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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300663

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300663

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 8, 9 et 10 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Bel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Martinique a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique, en cas d'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention

" vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de dix jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique, en cas d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard après lui avoir délivré, dans le délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Bel en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour, il soutient que :

- le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration s'est prononcé sans qu'un médecin de l'office ne l'ait examiné au préalable ;

- il nécessite des soins et un suivi médical urgents et constants dont il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine ;

- la décision attaquée est par conséquent entachée d'une grave erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 novembre 2023 et le 9 février 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Barrois, substituant Me Bel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par des décisions du 7 novembre 2023, le préfet de la Martinique a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, ressortissant haïtien, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans l'attente de son éloignement. Par un jugement n° 230653 du 11 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de la Martinique a statué sur les conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement, de la décision fixant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du même jour par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires ".

3. Par un avis du 11 avril 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé qui, au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, peut voyager vers son pays d'origine sans risque pour sa santé. D'une part, si M. B soutient que cet avis a été rendu sans qu'il ait été préalablement examiné par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il résulte des dispositions citées au point précédent que cet examen n'est pas systématique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, le collège de médecins ne pouvait régulièrement statuer au vu des seules pièces qui lui avaient été fournies. D'autre part, l'avis ainsi émis par le collège des médecins n'est pas contredit par les pièces versées aux débats par le requérant. Les trois certificats d'un même médecin généraliste, établis en avril 2020 et avril 2022, se bornent à indiquer que l'intéressé souffre de diabète et nécessite des soins et un suivi médical " urgents et constants " mais sans aucunement préciser la nature de ceux-ci. Enfin, si le requérant soutient qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il n'établit pas que le défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté au préfet de la Martinique une demande de titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions que celles rappelées au point 2. Cependant, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet a vérifié que la décision qu'il entendait prendre à son encontre n'entraînait pas pour le requérant une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, M. B peut se prévaloir de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et professionnelle. Toutefois, s'il produit une promesse d'embauche et une attestation indiquant qu'il intervient comme animateur bénévole dans des émissions de radio, cette seule circonstance ne saurait suffire à démontrer une insertion sociale ou professionnelle particulière dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et professionnelle doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté la demande de titre de séjour de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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