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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300705

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300705

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUTRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique l'a informé que le comité syndical avait rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de vices de procédure, dans la mesure où, d'une part, l'ordre du jour accompagnant la convocation des membres du comité syndical à la séance du 5 avril 2023 ne mentionnait pas sa demande de protection fonctionnelle, et, d'autre part, le président du syndicat mixte et le directeur général des services ne pouvaient se prononcer sur sa demande de protection fonctionnelle sauf à être " juges et parties " ;

- elle constitue une sanction déguisée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique, représenté par la SELAS Juriscarib, conclut au rejet de la requête, et à ce que les dépens soient mis à la charge du requérant, ainsi que la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, dans la mesure où la décision expresse du 21 septembre 2023 est purement confirmative du rejet implicite qui a acquis un caractère définitif ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 27 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du comité syndical pour se prononcer sur la demande de protection fonctionnelle de M. B, qui relève des attributions du président.

Le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique a présenté des observations sur ce moyen, enregistrées le 28 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de M. B, ainsi que celles de Me Nicolas, représentant le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui a présidé le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique du 17 février 2016 au 26 août 2020, a demandé à l'actuel président du syndicat mixte, par courrier du 19 mai 2022, réceptionné le 20 juin suivant, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le cadre de procédures pénales en cours devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, en raison de plaintes pour harcèlement moral déposées par trois agents du parc. Par une décision du 21 septembre 2023, le président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique a informé l'intéressé que sa demande de protection fonctionnelle avait été rejetée par le comité syndical, lors de la séance du 5 avril 2023. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 21 septembre 2023.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, l'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. L'article R. 421-2 de ce code dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". En outre, aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code selon lesquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception " ni celles de l'article L. 112-6 de ce même code qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de recours contentieux de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande, que l'agent soit en activité ou qu'il ait perdu cette qualité à la date de sa demande.

5. D'autre part, un requérant n'est pas recevable à contester une décision expresse confirmative d'une décision de rejet devenue définitive. Il en va différemment si la décision de rejet n'est pas devenue définitive, le requérant étant alors recevable à en demander l'annulation dès lors qu'il saisit le juge dans le délai de recours contre la décision expresse confirmant ce rejet.

6. En l'espèce, par un courrier du 19 mai 2022, réceptionné le 20 juin suivant, M. B a demandé au président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le cadre de procédures pénales en cours devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, en raison de plaintes pour harcèlement moral déposées par trois agents du parc. Si l'actuel président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique a accusé réception de sa lettre, le 1er juillet 2022, et l'a informé qu'il reviendra vers lui lorsque le comité syndical se sera prononcé sur sa demande, un tel courrier, qui ne constitue qu'une réponse d'attente, est demeuré sans incidence sur les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet. Le silence gardé par le président a ainsi fait naître une décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle du requérant, le 20 août 2022. Par ailleurs, dans la mesure où M. B, en sa qualité d'ancien président élu du syndicat mixte, a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, susceptible d'être accordée à tous les agents publics, quel que soit le mode d'accès à leurs fonctions, la circonstance que l'administration n'ait pas accusé réception de sa demande conformément à l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration, en mentionnant les voies et délais de recours possibles en cas de rejet explicite ou implicite d'une telle demande, n'a pas fait obstacle à ce que le délai de recours contentieux de deux mois franc commence à courir dès la naissance de la décision implicite de rejet. Ce délai de recours expirait, dès lors, le 21 octobre 2022 à minuit. Il s'ensuit qu'en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique a expressément rejeté la demande de protection fonctionnelle de l'intéressé est purement confirmative du précédent refus implicite, devenu définitif, et n'a pu avoir pour effet de rouvrir à son profit un nouveau délai de recours contentieux. Dans ces conditions, la requête de M. B tendant à l'annulation du refus de protection fonctionnelle, enregistrée au greffe du tribunal le 22 novembre 2023, est tardive. La fin de non-recevoir doit, par suite, être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le président du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique l'a informé que le comité syndical avait refusé de lui accorder la protection fonctionnelle doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions du syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de M. B ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B, qui ne justifie au demeurant pas de frais d'instance, la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique sur le fondement des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat mixte du parc naturel régional de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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