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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300712

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300712

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BERTE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 juillet 2024, Mme C E, représentée par la Selarl Cadrajuris, agissant par l'intermédiaire de Me Deniau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 avril 2023 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident qu'elle a déclaré à la suite de la chute d'un rouleau d'essuie-main sur sa main droite le 12 janvier 2023, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Martinique de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident et d'en tirer les conséquences s'agissant des arrêts de travail qu'elle a présentés ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dans la mesure où la décision attaquée du 18 avril 2023 ne lui a été notifiée que dans le courant du mois d'août 2023 ;

- la décision attaquée du 18 avril 2023 est entachée d'incompétence dans la mesure où son signataire ne justifie d'aucune délégation régulière ;

- elle est illégale comme entachée d'incompétence négative puisque le directeur général du centre hospitalier s'est cru à tort lié par l'avis du comité médical ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation puisqu'elle a été victime d'un accident à l'occasion de ses fonctions le 12 janvier 2023, après s'être blessée, en présence de témoins, en tentant d'attraper un rouleau de papier main placé en hauteur qui est tombé sur son pouce.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 25 juillet 2024, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par la Selarl Berté et Associés, agissant par l'intermédiaire Me Berté, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme E une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive puisque la décision attaquée du 18 avril 2023 a été notifiée par lettre recommandée avec avis de réception et effectivement réceptionnée quatre jours après avoir été postée ;

- les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2021-1825 du 24 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, agente des services hospitaliers qualifiée de classe normale, est affectée au sein des services du centre hospitalier universitaire de Martinique. Elle a déposé auprès de sa hiérarchie une déclaration d'accident de service après s'être blessée pendant son service en manipulant un rouleau d'essuie-main le 12 janvier 2023. Par une décision du 18 avril 2023, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident. L'intéressée a alors formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, par un courrier daté du 7 septembre 2023 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, Mme E demande au tribunal administratif d'annuler la décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique du 18 avril 2023, refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 12 janvier 2023, ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux, et d'enjoindre à l'établissement hospitalier, sous conditions de délai et d'astreinte, de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 12 janvier 2023 ou, à défaut, de réexaminer sa situation.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, par une décision n° 2022.12.362 du 8 décembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs général n° R02-2022-330 du 9 décembre 2022, M. D H, directeur général du centre hospitalier universitaire Martinique, a, en application de l'article D. 6143-33 du code de la santé publique, consenti à M. A B, directeur adjoint, une délégation générale de signature, en cas d'empêchement de M. G F, directeur général adjoint, laquelle délégation porte notamment sur l'ensemble des actes de la gestion des ressources humaines et des relations sociales de l'établissement hospitalier, notamment les congés, accidents du travail et maladies professionnelles imputables au service des personnels non médicaux. Par suite, M. B était compétent pour signer, au nom du directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique, la décision attaquée du 18 avril 2023 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme E le 12 janvier 2023. Le moyen d'incompétence n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, après avoir rappelé que le comité médical s'était réuni le 30 mars 2023, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a examiné la situation de Mme E et a estimé que l'imputabilité au service de l'accident survenu le 12 janvier 2023 ne pouvait être retenue en raison d'une discordance avec la pathologie reconnue. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique se serait cru à tort lié par l'avis du comité médical et n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique dispose : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ".

5. Constitue un accident de service, tout évènement, quelle qu'en soit la nature, survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il en est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, sauf si des circonstances particulières ou une faute personnelle du fonctionnaire titulaire ou stagiaire détachent cet événement du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son service le 12 janvier 2023 à 10h00, Mme E s'est blessée en tentant d'attraper un rouleau d'essuie-main posé sur le haut d'un placard, lequel s'est détaché de l'emballage et lui est tombé sur la main alors qu'elle essayait de le rattraper, lui causant une vive douleur au pouce droit. Elle a fait l'objet par la suite d'arrêts de travail successifs. Réuni le 30 mars 2023, le comité médical a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des lésions présentées par Mme E, estimant qu'il existait une discordance avec la pathologie présentée par l'intéressée et l'accident. Si la requérante se prévaut d'un compte-rendu opératoire qu'elle verse au dossier, celui-ci établit toutefois qu'elle était précédemment atteinte d'un syndrome du doigt à ressaut au niveau du pouce droit et qu'elle a subi peu de temps après l'accident, le 10 juillet 2023, une intervention chirurgicale ayant consisté à pratiquer une incision dans le pli palmaire, afin de libérer le tendon fléchisseur. Même si la chute du rouleau d'essuie-main sur sa main le 12 janvier 2023 a pu réveiller au moment du choc une vive douleur liée à son état préexistant, l'impossibilité dans laquelle Mme E s'est retrouvée d'exercer ses fonctions ne peut être regardée dans les circonstances de l'espèce comme en lien direct avec cet accident, mais résulte au contraire exclusivement du syndrome du doigt à ressaut dont elle était précédemment atteinte. Il s'ensuit que le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a légalement pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que les lésions présentées par Mme E n'étaient pas en lien direct avec l'accident survenu le 12 janvier 2023 et refuser pour cette raison de reconnaître leur imputabilité au service. Le moyen ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à contester la légalité de la décision attaquée du directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique du 18 avril 2023. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration, les conclusions principales de la requête tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision implicite portant rejet du recours gracieux.

Sur l'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Martinique au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au centre hospitalier universitaire de Martinique.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

J-M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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