduction d'impôt qu'il prévoit. La liste des secteurs exclus a été établie, ainsi qu'il ressort des travaux préparatoires de la loi du 21 juillet 2003 de programme pour l'outre-mer dont sont issues les dispositions précitées de l'article 199 undecies B, à partir de la nomenclature des activités françaises (NAF) dans sa version en vigueur lors de l'adoption de cette loi.
5. Il résulte de l'instruction que l'activité de la SAS Ortheis consiste à fabriquer des appareillages orthopédiques au profit de patients bénéficiant d'une prescription médicale délivrée au préalable par leur médecin. Dans ce cadre, après collecte des informations auprès des bénéficiaires des appareillages lors d'un entretien avec l'un des deux orthoprothésistes de l'entreprise, la société, qui compte également six autres salariés, réalise au sein de son atelier l'ensemble des différentes étapes de fabrication des appareillages orthopédiques, de la confection du moulage initial jusqu'aux dernières finitions, et ce grâce à la mobilisation d'importants outillages, notamment d'une fraiseuse numérique et d'une thermoformeuse. Il s'ensuit que l'activité de la société doit s'analyser comme une activité de fabrication d'orthèses et de prothèses mécaniques, laquelle était référencée dans la nomenclature des activités françaises (NAF), dans sa version en vigueur au moment de l'adoption de la loi du 21 juillet 2003 de programme pour l'outre-mer, parmi les activités relevant du secteur de l'industrie manufacturière, à la sous-classe NAF 33.10.17. Les circonstances que les deux orthoprothésistes de la société relèvent d'une profession réglementée, définie aux articles L. 4364-1 et suivants du code de la santé publique, et que les appareillages orthopédiques fabriqués par la société soient inscrits sur la liste, prévue à l'article L. 165-1 du code de la sécurité sociale, des produits et prestations ouvrant droit au remboursement par la sécurité sociale ne sont pas de nature à inclure l'activité de fabrication desdits appareillages dans le domaine de la santé et de l'action sociale, au sens du I. de l'article 199 undecies B cité au point précédent du code général des impôts, contrairement à ce que l'administration fiscale soutient à tort en défense. L'activité de fabrication d'orthèses et de prothèses mécaniques exercée par la société requérante ne relève en outre d'aucun des autres secteurs que le I. de l'article 199 undecies B exclut du régime de réduction d'impôt qu'il prévoit. Dans ces conditions, alors même qu'il n'est pas contesté que la société requérante satisfait aux autres conditions d'éligibilité à l'abattement institué à l'article 44 quaterdecies du code général des impôts, la SAS Ortheis est fondée à soutenir que l'administration ne pouvait valablement remettre en cause le bénéfice dudit abattement dont elle a bénéficié au titre des trois exercices clos en 2018, 2019 et 2020, et l'assujettir aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés correspondantes. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par la société requérante, qu'il y a lieu de décharger la SAS Ortheis des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés litigieuses auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2018, 2019 et 2020, ainsi que, par voie de conséquence, des intérêts de retard et des majorations correspondantes.
D E C I D E :
Article 1er : La SAS Ortheis est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi que des intérêts de retard et des majorations, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2018, 2019 et 2020.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ortheis et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Phulpin, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargée du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026