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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300754

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300754

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantCORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête du 14 décembre 2023, M. F G, représenté par Me Corin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 12 décembre 2023 par lesquelles le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de renvoi.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- les décisions sont entachées d'erreur de droit ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions méconnaissent les dispositions applicables pour l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.

La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 avril 2024 à 9h30 en présence de M. Minin, greffier d'audience, M. Laso, président, a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant dominicain, né le 28 juin 1975, a déclaré être entré irrégulièrement en France depuis trois ou quatre ans. Dans la présente instance, M. G demande au tribunal de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, d'annuler les décisions du préfet de la Martinique du 12 décembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et fixant la Dominique comme pays de renvoi.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En l'absence d'urgence, la requête initiale ayant été enregistrée le 14 décembre 2023, il n'y a pas lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées :

3. Par arrêté du 5 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs général du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. A B, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme D E, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, ainsi que de M. H C, directeur de cabinet, notamment, les arrêtés et décisions individuelles relevant de la direction de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, y compris les obligations de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que M. B était incompétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les décisions attaquées. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 12 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision précise les éléments qui ont conduit le préfet à édicter à l'encontre du requérant la décision en litige, notamment qu'il est entré de manière irrégulière sur le territoire français et s'y maintient sans avoir effectué de démarches pour régulariser sa situation administrative, qu'il est célibataire, sans charge de famille, et qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans dans son pays d'origine où résident sa mère et les autres membres de sa famille. Dans ces conditions, la décision attaquée du préfet de la Martinique du 12 décembre 2023 comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors notamment que la décision attaquée comporte de nombreux développements faisant état de considérations relatives à la situation du requérant ainsi qu'il a été dit au point précédent, que le préfet de la Martinique n'aurait pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire français sans délai serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, si M. G soutient que la décision est entachée d'erreur de droit, il n'apporte à l'appui de ce moyen aucune précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et eu égard à ce qui a été exposé au point 4., que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, la décision en litige vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle de l'intéressé qui ont été pris en considération, notamment, son entrée récente sur le territoire français, la durée de présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Il est, en outre, mentionné que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres éléments du dossier, que le préfet de la Martinique aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. G. Le moyen présenté par le requérant à ce titre doit dès lors être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il ressort des pièces du dossier, eu égard à ce qui a déjà été exposé précédemment, que M. G se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis son arrivée sur le territoire national il y a trois ou quatre ans, qu'il n'a effectué aucune démarche administrative pour régulariser sa situation et qu'il n'établit pas avoir des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, il ressort des mentions de la décision en litige que l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de violences commises en réunion sans incapacité. Si le requérant fait valoir que l'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné, il ne démontre à l'instance aucun élément de nature à établir la présence sur le territoire national de membres de sa famille, ainsi qu'il a été dit. Dans ces conditions, et notamment eu égard à son entrée récente sur le territoire, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Martinique a pu prononcer à l'encontre de M. G une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, laquelle ne présente pas un caractère disproportionnée, et ce alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des conditions applicables à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Martinique n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision du préfet de la Martinique du 12 décembre 2023 fixant le pays de renvoi vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet a fait application. Elle indique, en outre, que M. G n'allègue ni n'établit être légalement admissible dans un Etat autre que celui qui lui a délivré un document de voyage. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit donc être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres éléments du dossier, que le préfet de la Martinique aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. G. Le moyen présenté à ce titre doit dès lors être écarté.

14. En troisième lieu, si M. G soutient que la décision est entachée d'erreur de droit, il n'apporte à l'appui de ce moyen aucune précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

15. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G serait personnellement exposé à des risques pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour en Dominique, le préfet de la Martinique n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. G aux fins d'annulation des décisions du préfet du 12 décembre 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. G n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet de la Martinique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

Le président du tribunal,

J-M. Laso Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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