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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300779

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300779

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYANG-TING HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 février 2024, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023, par lequel le préfet de la Martinique a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident dont il a été victime le 14 juin 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de prendre une nouvelle décision, reconnaissant l'imputabilité de cet accident au service.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le préfet de la Martinique s'est fondé uniquement sur l'avis du médecin inspecteur régional, lequel n'a procédé à aucun examen médical ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions pour que son accident soit reconnu imputable au service ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe d'égalité, dès lors que, pour un autre agent, victime d'un accident similaire, l'administration a admis l'imputabilité au service;

- l'administration n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de la Martinique, représenté par Me Yang-Ting Ho conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que soit désigné un expert, en charge de se prononcer sur l'imputabilité de l'accident au service, et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2024.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de M. C, enregistré le 26 septembre 2024, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, major de police affecté en qualité de chef de la direction du commandement opérationnel de l'état-major de la direction territoriale de la police nationale de la Martinique, a été victime, le 14 juin 2023, à 11h30, alors qu'il se trouvait sur son lieu de travail, d'un malaise, ayant nécessité l'intervention des pompiers. Il a été transporté au centre hospitalier universitaire de Martinique, où a été diagnostiqué un accident ischémique cérébral transitoire. Le 26 juin 2023, M. C a déposé une déclaration, afin que cet accident soit reconnu imputable au service. Par un arrêté du 17 octobre 2023, le préfet de la Martinique a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté du 17 octobre 2023, et d'enjoindre au préfet de la Martinique de prendre une nouvelle décision, reconnaissant l'imputabilité de cet accident au service.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. Toutefois, s'agissant des accidents vasculaires cérébraux qui sont au nombre de ces circonstances particulières, il y a lieu, par exception, de rechercher s'il existe un lien direct entre cet accident et les conditions d'exécution du service. Il appartient au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

4. Il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que l'accident ischémique cérébral transitoire, dont a été victime M. C, qui a brutalement ressenti, alors qu'il se levait pour sortir de son bureau, une perte d'équilibre, des fourmillements sur le côté gauche du visage et dans le bras gauche, et des difficultés d'élocution, s'est produit dans le temps et le lieu du service, alors qu'il se trouvait dans l'exercice de ses fonctions. Le préfet de la Martinique a, cependant, estimé que des circonstances particulières étaient de nature à détacher l'accident du service. M. C expose toutefois, sans être contredit, que, lorsque l'accident est survenu, il se trouvait confronté à une surcharge exceptionnelle de travail, compte tenu de l'absence simultanée de son adjoint et d'un autre agent, et qu'il n'avait pas pu bénéficier de congés depuis le début de l'année, accumulant ainsi une forte fatigue, qui a pu concourir au déclenchement de l'accident ischémique cérébral transitoire. M. C doit, ainsi, être regardé comme apportant la preuve d'un lien direct entre l'accident et les conditions d'exécution du service. En outre, le préfet de la Martinique ne peut sérieusement faire valoir que l'accident serait essentiellement imputable à l'état de santé antérieur de M. C, en produisant pour seul élément un " rapport de comportement ", rédigé par le supérieur hiérarchique de M. C le 9 août 1991, soit plus de 30 ans avant l'accident, qui, s'il fait état d'interrogations quant à l'état de santé de M. C, n'apporte aucune précision sur la nature de la pathologie dont il serait atteint. De même, la circonstance que M. C ait été déclaré apte à reprendre ses fonctions, à compter du 31 août 2023, est sans aucune incidence sur la question de l'imputabilité de l'accident au service. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Martinique a commis une erreur d'appréciation, en retenant que des circonstances particulières étaient de nature à détacher l'accident du service.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 17 octobre 2023, par lequel le préfet de la Martinique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu à M. C le 14 juin 2023, doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de la Martinique de prendre une nouvelle décision, reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident survenu à M. C le 14 juin 2023. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner cette mesure, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 octobre 2023 du préfet de la Martinique est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Martinique, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de prendre une nouvelle décision, reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident survenu à M. C le 14 juin 2023.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Lancelot

Le président,

J-M. Laso La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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