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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300732

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300732

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Martinique a implicitement rejeté sa demande déposée le 17 décembre 2019 tendant à la délivrance d'une carte de séjour, mention "vie privée et familiale", sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer une carte de séjour, mention "vie privée et familiale" ;

Il soutient qu'il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier d'un titre de séjour mention "vie privée et familiale" puisqu'il est arrivé sur le territoire le 10 décembre 2017 afin de rejoindre sa mère et ses deux frères de nationalité française, et qu'il est inséré en Martinique, où il a constitué un réseau d'amis et où il prend part à la vie associative et sportive de son quartier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Venezuela relatif à la suppression de l'obligation de visa de court séjour sous forme d'échange de lettres signées à Caracas le 25 janvier 1999 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Phulpin, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant vénézuélien né le 17 mars 1989, est entré régulièrement en France le 10 décembre 2017, dans le cadre de l'exemption de visa de court séjour instituée par l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Venezuela relatif à la suppression de l'obligation de visa de court séjour sous forme d'échange de lettres signées à Caracas le 25 janvier 1999. Il a présenté, le 27 février 2018, une demande tendant au bénéfice de l'asile, qui a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides en date du 10 août 2018. L'intéressé a saisi la cour nationale du droit d'asile, mais s'est finalement désisté de son recours le 10 juillet 2019. S'étant maintenu en France, il a parallèlement déposé auprès des services de la préfecture de la Martinique, le 13 mai 2019, une demande de titre de séjour, mention " vie privée et familiale ", sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à laquelle l'administration n'a donné aucune suite. L'intéressé a réitéré sa demande de titre de séjour, le 17 décembre 2019. En l'absence de réponse, il a alors saisi le préfet de la Martinique d'un recours gracieux, par un courrier daté du 1er mars 2023 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal administratif d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Martinique a implicitement rejeté la demande de titre de séjour qu'il a déposée le 17 décembre 2019, ainsi que d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour, mention " vie privée et familiale ".

2. D'une part, l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". L'article R. 313-21 du même code dispose : " Pour l'application du 7° de l'article L. 313-11, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. "

3. D'autre part, l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa version applicable au litige : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " L'article R. 311-12-1 du même code dispose : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. " Si l'administration ne statue pas sur une demande de titre de séjour dans le délai de quatre mois qui lui est imparti par l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est réputée avoir refusé implicitement le titre de séjour demandé mais sans que ce refus soit assorti d'une obligation de quitter le territoire français. L'administration ne peut prononcer une telle obligation qu'après avoir opposé, à nouveau et de manière explicite, un refus à la demande de titre de séjour.

4. En l'espèce, M. C a déposé, le 17 décembre 2019, une demande de titre de séjour tendant à la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue par les dispositions citées au point précédent du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par le préfet de la Martinique pendant un délai de quatre mois sur cette demande a fait naître, le 17 avril 2020, une décision implicite de rejet, dont M. C conteste la légalité dans la présente instance.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement en France, le 10 décembre 2017, afin de rejoindre sa mère, titulaire depuis 2010 d'une carte de résident de dix ans, ses deux demi-frères de nationalité française, prénommés Joseph et Jean-Moïse, nés en 2003 et en 2008, ainsi que sa demi-sœur, également de nationalité française, prénommée Orlane, née en 2005. Toutefois, le requérant indique lui-même que sa mère vit en France depuis le début des années 2000, de sorte que l'intéressé a nécessairement vécu séparé de sa mère depuis l'âge de 12 ans environ. Il n'a en outre jamais vécu auprès de ses deux demi-frères et de sa demi-sœur avant son arrivée en France et ne démontre pas, ni même simplement ne soutient, qu'il entretenait des relations affectives intenses avec eux avant cette date. Si le requérant se prévaut d'attaches amicales en Martinique et d'une intégration dans le milieu associatif et sportif de son quartier, il ne produit toutefois aucun justificatif sur ce point. Il ne se prévaut d'aucune autre attache familiale ou personnelle sur le territoire français, où il se trouve célibataire et sans enfant à charge et où il ne justifie, à la date de la décision implicite attaquée de rejet de sa demande de titre de séjour, que d'une durée de présence de deux ans et quatre mois. Enfin, M. C ne démontre pas, ni même simplement ne soutient, être dépourvu d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où vivent deux de ses frères, dénommés Reinaldo et Jean-Daniel, nés en 1988 et 2000, deux de ses sœurs, prénommées Anaïs et Angelica, nées en 1995 et 2001, ainsi que les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, compte-tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée portant rejet implicite de sa demande de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts recherchés par l'administration. Par suite, le moyen unique tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée née le 17 avril 2020 par laquelle le préfet de la Martinique a implicitement rejeté sa demande délivrance d'une carte de séjour mention "vie privée et familiale". Les conclusions de sa requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux et celles présentées à fin d'injonction.

7. En application des règles rappelées précédemment au point 3., le présent jugement de rejet n'autorise pas le préfet de la Martinique à édicter à l'encontre du requérant une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Une telle mesure ne pourrait, le cas échéant, intervenir qu'après que l'administration ait préalablement statué à nouveau sur le droit au séjour de M. C, au regard des circonstances de fait existant à la date de ce réexamen.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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