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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400073

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400073

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGREENLAW AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2400073 le 26 janvier 2024, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 mars 2024 et le 25 juillet 2024, la société Caraib Moter, représentée par Me Borrel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de constater le non-lieu à statuer sur sa requête ou, à titre subsidiaire, d'annuler ou, à défaut, d'abroger l'arrêté du 27 novembre 2023, par lequel le préfet de la Martinique a prononcé à son encontre une astreinte, d'un montant journalier de 250 euros, en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, jusqu'à satisfaction complète de la mise en demeure du 7 mars 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les manquements relevés dans la mise en demeure du 7 mars 2023 ont, pour partie, été régularisés postérieurement à l'introduction de la requête, ce qui est de nature à justifier un non-lieu à statuer ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la mise en demeure du 7 mars 2023, sur laquelle se fonde l'arrêté attaqué, est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de communication du rapport de l'inspecteur des installations classées ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, dès lors que les manquements relevés dans la mise en demeure du 7 mars 2023 ont, pour partie, été régularisés ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard au caractère limité des troubles causés à l'environnement ;

- le montant de l'astreinte est disproportionné, eu égard au caractère limité des troubles causés à l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen, tiré de l'exception d'illégalité de la mise en demeure du 7 mars 2023, est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2400219 le 15 mars 2024, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 mars 2024 et le 25 juillet 2024, la société Caraib Moter, représentée par Me Borrel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de constater le non-lieu à statuer sur sa requête ou, à titre subsidiaire, d'annuler ou, à défaut, d'abroger l'arrêté du 27 novembre 2023, par lequel le préfet de la Martinique a ordonné, en application de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, la suppression de l'activité de stockage de produits minéraux, exercée en entrée de site, en dehors du périmètre défini par l'arrêté du 30 décembre 2015 portant autorisation d'exploiter ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le stockage de produits minéraux en entrée de site a été entièrement supprimé, postérieurement à l'introduction de la requête, ce qui est de nature à justifier une situation de non-lieu à statuer ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, dès lors que la mise en demeure du 7 mars 2023 a été prononcée sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, et non de l'article L. 171-7 de ce code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête, le courrier adressé le 12 décembre 2023 par la société Caraib Moter au préfet de la Martinique, qui ne comporte aucune demande tendant au retrait de l'arrêté du 27 novembre 2023, mais se borne à solliciter un délai supplémentaire pour exécuter ses obligations, n'ayant pas pu interrompre le délai de recours contentieux.

La société Caraib Moter a présenté des observations sur ce moyen, le 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de Me Corin, substituant Me Borrel, avocat de la société Caraib Moter, et de Mme B, représentant le préfet de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Caraib Moter, qui exerce notamment une activité de travaux publics routiers, exploite, au lieu-dit Pointe Jean-Claude, sur le territoire de la commune du Robert, une unité de protection d'enrobés à chaud, pour laquelle elle bénéficie, au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, d'une autorisation d'exploiter, délivrée par le préfet de la Martinique le 30 décembre 2015. Lors d'une visite du site le 24 novembre 2022, l'inspecteur des installations classées a relevé plusieurs non-conformités, en particulier le fait que la société Caraib Moter stockait des produits minéraux dans une zone naturelle, en dehors du périmètre dans lequel elle est autorisée à exercer son activité, que le volume de matières bitumineuses stockées était supérieur au volume autorisé par l'arrêté du 30 décembre 2015, et que le site était dépourvu de dispositif de collecte des eaux pluviales, celles-ci s'écoulant dans le milieu naturel alors qu'elles sont susceptibles d'être polluées, et de dispositif de rétention des eaux d'extinction en cas d'incendie. Par un arrêté du 7 mars 2023, le préfet de la Martinique a mis en demeure la société Caraib Moter de respecter les prescriptions applicables à son installation, dans un délai de 2 à 6 mois, selon les mesures correctives nécessaires. Lors d'une nouvelle visite du site le 30 octobre 2023, l'inspecteur des installations classées a constaté que la mise en demeure du 7 mars 2023 n'avait été que partiellement suivie d'effets. Ainsi, par un premier arrêté du 27 novembre 2023, le préfet de la Martinique a ordonné, en application du II de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, la suppression de l'activité de stockage de produits minéraux hors du périmètre autorisé, et la transmission d'un dossier de cessation d'activité. Par un second arrêté du 27 novembre 2023, le préfet de la Martinique a prononcé, à l'encontre de la société Caraib Moter, en application du 4° de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, une astreinte d'un montant journalier de 250 euros, jusqu'à satisfaction des mesures ordonnées par la mise en demeure du 7 mars 2023. Par la requête, enregistrée sous le n° 2400219, la société Caraib Moter demande au tribunal, à titre principal, de constater le non-lieu à statuer sur sa requête ou, à titre subsidiaire, d'annuler ou, à défaut, d'abroger l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité. Par la requête, enregistrée sous le n° 2400073, la société Caraib Moter demande au tribunal, à titre principal, de constater le non-lieu à statuer sur sa requête ou, à titre subsidiaire, d'annuler ou, à défaut, d'abroger l'arrêté du 27 novembre 2023, prononçant une astreinte à son encontre.

