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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300773

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300773

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSAE GÉRALD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 décembre 2023 et le 17 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Sae, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de visa de long séjour et d'admission exceptionnelle au séjour, et lui a fait obligation de quitter le territoire français, ensemble la décision du 30 novembre 2023 fixant le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un visa de long séjour et d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- c'est à tort que le préfet a considéré qu'il représentait une menace pour l'ordre public et que ses ressources étaient insuffisantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. de Palmaert, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant saint-lucien né le 10 novembre 2004, M. A est entré en France le 23 juillet 2022. Le 15 septembre 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 10 novembre 2023, le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par une décision du 30 novembre 2023, le préfet de la Martinique a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le supposé refus de visa de long séjour :

2. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté au préfet de la Martinique une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non une demande de visa de long séjour. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre un supposé refus de délivrer un visa de long séjour, qui demandent ainsi l'annulation d'une décision que n'a pas prise le préfet de la Martinique, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée ne pouvait se fonder sur les circonstances qu'il représenterait une menace pour l'ordre public et que ses ressources seraient insuffisantes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision attaquée n'est pas fondée sur de tels motifs. Les moyens soulevés sont dès lors inopérants et doivent, par suite, être écartés.

7. En second lieu, d'une part, M. A ne conteste pas être entré en France en juillet 2022 à l'âge de 18 ans, célibataire et sans enfant, non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il vivait précédemment et où résident son père ainsi que trois de ses frères. Il ne justifie pas de l'éventuelle ancienneté de son séjour en France. Sa mère fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante dont la légalité a été confirmée par le tribunal par un jugement de ce jour. S'il fait valoir la présence en France de deux sœurs nées en 2007 ainsi que de deux nièces, il n'établit pas la nécessité de sa présence auprès de ces dernières. D'autre part, si le requérant fait valoir être inscrit à une formation délivrée par la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique pour le suivi du dispositif " prépa apprentissage " à compter du 26 septembre 2022, il ne justifie pas en cela d'une insertion professionnelle suffisamment stable et ancienne qui justifierait l'attribution de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dans ces conditions, M. A n'établit pas que, compte tenu de sa situation personnelle, familiale et professionnelle, son admission exceptionnelle au séjour serait justifiée au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Martinique n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il résulte des motifs exposés au point 7 que le préfet de la Martinique, en prenant la décision attaquée, n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. M. A n'a pas développé de moyen à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la légalité des décisions attaquées du préfet de la Martinique du 10 novembre 2023 portant rejet de sa demande de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français et du 30 novembre 2023 fixant le pays de renvoi. Sa requête, qui tend à leur annulation, doit, par suite, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Aude Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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