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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300764

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300764

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300764
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLABEJOF-LORDINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 19 et 20 décembre 2023, la société Bac Heat Up, représentée par Me Labejof-Lordinot, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel la sous-préfète de La Trinité a décidé la fermeture pour une durée de trois mois de l'établissement dénommé " Snack Bac Heat Up " situé 14 rue du Bac à La Trinité, à titre subsidiaire d'ordonner à l'administration de permettre une ouverture en fixant une heure de fermeture en soirée, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter d'un délai extrêmement court ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- la condition d'urgence est caractérisée par le risque de perdre les bénéfices, le montant des charges à venir et la fragilisation d'un commerce ouvert il y a peu, qui mettent en péril la continuité de l'exploitation ; en effet, l'exploitation de l'établissement a débuté au mois de juillet 2023, le gérant a suivi une formation et elle emploie deux salariés ; à l'issue de la mesure, elle aura perdu 46 183,80 euros de chiffre d'affaires ainsi qu'une prestation pour le début de l'année évaluée à 800 euros correspondant à l'accueil d'un groupe de touristes alors que le loyer mensuel de 1 300 euros sera toujours exigible et qu'elle a commandé et commencé à payer 23 448 euros de matériel ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'entreprendre ;

- l'illégalité de l'arrêté attaqué est si manifeste que l'urgence n'en est que plus justifiée ;

- la mesure de fermeture n'est pas justifiée dès lors que l'incident reproché n'a pas eu lieu dans son enceinte ni à l'entrée de l'établissement mais dans son environnement et qu'il n'est pas directement lié à son activité ;

- elle n'est pas proportionnée dès lors que cet unique acte a eu lieu dans la nuit et qu'il aurait été possible de limiter les heures d'ouverture en soirée ou d'autoriser d'autres alternatives comme n'autoriser le service que le midi ou n'autoriser que la vente à emporter ;

- enfin, elle n'a pas été mise à même de présenter des observations dans le cadre d'une procédure contradictoire alors qu'il n'existait aucune urgence à prendre une telle mesure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 de ce code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs.

2. Par arrêté du 23 novembre 2023, la sous-préfète de La Trinité a prononcé la fermeture administrative de l'établissement exploité sur le territoire de la commune de La Trinité sous l'enseigne " Snack Bac Heat Up ", pour une durée de trois mois à compter de sa notification, effectuée le 29 novembre 2023. Par la présente requête, la société Bac Heat Up demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

3. Pour justifier d'une situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un très bref délai, la société requérante soutient que la mesure de fermeture pour trois mois, qui intervient alors qu'elle exploite l'établissement depuis environ cinq mois, met en péril la continuité de l'exploitation, sa pérennité et l'emploi de deux salariés et de son gérant. Elle expose que la mesure la prive de 46 183,80 euros de chiffre d'affaires et d'une prestation évaluée à 800 euros alors qu'elle doit faire face au paiement d'un loyer mensuel de 1 300 euros et à l'achat de matériel pour un montant de 23 448 euros. Toutefois, si elle verse une attestation établie le 30 novembre 2023 mentionnant un chiffre d'affaires de 61 578,40 euros pour la période du 20 juillet 2023 au 31 octobre 2023, un courriel pour une prestation d'accueil d'un groupe de 12 personnes sur deux jours et un devis accepté le 26 septembre 2023 pour l'achat de matériel pour 23 448 euros ainsi qu'un virement de 1 000 euros au bénéfice du fournisseur, la requérante ne verse aucun autre document notamment comptable ayant force probante permettant d'apprécier la situation d'ensemble, financière et économique, de la société et l'incidence à brève échéance de la mesure de fermeture. Ainsi, l'absence d'élément de cette nature ne permet pas d'établir que la société se trouverait du fait de la mesure, dans l'impossibilité d'honorer ses charges et que la pérennité de la société serait menacée. La requérante n'apporte, au demeurant, aucun élément permettant d'établir que le loyer s'élèverait à 1 300 euros. De surcroît, si elle soutient que le non paiement de la facture de 23 448 euros l'exposerait à des poursuites et à la perte du fournisseur, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas sérieusement soutenu, que la société se trouverait dans l'impossibilité de régler cette somme ni même que le fournisseur refuserait de lui accorder un délai de paiement. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucune précision sur la perte de denrées périssables. En outre, si la société soutient qu'elle emploie deux salariés depuis le 15 septembre 2023 en contrat à durée déterminée, dont l'un s'est achevé le 15 décembre 2023, et que la période des fêtes de fin d'année est propice à l'activité commerciale, ces seules circonstances ne justifient pas de ce que l'exécution de l'arrêté litigieux serait constitutive d'une situation d'urgence caractérisée, de nature à justifier l'intervention du juge des référés dans les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. De même, l'allégation selon laquelle la mesure porterait par elle-même une atteinte à la réputation de la société, n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de cet article du code de justice administrative. De plus, la situation personnelle du gérant qui a bénéficié d'une formation est sans incidence sur la situation financière de la société et les répercussions que la décision litigieuse peut avoir sur celle-ci. Enfin, l'illégalité de l'arrêté alléguée n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence. Dans ces conditions, et alors qu'elle a attendu le 19 décembre 2023 pour saisir le juge des référés de l'arrêté prononçant la fermeture pour trois mois de son établissement qui lui a été notifié le 29 novembre 2023, la société Bac Heat Up n'apporte pas suffisamment d'éléments permettant de caractériser une situation d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative justifiant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Bac Heat Up est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bac Heat Up.

Fait à Schœlcher, le 21 décembre 2023.

Le président,

J-M. Laso

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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