jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SAE GÉRALD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 décembre 2023 et le 17 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Sae, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de visa de long séjour et d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un visa de long séjour et d'une admission exceptionnelle au séjour ;
- c'est à tort que le préfet a considéré qu'elle représentait une menace pour l'ordre public et que ses ressources étaient insuffisantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. de Palmaert, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante sainte-lucienne née le 22 janvier 1967, Mme A est entrée en France en dernier lieu le 22 juillet 2023. Le 15 septembre 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 10 novembre 2023, le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le supposé refus de visa de long séjour :
2. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté au préfet de la Martinique une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non une demande de visa de long séjour. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre un supposé refus de délivrer un visa de long séjour, qui demandent ainsi l'annulation d'une décision que n'a pas prise le préfet de la Martinique, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. En premier lieu, Mme A soutient que la décision attaquée ne pouvait se fonder sur les circonstances qu'elle représenterait une menace pour l'ordre public et que ses ressources seraient insuffisantes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision attaquée n'est pas fondée sur de tels motifs. Les moyens soulevés sont dès lors inopérants et doivent, par suite, être écartés.
7. En second lieu, Mme A verse aux débats plusieurs pièces attestant de sa présence en France depuis plusieurs années, notamment une attestation d'une association humanitaire certifiant son adhésion en 2015 à sa section locale située en Martinique. Cette présence relativement ancienne sur le territoire est toutefois contredite par les photocopies de son passeport qui font état de nombreux voyages entre la Martinique et Sainte-Lucie où vivent son concubin et ses trois enfants majeurs, et par la circonstance qu'elle n'a pas, avant 2023, sollicité de titre de séjour en France. Si Mme A fait valoir que ses filles sont scolarisées en Martinique où elles étudient avec assiduité au collège et au lycée, elle ne précise pas depuis quelle année, les documents produits étant relatifs aux années 2022 et 2023. La requérante ne justifie pas suffisamment de l'ancienneté de son séjour, ni avoir en France des liens suffisamment anciens intenses et stables, alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Son fils, majeur, fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante dont la légalité a été confirmée par le tribunal par un jugement de ce jour. Dans ces conditions, Mme A ne démontre pas que, compte tenu de sa situation personnelle et familiale, son admission exceptionnelle au séjour serait justifiée au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Par ailleurs, si Mme A produit une promesse d'embauche établie en mai 2023 par une association qui déclare être disposée à la recruter en qualité d'ouvrière agricole, elle n'apporte aucune précision sur ses qualifications, son expérience professionnelle et sur ses perspectives d'intégration dans un métier et une zone géographique qui seraient caractérisés par des difficultés de recrutement.
9. Il résulte de ce qui précède que, en refusant de délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Martinique n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
11. Il résulte des motifs exposés aux point 7 et 8 que le préfet de la Martinique, en prenant la décision attaquée, n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Mme A n'a pas développé de moyen à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à contester la légalité des décisions attaquées du préfet de la Martinique du 10 novembre 2023 portant rejet de sa demande de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Sa requête, qui tend à leur annulation, doit, par suite, être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Aude Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
Le président,
J-M. Laso
Le greffier,
J-H. Minin,
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026