jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAÏA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Chaïa, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 53 141,88 euros, correspondant à des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, assorties de majorations pour retard de paiement, à des cotisations de contribution audiovisuelle auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019, assorties de majorations pour retard de paiement, ainsi qu'à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016, assorties de majorations pour retard de paiement, objet de quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur n° 70 00009, n° 70 00010, n° 70 00011 et n° 70 00012, émis par le comptable public à destination de son employeur le 23 mai 2023 ;
2°) de prononcer la mainlevée des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur n° 70 00009, n° 70 00010, n° 70 00011 et n° 70 00012, émis par le comptable public à destination de son employeur le 23 mai 2023 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la prescription de l'action en recouvrement de quatre ans, prévue à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, était acquise s'agissant des cotisations de taxe d'habitation et de taxe foncière dues au titre des années 2013, 2014 2015, 2016 et 2017 puisqu'aucun acte d'exécution forcée n'est intervenu depuis la mise en recouvrement ;
- elle n'est tenue au paiement des taxes foncières 2013 à 2021 afférentes à l'immeuble qu'elle détient en indivision avec son époux qu'à hauteur de sa quote-part d'indivision, la solidarité instituée par l'article 1691 bis du code général des impôts ne s'appliquant pas à cette imposition.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la contestation relative à la prescription de l'action en recouvrement des taxes foncières des années 2013 et 2014 et de la taxe d'habitation de l'année 2013 est tardive puisqu'elle n'a pas été soulevée à l'occasion de la mise en demeure de payer du 3 août 2020, premier acte de poursuite, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre de procédures fiscales ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté du moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement des taxes foncières et des taxes d'habitation des années 2013 à 2017, ainsi que des majorations pour retard de paiement afférentes, ce moyen n'ayant pas été soulevé à l'occasion des cinq mises en demeure de payer du 3 août 2020 et des deux avis de saisies à tiers détenteur du 9 novembre 2021, premiers actes de poursuite, en méconnaissance de l'article R. 281-3-1 du livre de procédures fiscales.
Mme C a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public, par un mémoire qui a été enregistré le 1er novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédure fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a été assujettie à des cotisations de taxe foncière au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, à des cotisations de taxe d'habitation et de contribution audiovisuelle au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019, ainsi qu'à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2016. Le comptable public a émis à destination de l'employeur de l'intéressée, le 23 mai 2023, quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur pour le recouvrement d'une somme totale de 76 499,38 euros correspondant à ces impositions ainsi qu'à des pénalités pour retard de paiement. Mme C a alors formé à l'encontre de ces actes de poursuite une réclamation préalable, par un courrier du 3 août 2023. Par décision du 15 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a partiellement fait droit à la réclamation, en prononçant la mainlevée des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur, à hauteur d'un montant de 23 357,50 euros, et a rejeté le surplus des demandes. Dans la présente instance, Mme C demande au tribunal administratif de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 53 141,88 euros restant à sa charge objet des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur émis le 23 mai 2023, ainsi que de prononcer la mainlevée de ces actes de poursuite.
Sur les conclusions aux fins de décharge et tendant à la mainlevée des saisies administratives à tiers détenteur litigieuses :
2. En premier lieu, l'article L. 274 du livre des procédures fiscales dispose : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A () ". L'article L. 281-1 du même livre dispose : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée () ". L'article R. 281-1 du même livre dispose : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 () font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : / a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ; () ". L'article R. 281-3-1 du même livre dispose : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée. "
3. Lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir.
4. A l'appui de la réclamation préalable qu'elle a formée à l'encontre des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur litigieux émis le 23 mai 2023, Mme C s'est prévalue de la prescription de l'action en recouvrement, instituée par l'article L. 274 cité précédemment du livre des procédures fiscales, s'agissant des cotisations de taxe foncière et de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction que le comptable public avait précédemment émis à destination de l'établissement bancaire de la requérante, le 4 novembre 2021, deux avis de saisies administratives à tiers détenteur (actes n°s 71 00001 et 71 00002) qui portaient sur l'ensemble des taxes foncières et taxes d'habitation des années 2013 à 2017 ainsi que sur les majorations de 10 % pour retard de paiement que l'administration a appliquées sur ces impositions. Ces deux avis de saisies administratives à tiers détenteur, qui comportaient tous deux au verso une mention régulière des voies et délais de recours rappelant notamment le caractère obligatoire de la réclamation préalable et les délais de réclamation, ont été notifiées par voie postale à Mme C par un pli recommandé avec demande avis de réception qui a été effectivement distribué le 9 novembre 2021. Si la requérante conteste la régularité de cette notification en faisant valoir qu'elle vit séparée de son époux et que le juge aux affaires familiales a autorisé la résidence séparée des époux par une ordonnance de non-conciliation du 15 mai 2020, le pli contenant les deux avis de saisie à tiers détenteur du 4 novembre 2021 a cependant été envoyé à l'adresse de Mme C, et non à celle de l'ancien domicile conjugal du couple, et a été effectivement réceptionné par l'intéressée elle-même, ainsi qu'il ressort de la comparaison des signatures apposées sur l'accusé postal et sur le passeport de la requérante. Il s'ensuit que la notification de ces deux avis de saisies administratives à tiers détenteur est régulière et que ces actes constituent les premiers actes de poursuite qui auraient alors permis d'invoquer la prescription de l'action en recouvrement prévue à l'article L. 274 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, en application de l'article R. 281-3-1 cité précédemment du livre des procédures fiscales et alors même qu'aucune nouvelle période de quatre ans n'a couru depuis les dernières saisies administratives à tiers détenteur, le moyen tiré de l'acquisition de la prescription de l'action en recouvrement est tardif et, par conséquent, irrecevable à l'encontre des avis de saisies administratives à tiers détenteur litigieux émis le 23 mai 2023. Il doit, par suite, être écarté à ce titre.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que les quatre avis de saisies administratives à tiers litigieux émis par le comptable public le 23 mai 2023 portaient initialement sur l'intégralité des cotisations de taxe foncière auxquelles Mme C a été assujettie au titre des années 2013 à 2021, à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire dans le cadre d'une indivision avec son mari, à l'égard duquel elle a engagé une procédure de divorce. Toutefois, au stade de la réclamation préalable, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a fait droit à la demande de la requérante tendant à être déchargée de l'obligation du paiement de la partie de ces taxes foncières ne correspondant pas à sa quote-part d'indivision et a prononcé à ce titre la mainlevée partielle des avis de saisies administratives à tiers détenteurs litigieux, à hauteur de 23 357,50 euros. Mme C ne conteste pas ce montant dans ses écritures. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que les sommes contenues dans les avis de saisies administratives à tiers détenteur litigieux se rapportant aux taxes foncières des années 2013 à 2021 qui restent à sa charge excèderaient sa quote-part d'indivision. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à contester l'obligation de payer la somme litigieuse de 53 141,88 euros résultant des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur émis le 23 mai 2023. Les conclusions principales de sa requête tendant à la décharge de l'obligation de payer cette somme doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant ce que le tribunal prononce la mainlevée des avis de saisies administratives à tiers détenteur litigieux émis le 23 mai 2023.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Phulpin, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026