2. Les requêtes n° 2400073 et 2400219, présentées par la société Caraib Moter, concernent la situation d'une même installation classée pour la protection de l'environnement, et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque l'autorité administrative, dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions des articles L. 171-7 et L. 171-8 du code de l'environnement, l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure, prive d'objet le recours tendant à son annulation, ou à l'annulation des mesures coercitives prises sur son fondement, sur lequel il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.

4. Il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal de constat dressé par un commissaire de justice le 12 juillet 2024, que la société Caraib Moter n'exerce plus de stockage de produits minéraux en dehors du périmètre autorisé, et que l'ensemble des produits précédemment stockés en entrée de site ont été évacués. Ce même procès-verbal relève également que le volume de matières bitumineuses stockées se limite à 193 tonnes, et est ainsi inférieur au seuil de 210 tonnes, imposé par la mise en demeure du 7 mars 2023. Il ressort également de ce même procès-verbal que la société Caraib Moter a achevé les travaux relatifs au dispositif de collecte des eaux pluviales, l'intégralité du site étant ceinturée de bordures en béton. Enfin, il ressort de ce même procès-verbal que les travaux relatifs au dispositif de rétention des eaux d'extinction d'incendie sont également achevés. Dans ces conditions, la société Caraib Moter est fondée à soutenir qu'elle a satisfait à l'ensemble des obligations, définies dans l'arrêté du 27 novembre 2023, prononçant une astreinte, ainsi qu'à l'obligation définie à l'article 1er de l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité, ce qui n'est au demeurant pas contesté par le préfet de la Martinique. En revanche, si la société Caraib Moter soutient que le dossier de cessation d'activité, exigé par l'article 2 de l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité, serait " en cours de finalisation ", elle ne justifie ainsi pas avoir satisfait à l'obligation de transmission de ce dossier de cessation d'activité.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2400219 conserve son objet, seulement en ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation de la demande de transmission du dossier de cessation d'activité. En revanche, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2023, prononçant une astreinte à l'encontre de la société Caraib Moter, et de l'article 1er de l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de l'article 2 de l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ".

7. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité, a été notifié à la société Caraib Moter le 6 décembre 2023. Cet arrêté mentionnait les voies et délais de recours. Le courrier, adressé par la société Caraib Moter au préfet de la Martinique le 12 décembre 2023, ne contestait nullement ni la régularité ni le bien-fondé des mesures prescrites par cet arrêté, en particulier en ce qui concerne la transmission d'un dossier de cessation d'activité, mais se bornait à solliciter un délai supplémentaire pour exécuter ses obligations en raison des congés de fin d'année, ce qui lui a au demeurant été accordé par le préfet de la Martinique. Par suite, compte tenu des termes employés, un tel courrier ne présente pas le caractère d'un recours gracieux et n'est pas susceptible d'avoir interrompu le délai de recours contentieux, en ce qui concerne la contestation du bien-fondé des mesures prescrites. La requête de la société Caraib Moter n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 15 mars 2024, soit au-delà du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées. Elle est donc tardive.

8. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions aux fins d'annulation, présentées par la société Caraib Moter, ne peut qu'être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme au titre des frais exposés par la société Caraib Moter et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2023, prononçant une astreinte à l'encontre de la société Caraib Moter, et de l'article 1er de l'arrêté du 27 novembre 2023, portant suppression d'activité.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2400073 et n° 2400219 de la société Caraib Moter est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Caraib Moter et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. Lancelot

Le président,

J.-M. Laso La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2400219

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