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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400053

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400053

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRENAR-LEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, des mémoires complémentaires, enregistrés les 18 janvier 2024, 9 février 2024, 27 février 2024, 13 mars 2024, 8 avril 2024, 9 avril 2024, 10 avril 2024, 15 avril 2024, 21 mai 2024, 28 mai 2024, 7 juin 2024, 8 juin 2024, 9 juin 2024, 13 juin 2024 et 24 juin 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 11 avril 2024, M. C E demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Sainte-Anne a nommé à nouveau M. D sur le poste de directeur de son cabinet à la suite du résultat des élections municipales de mars 2020, ainsi que le contrat d'engagement établi à cet effet le 9 novembre 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Sainte-Anne a autorisé M. F D, directeur de cabinet, à prolonger son activité au-delà de la limite d'âge de départ à la retraite, pour une durée 2 ans et 6 mois correspondant à 10 trimestres ;

3°) de mettre en œuvre la procédure d'inscription en faux prévue à l'article R. 633-1 du code de justice administrative s'agissant du contrat d'engagement à durée déterminée établi le 9 novembre 2020 entre la commune de Sainte-Anne et M. D ;

4°) d'enjoindre au comptable public en charge des finances de la commune de Sainte-Anne de diligenter un contrôle sur la prolongation d'activité de M. D au-delà de la limite d'âge de départ en retrait et de lui réclamer des comptes.

Il soutient que :

S'agissant de la recevabilité du recours :

- sa requête est recevable dès lors qu'il n'a reçu communication de l'arrêté attaqué du 3 mars 2021 que le 17 janvier 2024, après que la commission d'accès aux documents administratifs ait rendu un avis favorable, et que celui-ci n'a donné lieu à aucune publication ;

- la légalité de la décision nommant à nouveau M. D sur le poste de directeur de cabinet du maire à la suite du résultat des élections municipales de mars 2020 peut être contestée sans délai, compte-tenu de ce que celle-ci constitue un acte inexistant ;

- il justifie d'un intérêt à agir en qualité d'administré et de citoyen de la ville de Sainte-Anne, puisque les décisions attaquées portent atteinte à la bonne administration de la chose publique, ainsi qu'en qualité de contribuable local ;

S'agissant de la légalité de l'arrêté du 3 mars 2021 :

- l'arrêté attaqué du 3 mars 2021 n'a pas été transmis au contrôle de légalité dans le délai de 15 jours suivant sa signature, en méconnaissance de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ;

- il méconnait le principe de non-rétroactivité des actes administratifs puisqu'il prévoit une date d'entrée en vigueur antérieure à sa notification et à sa transmission au contrôle de légalité ;

- M. D ne pouvait bénéficier d'une prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge de départ en retraite puisque, en tant que directeur de cabinet du maire, il avait la qualité d'agent contractuel de la fonction publique territoriale, et non celle d'agent titulaire ;

- une telle prolongation d'activité était en outre impossible dans la mesure où le contrat d'engagement de l'intéressé avait pris fin au terme du précédent mandat du maire, à l'issue des élections municipales de mars 2020, et n'a pas été reconduit postérieurement, même tacitement ;

- une telle prolongation était encore impossible dès lors que la survenance de la limite d'âge en cours de fonctions avait entraîné de plein droit la rupture du lien avec le service ;

- la prolongation de l'activité est également illégale dans la mesure où celle-ci visait à confier dans les faits à M. D des fonctions de directeur général des services de la commune, poste qui n'est plus pourvu depuis le départ en retraite de son dernier occupant ;

- elle est privée de base légale puisque la décision de nommer à nouveau M. D sur le poste de directeur de cabinet du maire à la suite des élections municipales de mars 2020 est entachée d'inexistence, en l'absence d'établissement de tout nouveau contrat d'engagement ;

S'agissant de la légalité de la nomination de M. D à la suite des élections municipales de mars 2020 et du contrat d'engagement du 9 novembre 2020 :

- la décision du maire de nommer à nouveau M. D sur le poste de directeur de cabinet à la suite des élections municipales de mars 2020 est entachée d'inexistence, en l'absence d'établissement de tout nouveau contrat d'engagement ;

