jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BARROIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. D H, représenté par Me Barrois, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a rejeté ses demandes de titre de séjour présentées sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler la décision en date du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné le Venezuela comme pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour, ou subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 844,50 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable puisque la demande d'aide juridictionnelle qu'il a formée le 19 juillet 2023 a prorogé le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 février 2024 lui accordant l'aide juridictionnelle totale ;
S'agissant la décision de refus de titre de séjour :
- la décision refusant le titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade est intervenue au terme d'une procédure irrégulière puisqu'il n'est pas établi que le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a été effectivement saisi pour avis et qu'aucun avis ne lui a été transmis préalablement au refus de titre ;
- la procédure est encore irrégulière puisqu'il n'est pas établi que le collège était composé de trois médecins régulièrement nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est illégale puisque le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII et n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;
- le refus de titre est entaché d'erreur d'appréciation puisque, les résultats de l'intervention chirurgicale qu'il a subi en décembre 2019 à la suite d'un accident n'étant pas satisfaisant, il doit subir une nouvelle intervention, mais ne peut supporter les frais afférents à cette opération, ne bénéficiant ni de la CMU ni d'une affiliation à la sécurité sociale ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il est arrivé en France en 2017, où vivent sa sœur et son frère, et qu'il bénéficie d'un suivi médical à la suite de son accident survenu en 2019 ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle méconnait le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Martinique n'ayant jamais statué sur les deux demandes de titre de séjour qu'il a présentées au titre de la vie privée et familiale et en qualité d'étranger malade ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, compte-tenu de son caractère laconique et stéréotypé ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet ne s'est pas fondé sur l'ensemble des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an injustifiée et disproportionnée compte-tenu de ses attaches personnelles et familiales et de son état de santé ;
- elle méconnait pour les mêmes raisons l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence puisque son signataire ne justifie d'aucune délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de M. H, enregistré le 30 mai 2024, n'a pas été communiqué.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.
Le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. H par une décision du 8 février 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- et les observations de M. H.
Considérant ce qui suit :
1. M. D H, ressortissant vénézuélien né le 9 mars 1973, est entré régulièrement en France le 18 août 2017, muni d'un passeport, désormais périmé, délivré par les autorités du Venezuela, après avoir transité par le Chili et la République dominicaine. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 21 août 2018, laquelle décision a été confirmée par une ordonnance de la cour nationale du droit d'asile du 29 novembre 2018. L'intéressé s'est maintenu sur le territoire national et a sollicité, le 9 juillet 2020, son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris désormais à l'article L. 423-23 du même code. Il a également déposé, le 8 juillet 2022, une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 3 juillet 2023, le préfet de la Martinique a rejeté ces deux demandes de titre de séjour, a obligé M. H à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un acte séparé du même jour, il a également désigné la République bolivarienne du Venezuela comme pays de renvoi. Dans la présente instance, M. H demande au tribunal administratif d'annuler l'ensemble des décisions préfectorales ainsi prises à son encontre le 3 juillet 2023 et d'enjoindre à l'administration, sous conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions de refus de titre de séjour :
2. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade de M. H, le préfet de la Martinique a saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui a rendu un avis le 9 mars 2023. Aucune disposition n'imposait au préfet de communiquer au requérant cet avis préalablement à l'édiction de la décision attaquée de refus de titre de séjour. Il Les moyens de vice de procédure tirés de l'absence de saisine du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et du défaut de transmission de l'avis de dudit collège de médecins doivent, par suite, être écartés.
