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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400061

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400061

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAÏA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Chaïa, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties de majorations et des intérêts de retard, auxquelles elle a été assujettie pour des montants respectifs de 137 euros au titre de l'année 2020 et de 6 581 euros au titre de l'année 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplissait les conditions pour bénéficier de la réduction d'impôt instituée par l'article 199 novovicies du code général des impôts ;

- en effet, ayant fait appel aux services d'une agence immobilière, elle est de bonne foi et ignorait que son ancienne locataire avait déclaré une adresse principale différente de celle du logement loué ;

- elle entend opposer à l'administration fiscale le droit à l'erreur de son ancienne locataire, entre-temps décédée, qui a pu omettre d'indiquer aux services fiscaux son changement de résidence principal ;

- elle remplit les conditions de la doctrine fiscale du 10 mai 2019 référencée BOI-IR-RICI-230-20-20 n° 90, qui admet la non-remise en cause de la réduction lorsque sont accomplies les diligences concrètes pour réaffecter le logement à la résidence principale d'un locataire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au non-lieu à statuer partiel et rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la requête a partiellement perdu son objet puisqu'elle a prononcé en cours d'instance un dégrèvement à hauteur de 6 581 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles Mme A a été assujettie au titre de l'année 2021 ;

- les autres moyens soulevés par Mme A pour contester les impositions litigieuses se rapportant à l'année 2020 ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de Mme A, enregistré le 11 octobre 2024, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a fait l'objet au cours de l'année 2023 d'un contrôle sur pièces portant sur les déclarations de revenus qu'elle a déposées au titre des années 2020 et 2021. A la suite de ce contrôle, elle a été assujettie, selon une procédure contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties de majorations et des intérêts de retard, pour des montants respectifs de 137 euros au titre de l'année 2020 et de 6 581 euros au titre de l'année 2021, résultant de la remise en cause par l'administration fiscale de la réduction d'impôt, prévue à l'article 199 novovicies du code général des impôts, dont l'intéressée avait entendu bénéficier en raison d'un investissement locatif réalisé dans le cadre du dispositif dit " loi Pinel ". Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2023. La contribuable a alors formé, le 31 octobre 2023, une réclamation préalable, qui a été rejetée par décision du 23 novembre 2023. Dans la présente instance, elle demande au tribunal administratif de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 19 avril 2024, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de la Martinique a prononcé le dégrèvement de l'intégralité des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, ainsi que des majorations et des intérêts de retard litigieux auxquels Mme A a été assujettie au titre de l'année 2021, soit un montant de 6 581 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. L'exception tirée du non-lieu partiel soulevée en défense doit, par suite, être accueillie.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, l'article 199 novovicies du code général des impôts dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - A. - Les contribuables qui acquièrent, entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2021, alors qu'ils sont domiciliés en France au sens de l'article 4 B, un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement bénéficient d'une réduction d'impôt sur le revenu à condition qu'ils s'engagent à le louer nu à usage d'habitation principale pendant une durée minimale fixée, sur option du contribuable, à six ans ou à neuf ans. Cette option, qui est exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure, est irrévocable pour le logement considéré. / () XI. - A. - La réduction d'impôt obtenue fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle intervient : / 1° La rupture de l'un des engagements mentionnés au I, au VII bis ou au VIII ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'avantage fiscal qu'elles prévoient est subordonné à la condition que le locataire fasse effectivement de l'immeuble qui lui est loué sa résidence principale, laquelle s'entend, de manière générale, du logement où résident effectivement et habituellement les membres du foyer fiscal et où se situent le centre de leurs intérêts personnels et matériels, ou, s'agissant d'un contribuable célibataire et sans charge de famille, du lieu où celui-ci habite normalement et a le centre de sa vie personnelle. Le logement qualifié de résidence principale est présumé être, sauf preuve contraire à apporter par le contribuable, celui où est souscrite la déclaration de revenus du contribuable ou d'un couple, nonobstant le fait que pour une raison quelconque, l'un des membres du couple réside à une autre adresse.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a fait l'acquisition d'un appartement de type F3 en l'état futur d'achèvement implanté dans un immeuble d'habitation, situé à une adresse au Lavandou, dans le département du Var. A la suite de l'achèvement des travaux, intervenu le 1er janvier 2020, la requérante a fait appel aux services d'une agence immobilière afin de trouver un locataire pour ce logement, destiné à faire l'objet du dispositif fiscal institué par l'article 199 novovicies cité précédemment du code général des impôts. Le 26 juin 2020, elle a conclu un contrat de bail avec une locataire, désormais décédée, au terme duquel cette dernière s'engageait à occuper le bien à titre de résidence principale. Toutefois, celle-ci, célibataire et sans charge de famille, a mentionné dans sa déclaration de revenus 2021 portant sur les revenus de l'année 2020 l'adresse du logement situé à Neauphle-le-Vieux dont elle était usufruitière et au titre duquel elle a été assujettie à la taxe foncière et à la taxe d'habitation pour l'année 2021. Si la requérante soutient que cette discordance d'adresses résulte d'une simple erreur de sa locataire, qui aurait omis de communiquer aux services fiscaux son changement d'adresse, elle indique toutefois que celle-ci a quitté le logement à peine quelques mois après la signature du bail, dès le 11 février 2021, tandis que les avis de taxe foncière et de taxe d'habitation produits en défense par l'administration établissent que l'intéressée a fait l'acquisition, au plus tard au 1er janvier 2021, d'un logement situé à une autre adresse au Lavandou. Dans ces conditions, quand bien même la requérante a eu recours aux services d'une agence immobilière et a ainsi accompli des diligences concrètes pour affecter son appartement à l'usage d'habitation principale d'un locataire à la suite de l'achèvement des travaux, sa locataire ne peut être regardée comme ayant effectivement transféré dans l'appartement sa résidence principale à la suite de la conclusion du bail. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que Mme A ne remplissait les conditions fixées au I. de l'article 199 novovicies du code général des impôts et a procédé, en conséquence, à la reprise, au titre de l'année 2020, de la réduction d'impôt sur le revenu litigieux. Le moyen ainsi soulevé sur le terrain de la loi fiscale n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

