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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300744

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300744

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMBOUHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'avis défavorable, émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, sur sa demande de permis de construire, tendant à l'édification d'une maison à usage d'habitation, sur la parcelle D 725, située au lieu-dit Habitation Vallon ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023, par lequel le maire du Lorrain a rejeté cette demande de permis de construire ;

3°) d'enjoindre au maire du Lorrain de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune du Lorrain une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis défavorable, émis par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, est irrégulier, dès lors qu'il est intervenu au-delà du délai d'un mois à compter du dépôt de sa demande de permis de construire, la commission étant dès lors réputée avoir rendu un avis favorable ;

- l'avis défavorable, émis par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, est entaché d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie de sa qualité d'exploitant agricole et que sa présence permanente sur le site est nécessaire à l'exploitation ;

- le maire du Lorrain ne pouvait légalement fonder le refus de permis de construire sur les dispositions de l'article A.3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, dès lors que son projet de construction ne méconnaît pas ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, la commune du Lorrain, représentée par Me Mbouhou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'avis, émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, sont irrecevables, cet avis n'étant qu'un acte préparatoire à l'arrêté portant refus de permis de construire ;

- les conclusions aux fins d'injonction sont également irrecevables, l'annulation éventuelle de l'arrêté portant refus de permis de construire n'impliquant pas nécessairement que le maire du Lorrain serait tenu de délivrer le permis de construire sollicité ;

- le maire du Lorrain était en situation de compétence liée, en ce sens qu'il était tenu de se conformer à l'avis, émis le 8 septembre 2023, par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- et les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est propriétaire d'une exploitation agricole, spécialisée dans la culture de cocotiers, située sur la parcelle D 725, au lieu-dit Habitation Vallon, sur le territoire de la commune du Lorrain. Il a présenté, le 11 août 2023, une demande de permis de construire, en vue de l'édification, sur cette parcelle, d'une maison à usage d'habitation, afin d'y établir sa résidence principale. Saisie en application de l'article L. 181-12 du code rural et de la pêche maritime, la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a émis, le 8 septembre 2023, un avis défavorable sur ce projet de construction. Ainsi, par un arrêté du 10 octobre 2023, le maire du Lorrain a rejeté la demande de permis de construire, présentée par M. C. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'avis émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, d'annuler l'arrêté du maire du Lorrain du 10 octobre 2023, portant refus de permis de construire, et d'enjoindre au maire du Lorrain de lui délivrer le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre l'avis émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers :

2. Aux termes de l'article L. 181-10 du code rural et de la pêche maritime : " [] En Martinique [], il est créé une commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ". Aux termes de l'article L. 181-12 du même code : " [] En Martinique, [] tout projet d'opération d'aménagement et d'urbanisme ayant pour conséquence la réduction des surfaces naturelles, des surfaces agricoles et des surfaces forestières dans les communes disposant d'un document d'urbanisme [] doit faire l'objet d'un avis favorable de la commission mentionnée à l'article L. 181-10 ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un projet d'opération d'aménagement et d'urbanisme a pour effet de réduire les surfaces naturelles, agricoles ou forestières, le maire ne peut en autoriser la réalisation, par la délivrance d'un permis de construire, qu'après avoir recueilli l'avis favorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.

3. Lorsque la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée à l'avis conforme d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours. Toutefois, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

4. Il résulte de ce qui précède que, si M. C peut utilement, à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du maire du Lorrain du 10 octobre 2023, portant refus de permis de construire, soulever des moyens tirés de l'irrégularité et de l'erreur d'appréciation, qui entacheraient l'avis émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, il n'est, en revanche, pas recevable à demander l'annulation de cet avis, qui n'est qu'une mesure préparatoire à l'arrêté du maire du Lorrain du 10 octobre 2023, portant refus de permis de construire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune du Lorrain, et tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis émis le 8 septembre 2023 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers doit être accueillie.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du maire du Lorrain du 10 octobre 2023, portant refus de permis de construire :

5. En premier lieu, en l'absence de disposition dérogatoire, l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers est émis, pour l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme, selon la procédure définie aux articles R. 423-50 et R. 423-59 du code de l'urbanisme, qui disposent respectivement : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ", et : " [] Les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputées avoir émis un avis favorable ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a présenté sa demande de permis de construire, le 11 août 2023. Si la date de la saisine de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier, l'avis défavorable de cette commission, émis le 8 septembre 2023, et porté à la connaissance du service instructeur le 11 septembre 2023, a nécessairement été rendu dans le délai d'un mois, prévu par les dispositions précitées. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers serait réputée avoir émis un avis favorable.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour estimer que le projet de construction de M. C était incompatible avec l'objectif de préservation des terres agricoles, la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a retenu que, faute pour M. C d'exercer une activité d'élevage bovin ou porcin, sa présence permanente sur le site de l'exploitation n'était pas indispensable. Si M. C justifie de sa qualité d'exploitant agricole et s'il n'est pas sérieusement contesté que cette activité est exercée à titre principal, M. C n'apporte cependant pas la preuve que la nature et le fonctionnement de son activité de culture de cocotiers rendraient indispensable sa présence permanente sur le site de l'exploitation. En particulier, si M. C fait état d'un risque de vols, il n'établit ni la réalité de ce risque ni que seule l'installation de sa résidence principale sur son exploitation serait de nature à prévenir ce risque et assurer la sécurité de son exploitation. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'avis défavorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers serait entaché d'erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le maire du Lorrain se trouvait en situation de compétence liée et était tenu de rejeter la demande de permis de construire, présentée le 11 août 2023 par M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire du Lorrain ne pouvait légalement, à titre surabondant, se fonder sur l'article A.3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune pour rejeter la demande de permis de construire présentée par M. C, doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à contester la légalité de l'arrêté du 10 octobre 2023, par lequel le maire du Lorrain a rejeté sa demande de permis de construire. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune du Lorrain, les conclusions aux fins d'injonction, présentées par M. C, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Lorrain, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, et de l'Etat, qui n'a même pas la qualité de partie, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens, ces frais n'étant au demeurant pas justifiés. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de M. C la somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par la commune du Lorrain et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la commune du Lorrain la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune du Lorrain.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Lancelot

Le président,

J.-M. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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