4. En deuxième lieu, l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
5. En l'espèce, il ressort des mentions figurant sur l'avis du 9 mars 2023 que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration était composé de trois médecins, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été régulièrement désignés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conformément aux dispositions citées au point précédent de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré l'irrégularité de la composition dudit collège doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, après avoir rappelé le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 9 mars 2023, le préfet de la Martinique a examiné la situation de M. H et a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions pour être admis au séjour en qualité d'étranger malade. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet se serait cru à tort lié par l'avis du collège de médecins et n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, en vertu des dispositions citées précédemment, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. En l'espèce, dans son avis du 9 mars 2023, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. H nécessitait une prise en charge médicale, mais que le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester le sens de cet avis, le requérant verse au dossier un compte-rendu d'opération, une lettre de sortie d'hospitalisation et une attestation de suivi hospitalier. Ces documents médicaux établissent que M. H a été victime d'un violent traumatisme à la cheville gauche qui a nécessité une intervention chirurgicale, le 21 décembre 2019, afin de poser plusieurs vis au niveau du pilon tibial et de la malléole externe, et que les examens d'imagerie médicale réalisées dans le cadre du suivi post-opératoire ont révélé, le 13 juin 2022, la nécessité de réaliser une nouvelle opération chirurgicale. Toutefois, ces seuls documents ne permettent pas à eux-seuls d'établir que le défaut d'une telle prise en charge médicale serait susceptible d'engendrer pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que celui-ci ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée du préfet de la Martinique serait entachée d'une erreur sur l'appréciation de son état de santé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. H est célibataire et sans charge de famille sur le territoire national. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur et de son frère, tous deux de nationalité haïtienne, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer qu'il entretiendrait des liens intenses et stables avec sa fratrie. Il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou affective, alors même que ses trois enfants résident au Chili et en Haïti, ni n'apporte le moindre élément de nature à démontrer son insertion dans la société française. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales et affectives dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans et où vit son épouse. Dans ces conditions, malgré presque six années de présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée, M. H, compte-tenu des conditions de son séjour en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 3 juillet 2023 par laquelle du préfet de la Martinique a rejeté ses demandes de titre de séjour. Les conclusions de la requête tendant à leur annulation doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, par un arrêté du préfet de la Martinique n° R02-2023-06-05-00002 du 5 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° R02-2023-141 du 5 juin 2023, M. A C, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration a reçu, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme F I, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, et de M. G E, directeur de cabinet, délégation de signature, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de sa direction, y compris les obligations de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions, notamment les décisions fixant le pays de renvoi. Il n'est, en outre, ni établi ni allégué que Mme J, Mme I et M. E n'étaient pas empêchés lors de la signature de la décision attaquée. Par suite, M. C était compétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, la décision du 3 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen d'incompétence n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
13. En deuxième lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
14. Il ressort des développements figurant dans le corps de l'acte attaqué du 3 juillet 2023 que le préfet de la Martinique a examiné et a expressément rejeté les deux demandes de titre de séjour déposées par M. H, sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que, même s'il n'a pas fait mention du rejet des deux demandes de titre de séjour dans le dispositif de son arrêté en raison d'une erreur de plume, le préfet de la Martinique pouvait légalement se fonder sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter à l'encontre de M. H une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières dispositions n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus aux points 8. et 10., le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse, commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation et son état de santé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du 3 juillet 2023 par laquelle du préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
17. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
20. En premier lieu, la décision du 3 juillet 2023 mentionne, dans le corps de ses motifs, les dispositions citées précédemment des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle reproduit en substance. La décision indique que M. H est présent sur le territoire depuis plus de cinq ans, qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement ou de comportement troublant l'ordre public, que la durée d'interdiction de retour ne porte pas une atteinte disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision, qui fait référence à des éléments précis de la situation du requérant et ne présente ainsi pas un caractère stéréotypé, répond aux exigences de motivation. Elle se fonde sur l'ensemble des quatre critères définis à l'article L. 612-10 cité précédemment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquels ne figure pas la condition relative à l'existence de circonstances humanitaires qui concerne les seuls étrangers se trouvant dans les situations visées aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code, contrairement à ce que soutient le requérant. Les moyens d'insuffisance de motivation et d'erreur de droit ainsi soulevés ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 10. que M. H vit seul en France, qu'il n'établit pas qu'il entretiendrait des liens intenses et stables avec sa sœur et son frère, et qu'il ne dispose d'aucune autre attache personnelle ou affective sur le territoire. Dans ces conditions, malgré que l'intéressé soit présent en France depuis près de six ans au jour de la décision attaquée, qu'il n'ait fait l'objet d'aucune précédente obligation de quitter le territoire français et que sa présence sur le territoire français ne présente pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Martinique, en prononçant à l'encontre de M. H une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, aurait fait une inexacte appréciation des dispositions citées précédemment des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen de la requête tiré de ce que cette mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an serait injustifiée et disproportionnée n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus aux points 8., 10. et 21., le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en prenant la décision litigieuse d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation et son état de santé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Martinique a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Les conclusions de sa requête tendant à leur annulation doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
24. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 12., le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que M. C n'était pas compétent pour signer au nom du préfet de la Martinique la décision du 3 juillet 2023 fixant le Venezuela comme pays de renvoi. Le moyen d'incompétence n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
25. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus aux points 8. et 10., et alors même qu'il n'est allégué aucun risque de quelque nature que ce soit en cas de retour du requérant dans son pays d'origine, M. H n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Martinique aurait, en fixant la République bolivarienne du Venezuela comme pays de renvoi, commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation et son état de santé. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
26. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée du préfet de la Martinique du 3 juillet 2023 fixant le Venezuela comme pays de renvoi. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur l'injonction :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'avocate de M. H demande au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, qu'elle aurait réclamés à ce dernier s'il n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle totale.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D H, à Me Barrois et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026