- elle est également inexistante compte-tenu de ce que les missions exercées par M. D ne correspondent pas à celles d'un directeur de cabinet, mais relèves de celles d'un directeur général des services ;

- le contrat à durée déterminée établi le 9 novembre 2020 est illégal et inexistant dès lors qu'il prévoit une date d'effet rétroactive au 25 mai 2020 et un terme fixé au 24 mai 2026, soit postérieurement à la date à laquelle M. D atteindrait la limite d'âge de départ en retraite ;

- ce contrat est également illégal et inexistant dans la mesure où il n'est signé par aucune des deux parties ;

- il n'a été précédé d'aucune délibération du conseil municipal, en méconnaissance de l'article 3 du décret n° 87-1004 du 16 décembre 1987 et de l'article 110 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- il n'a pas été transmis au salarié dans les deux jours ouvrables suivant l'embauche, en méconnaissance de l'article L. 1242-13 du code du travail ;

- le contrat d'engagement constitue un faux en écriture publique dans la mesure où il comporte une signature manuscrite ne correspondant pas à celle de M. D et une mention manuscrite mentionnant une date du 12 novembre 2020, postérieure à l'établissement du contrat ;

- ce contrat constitue également un faux en écriture publique puisque la version signée et la version non signée comportent exactement à la même position le tampon de la sous-préfecture daté du 31 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, un mémoire complémentaire, enregistré le 21 mai 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 mai 2024, la commune de Sainte-Anne, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dans la mesure où M. E ne démontre pas en quoi la prolongation d'activité de M. D serait de nature à préjudicier à ses droits ;

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 13 juin 2024, M. F D, représenté par Me Renar-Legrand, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. E une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive dès lors que l'arrêté attaqué du 3 mars 2021 a été transmis au contrôle de légalité le 29 mars 2021 et notifié à son destinataire le 30 mars 2021 ;

- elle est encore irrecevable dans la mesure où M. E ne démontre pas quel trouble générerait pour lui son maintien en fonctions au-delà de la limite d'âge de départ à la retraite ;

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de M E, enregistré le 4 octobre 2024, n'a pas été communiqué.

Par ordonnance du 7 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée le jour même, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Par courrier du 7 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, en l'absence d'intérêt à agir de M. E pour contester, d'une part, la décision du maire de nommer à nouveau M. D sur le poste de directeur de cabinet du maire à la suite des élections municipales de 2020, d'autre part, le contrat d'engagement établi le 9 novembre 2020 et, enfin, l'arrêté du 3 mars 2021 prolongeant l'activité de M. D au-delà de la limite d'âge de départ en retraite, de tels actes n'ayant aucun impact sur les finances communales et n'étant pas susceptibles de porter atteinte aux intérêts du requérant.

M. E a produit des observations sur ce moyen d'ordre public, par des mémoires qui ont été enregistrés les 15 novembre 2024, 18 novembre 2024, 22 novembre 2024 et 26 novembre 2024.

M. D a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public, par un mémoire qui a été enregistré le 20 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de M. D.

Une note en délibéré présentée par M. E a été enregistrée le 9 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D a été recruté le 8 décembre 2014 afin d'exercer les fonctions de directeur de cabinet du maire de la commune de Sainte-Anne. A la suite de la réélection du maire, intervenue au terme des élections municipales de mars 2020, il a été reconduit dans ses fonctions de directeur de cabinet et un contrat d'engagement à durée déterminée a été établi à cet effet le 9 novembre 2020. Par arrêté du 3 mars 2021, le maire de la commune a autorisé son maintien en activité au-delà de la limite d'âge de départ en retraite pour une durée de 2 ans et 6 mois, soit 10 trimestres, à compter du 13 juin 2021. Dans la présente instance, M. E demande au tribunal administratif, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du maire de la commune de Sainte-Anne de nommer à nouveau M. D sur le poste de directeur de cabinet du maire à la suite du résultat des élections municipales de mars 2020, le contrat d'engagement conclu à cet effet le 9 novembre 2020, ainsi que l'arrêté du 3 mars 2021 autorisant sa prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge de départ à la retraite, et d'enjoindre au comptable public en charge des finances de la ville de diligenter un contrôle sur cette prolongation d'activité et de réclamer des comptes à l'intéressé. Il demande en outre à la juridiction de mettre en œuvre la procédure d'inscription en faux, prévue à l'article R. 633-1 du code de justice administrative, s'agissant du contrat d'engagement à durée déterminée conclu le 9 novembre 2020.

