jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL ANTOINE ALONSO GARCIA AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 29 janvier 2024, 15 mai 2024, 27 août 2024 et 10 octobre 2024, la société Idex Energie Antilles-Guyane (IEAG), représentée par Me Cordier, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner la collectivité territoriale de la Martinique (CTM) à lui verser la somme provisionnelle de 736 283,36 euros, correspondant au solde impayé du décompte général et définitif des lots n°8 et n°11 du marché public de travaux portant sur la reconstruction du laboratoire territorial d'analyses, assortie des intérêts moratoires dus à partir du 30 décembre 2023 et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement ;
2°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de la Martinique la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le CCAG des marchés de travaux, dans sa version résultant de l'entrée en vigueur de l'arrêté du 3 mars 2014, à compter du 1er avril 2014, est applicable au litige ;
- la créance présente un caractère non sérieusement contestable dès lors que les dispositions de l'article 50 du CCAG Travaux dans sa version de 2014 sont inapplicables s'agissant d'un décompte général et définitif tacite ; en l'absence de notification d'un décompte général, le projet de décompte général notifié par le titulaire devient définitif en application des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux ;
- elle pouvait transmettre un projet de décompte général après la notification du procès-verbal de levée des réserves du 14 novembre 2018 pour chacun des lots ; l'absence de signature sur le procès-verbal de levée des réserves n'est pas de nature à faire naître un doute sur la réalisation complète des travaux dès lors qu'elle était présente lors de l'établissement du procès-verbal ; enfin, la date du procès-verbal de levée des réserves se substitue à la date de réception des travaux ;
- la prolongation de la garantie de parfait achèvement par le pouvoir adjudicateur ne fait pas obstacle à l'établissement du décompte général ; en outre, le pouvoir adjudicateur n'a pas prolongé la garantie de parfait achèvement dans le délai imparti ;
- la collectivité ne peut faire valoir que le décompte général et définitif tacite ne serait pas intervenu du fait de son rejet implicite du mémoire en réclamation alors qu'elle a transmis une demande de rémunération complémentaire ;
- le projet de décompte général transmis n'est pas incomplet ;
- la contestation par la collectivité du bien-fondé de sa demande de rémunération complémentaire est inopérante dès lors que ce n'est pas l'objet du référé provision ;
- le montant de la créance correspondant aux intérêts moratoires et à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement présente un caractère non sérieusement contestable puisqu'ils sont dus à l'expiration du délai de paiement prévu par le CCAG applicable.
Par un courrier du 30 janvier 2024, les parties ont été invitées par le tribunal à recourir à une procédure de médiation sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative.
Par un courrier du 15 février 2024, la société Idex Energie Antilles-Guyane a accepté la médiation proposée.
La collectivité territoriale de Martinique qui n'a pas fait connaître son point de vue sur la proposition de médiation dans le délai d'un mois qui lui était imparti à compter de la réception du courrier du 30 janvier 2024, est réputée avoir refusé la médiation proposée.