6. En second lieu, l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales dispose : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Si ces dispositions instituent une garantie contre les changements de doctrine de l'administration, qui permet aux contribuables de se prévaloir des énonciations contenues dans les notes ou instructions publiées, qui ajoutent à la loi ou la contredisent, c'est à la condition que les intéressés entrent dans les prévisions de la doctrine, appliquée littéralement, résultant de ces énonciations. Dans le cas où l'administration revient sur une interprétation qu'elle a formulée, pour en limiter le champ d'application ou subordonner le bénéfice de ses prévisions à de nouvelles conditions, les contribuables ne peuvent se prévaloir utilement, sur le fondement de l'article L. 80-A précité, d'une partie seulement d'une telle doctrine dont les éléments, bien qu'énoncés successivement, sont indissociables.

7. Sur le fondement de ces dispositions, Mme A se prévaut du paragraphe n° 90 de l'instruction référencée n° BOI-IR-RICI-230-20-20 du 10 mai 2019 de la direction générale des finances publiques selon lequel : " Le non-respect de la condition relative à l'affectation des locaux du fait du locataire entraîne, en principe, la reprise de la réduction d'impôt obtenue au titre de l'année au cours de laquelle intervient ce changement d'affectation. / Cela étant, il est admis ne pas remettre en cause l'avantage fiscal lorsque le propriétaire établit : / - qu'il a accompli les diligences concrètes pour que ce local soit réaffecté à usage de résidence principale d'un locataire (engagement d'une procédure judiciaire pour l'obtention de la résiliation du bail, insertions d'annonces, recours à une agence immobilière) ; / - et que le logement n'est pas donné en location à l'un de ses ascendants ou descendants ou, lorsque l'immeuble est la propriété d'une société non soumise à l'impôt sur les sociétés, à l'un des associés ou à un membre du foyer fiscal de ces derniers, ou encore à un ascendant ou à un descendant d'un associé. / Dans cette situation, il est précisé que le propriétaire ne peut bénéficier de l'avantage fiscal tant que la condition relative à l'affectation des locaux n'est pas remplie. En revanche, il est admis qu'il puisse bénéficier de la réduction d'impôt à partir de la date à laquelle les conditions d'application du dispositif, et notamment celle tenant à l'affectation à l'habitation principale du locataire, sont à nouveau remplies. / L'application de cette mesure de tempérament n'a pas pour effet de proroger la période au titre de laquelle la réduction d'impôt peut être imputée. En conséquence, la fraction de la réduction d'impôt qui n'a pu être imputée est définitivement perdue. " Il ressort des énonciations de cette instruction que, en cas de non-respect de la condition relative à l'affectation des locaux du fait du locataire, l'administration fiscale tolère que le propriétaire qui accomplit des diligences concrètes afin de réaffecter le local à l'usage de résidence principale d'un locataire puisse tout de même bénéficier de la réduction d'impôt. Toutefois, le bénéfice de cet avantage fiscal ne peut intervenir qu'à partir seulement de la date à laquelle la condition tenant à l'affectation à l'habitation principale du locataire est à nouveau remplie, ainsi que l'ensemble des autres conditions de l'article 199 novovicies du code général des impôts.

8. En l'espèce, Mme A soutient que, ayant eu recours dès l'achèvement des travaux aux services d'un agence immobilière, elle a accompli dès l'origine des diligences concrètes pour affecter son appartement à l'usage d'habitation principale d'un locataire et que, à la suite du départ de sa première locataire, elle a conclu un nouveau contrat de bail avec un couple de locataires qui remplit l'ensemble des conditions de l'article 199 novovicies du code général des impôts. Toutefois, il résulte de l'instruction que le nouveau contrat de bail a été conclu le 29 mars 2021, de sorte que la requérante ne pouvait en tout état de cause prétendre au bénéfice de la mesure de tempérament prévue par les développements de l'instruction précitée qu'à compter de cette date seulement. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions de ladite instruction au titre de l'année 2020. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à contester le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu litigieux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020. Le surplus des conclusions principales de la requête tendant à leur décharge doit, par suite, être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021 pour un montant de 6 581 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLe greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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