Sur l'inscription en faux :

2. L'article R. 633-1 du code de justice administrative dispose : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. / Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce, ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux. " Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la pièce arguée de faux est un acte administratif dont aucune disposition législative expresse ne prévoit que les mentions font foi jusqu'à inscription de faux.

3. En l'espèce, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal administratif de mettre en œuvre les dispositions citées précédemment de l'article R. 633-1 du code de justice administrative s'agissant du contrat d'engagement à durée déterminée établi le 9 novembre 2020 entre la commune de Sainte-Anne et M. D. Aucune disposition législative quelle qu'elle soit ne prévoit que les mentions contenues dans un tel acte font foi jusqu'à inscription de faux. Dans ces conditions, il appartient au tribunal administratif d'apprécier l'exactitude des mentions portées sur ce document sans avoir à surseoir à statuer jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur une éventuelle plainte que M. E aurait déposée auprès du procureur de la République pour faux en écriture publique et usage de faux. Les conclusions du requérant présentées à ce titre doivent, par suite, être rejetées.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Eu égard à la nature particulière des liens qui s'établissent entre une collectivité publique et ses agents non titulaires les contrats par lesquels il est procédé au recrutement de ces derniers sont au nombre des actes dont l'annulation peut être demandée au juge administratif par un tiers y ayant un intérêt suffisant.

5. Pour justifier de son intérêt à agir dans la présente instance, M. E se prévaut, d'une part, de sa qualité contribuable local de la ville de Sainte-Anne où il réside. Toutefois, cette qualité ne lui confère un intérêt à agir que contre les actes de la collectivité qui ont une incidence directe sur le budget communal. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été recruté le 8 décembre 2014, sur le fondement de l'article 110 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires de la fonction publique territoriale, afin d'occuper les fonctions de directeur de cabinet du maire de la commune de Sainte-Anne. Si M. D relevait du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, en application de l'article 1er de ce décret, le renouvellement de ses fonctions à l'issue de la réélection du maire au terme des élections municipales de mars 2020 ne procède d'aucune création d'un nouvel emploi au sein du cabinet du maire. Il n'est en outre pas démontré que ce renouvellement se serait traduit par une modification à la hausse de la rémunération que l'intéressé percevait au cours du précédent mandat du maire. Dans ces conditions, ni la décision de renouveler M. D dans ses fonctions de directeur du cabinet du maire à l'issue des élections municipales de mars 2020, ni la conclusion du contrat d'engagement à durée déterminée établi le 9 novembre 2020, ni l'arrêté du 3 mars 2021 autorisant la prolongation d'activité de l'intéressé au-delà de la limite d'âge de départ à la retraite ne constituent des actes qui ont une incidence directe sur le budget de la commune de Sainte-Anne. D'autre part, M. E se prévaut également de sa qualité d'administré et de citoyen de la commune de Sainte-Anne, en faisant valoir que la décision emporterait des conséquences sur la bonne administration de la chose publique au sein de la commune. Toutefois, de telles considérations générales liées à la gestion des affaires communales par la municipalité en place ne sont pas de nature à démontrer que les décisions attaquées, qui concernent la situation individuelle de M. D, directeur de cabinet du maire, seraient susceptibles de porter atteinte à un intérêt personnel de M. E. Dans ces conditions, M. E ne justifie d'aucun intérêt à agir pour demander l'annulation des décisions attaquées ou pour en faire déclarer l'inexistence.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la dernière fin de non-recevoir opposée en défense par M. D, que la requête de M. E est irrecevable. Elle doit, par suite, être rejetée à ce titre.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : M. E versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à M. A D et à la commune de Sainte-Anne.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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