Par des mémoires en défense, enregistré les 25 avril 2024, 24 septembre 2024 et 12 novembre 2024, la collectivité territoriale de Martinique, représentée par Me Alonso Garcia conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la version du CCAG Travaux de 2009 résultant de l'arrêté du 3 mars 2014 n'est pas celle applicable au litige ;
- la décision du Conseil d'Etat n° 490468 du 7 juin 2024 n'est pas transposable au cas d'espèce ;
- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas saisi le tribunal dans le délai de six mois, prévu par l'article 50 du CCAG Travaux, suite à la décision explicite ou implicite de rejet du pouvoir adjudicateur des réclamations relatives au décompte général du marché ; en conséquence, la demande de provision est tardive ;
- l'obligation de la créance est sérieusement contestable puisque certaines réserves n'ont pas été levées et que la garantie de parfait achèvement court toujours ; le délai de notification du projet de décompte final par le titulaire ne peut partir que de la levée des réserves du marché ;
- les rejets implicites des mémoires en réclamation font obstacle à l'établissement du décompte général et définitif tacite ;
- les mémoires en réclamation et les projets de décompte transmis successivement étaient incomplets en l'absence de l'état du solde hors révision de prix et du projet de récapitulation des acomptes mensuels ; en outre, les mémoires en réclamation ne distinguaient pas les deux lots concernés ;
- le mémoire en réclamation n'est pas justifié, son contenu et le montant réclamé n'étant pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La collectivité territoriale de la Martinique (CTM) a confié à la société Idex Energie Antilles Guyane (IEAG), venant aux droits et obligations de la société Sasema, le lot n° 8 " Plomberie - Ventilation " et le lot n° 11 " Equipements laboratoire - Mobiliers - Signalétique " du marché public de travaux portant sur la reconstruction du laboratoire territorial d'analyses, situé sur la commune du Lamentin. Les travaux du lot n° 8 ont été réceptionnés avec réserves, le 20 décembre 2017, et le procès-verbal de levée des réserves a été tamponné par le maitre d'œuvre le 14 novembre 2018. Les travaux du lot n° 11 ont été réceptionnés sous réserves, le 20 décembre 2017, et le procès-verbal de levée des réserves a été tamponné par le maître d'œuvre le 14 novembre 2018. Les 8 juin 2020, 19 mai 2022, 3 novembre 2023, la société Idex Energie Antilles Guyane a adressé des projets de décompte final à la CTM, puis, le 15 décembre 2023, elle a adressé le projet de décompte général. Par la présente requête, la société IEAG demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la CTM à lui verser la somme de 736 283,36 euros correspondant au solde impayé du décompte général du marché, assorti des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence d'une obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. En revanche, l'office du juge des référés lui interdit, pour regarder une créance comme n'étant pas sérieusement contestable, de trancher une question de droit soulevant une difficulté sérieuse.
3. Pour demander la condamnation de la CTM au paiement d'une provision de 736 283,36 euros, la société IEAG se prévaut de l'existence d'un décompte général définitif tacite en vertu des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du CCAG applicable aux marchés publics de travaux modifié par l'arrêté du 3 mars 2014, entré en vigueur le 1er avril 2014. Toutefois, le caractère non sérieusement contestable de la créance dont se prévaut la requérante repose sur la question de savoir quelle est la version du CCAG Travaux applicable au marché public en litige. Or, eu égard aux éléments apportés en défense par la CTM, la question de savoir si la publication de l'avis d'appel public à la concurrence, le 13 juin 2014, ou la publication de l'avis de pré-information du marché, le 28 février 2014, constitue la date de lancement de la consultation au sens du CCAG Travaux, pose une difficulté sérieuse qu'il n'appartient pas au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative d'apprécier. Le caractère non sérieusement contestable de la créance en litige repose également sur la question de savoir si un décompte général définitif est né tacitement, dans le silence de la collectivité, dix jours après l'envoi du projet de décompte général établi par la requérante. Or, cette question suppose d'apprécier si les réserves émises à la réception des travaux ont été levées suite à l'établissement du procès-verbal du 14 novembre 2018 alors que la collectivité fait valoir que, s'agissant du lot n° 8, certaines réserves n'ont pas été levées et que la garantie de parfait achèvement serait toujours en cours. De plus, cette question implique d'apprécier si le refus de la collectivité du 20 août 2020 sur le projet de décompte final transmis le 8 juin 2020, puis les refus implicites de la collectivité sur les projets de décompte adressés successivement ont pu faire naître un décompte général définitif et tacite en faveur du titulaire du marché. Ainsi, la naissance, en l'espèce, du décompte général et définitif tacite pose également une difficulté sérieuse qui n'entre pas dans l'office du juge du référé provision de trancher. Dès lors, la créance dont se prévaut la société IEAG n'apparaît pas comme non sérieusement contestable, au sens des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, la demande de provision de la société requérante ne peut qu'être rejetée.
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par chacune des parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Idex Energie Antilles Guyane est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Collectivité Territoriale de Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Idex Energie Antilles Guyane et à la collectivité territoriale de Martinique.
Fait à Schoelcher, le 12 décembre 2024.
Le juge des référés,
J-M. Laso
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026