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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400192

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400192

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2024, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 28 mai 2024 et le 5 août 2024, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le maire de Sainte-Luce sur sa demande du 6 novembre 2023, tendant à ce qu'il soit procédé à l'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune, révisé le 20 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au maire de Sainte-Luce de réunir le conseil municipal, afin de procéder à l'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune, révisé le 20 juillet 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Luce la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron, sont incompatibles avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, ainsi qu'avec le schéma d'aménagement régional de la Martinique et le schéma de cohérence territoriale de l'espace sud Martinique ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives à la création de 4 secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, sont incompatibles avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives aux extensions autorisées des constructions existantes, édifiées en zone agricole et en zone naturelle, sont incompatibles avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme sont illégales, en ce qu'elles ne font pas mention de la servitude de passage des piétons sur le littoral, définie par l'article L. 121-31 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives à la création de 2 zones 1AU et d'une zone 1AUa, au lieu-dit Lavison, méconnaissent l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme, dès lors que les réseaux d'assainissement ne présentent pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans ces zones ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives à la création de zones U3 au lieu-dit Préfontaine et au lieu-dit Fond gens libres, ont pour effet d'étendre l'urbanisation en dehors des agglomérations et villages existants, et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives au classement en zone urbaine des secteurs de Beaulieu, de Volcart et de Montravail sont illégales, dès lors que ces secteurs étaient précédemment classés en secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme sont illégales, dès lors qu'elles ne reviennent nullement sur certains projets qui ont donné lieu à de fortes réserves, voire à des avis manifestement défavorables ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme sont illégales, dès lors que l'obligation de compensation des urbanisations supplémentaires, définie par le schéma de cohérence territoriale de l'espace sud Martinique, n'est pas présentée ;

- les dispositions du plan local d'urbanisme sont incompatibles avec les orientations du schéma d'aménagement régional de la Martinique, en matière de terres agricoles ;

- les orientations démographiques demeurent irréalistes ;

- les adaptations du règlement, telles que prévues par le législateur, au dérèglement climatique sont manifestement inadéquates.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la commune de Sainte-Luce, représentée par Me Dumont, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2024.

En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, les pièces complémentaires de la commune de Sainte-Luce, enregistrées le 4 décembre 2024, n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 juillet 2023, le conseil municipal de la commune de Sainte-Luce a approuvé la révision générale de son plan local d'urbanisme. L'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais a saisi le maire de Sainte-Luce, le 6 novembre 2023, d'une demande d'abrogation de ce plan local d'urbanisme révisé. Par la présente requête, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le maire de Sainte-Luce sur cette demande du 6 novembre 2023, et d'enjoindre au maire de Sainte-Luce de réunir le conseil municipal, afin de procéder à l'abrogation du plan local d'urbanisme, révisé le 20 juillet 2023.

Sur l'office du juge de l'excès de pouvoir dans le contentieux du refus d'abroger un acte réglementaire :

2. En raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique. Cette contestation peut prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de faits postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

3. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. A l'inverse, si, à la date à laquelle il statue, l'acte réglementaire est devenu illégal en raison d'un changement de circonstances, il appartient au juge d'annuler ce refus d'abroger pour contraindre l'autorité compétente de procéder à son abrogation. Ainsi, lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 ".

5. L'orientation n° 12 du document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale, adopté par la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique le 25 septembre 2018, et accessible au juge comme aux parties, prévoit de " mettre en œuvre les grands projets d'équipements et de services ", au nombre desquels figure notamment la création d'une zone d'activités économiques et commerciales au lieu-dit Céron, sur le territoire de la commune de Sainte-Luce. Cette orientation indique également que les grands projets d'équipements et de services sont mis en œuvre pour autant qu'un certain nombre de conditions soient concomitamment réunies, notamment le respect " de la triple conditionnalité énoncée à l'orientation O3 ". L'orientation n° 3 précise, quant à elle, qu'" au sein des espaces d'urbanisation prioritaire, les développements urbains sont mis en œuvre prioritairement en respectant la triple conditionnalité : de proximité, d'accessibilité et d'opportunité, telle qu'elle est définie, supra, dans l'argumentaire A2 de l'orientation ". Enfin, l'argumentaire de cette orientation indique " La triple conditionnalité est définie comme suit : / Condition de proximité : localisation en continuité des bourgs et quartiers existants et à proximité des services urbains ". Les dispositions du schéma de cohérence territoriale conditionnent ainsi la réalisation des grands projets d'équipements et de services au respect d'un principe de continuité de l'urbanisation.

6. Il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023, a pour effet de créer une zone à urbaniser, dite zone 1AUe, au lieu-dit Céron, alors que les parcelles correspondantes étaient précédemment classées en zone agricole, dans l'objectif de créer la zone d'activités économiques et commerciales, évoquée au point 5 ci-dessus. Cette zone 1AUe, située autour du carrefour entre la RN 5 et la RD 7, à un peu plus d'un kilomètre au nord de la distillerie Trois-Rivières, se trouve au cœur d'une zone boisée, à l'écart de toute construction préexistante. Les zones urbanisées les plus proches, à savoir le quartier Lavison à l'est, le quartier Les Coteaux au nord-ouest et le hameau Trois-Rivières au sud, sont situés à 1,5 kilomètre de la zone concernée, et le bourg de Sainte-Luce est distant de plus de 4 kilomètres. Dans ces conditions, la création de cette zone 1AUe ne peut être regardée comme respectant la condition de continuité de l'urbanisation avec les agglomérations et villages existants, imposée par les dispositions précitées du schéma de cohérence territoriale de l'espace sud Martinique. Par suite, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais est fondée à soutenir que le plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, tel que révisé par la délibération du 20 juillet 2023, est, dans cette mesure, incompatible avec le schéma de cohérence territoriale de l'espace sud Martinique, et le maire de Sainte-Luce ne pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions du plan local d'urbanisme, relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron.

7. En deuxième lieu, d'une part, ainsi qu'il a été évoqué au point 4 ci-dessus, l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme prévoit que les plans locaux d'urbanisme doivent être compatibles avec les schémas de cohérence territoriale. En outre, il ressort de l'article L. 131-6 du même code qu'en l'absence de schéma de cohérence territoriale, ils doivent notamment être compatibles, s'il y a lieu, avec les dispositions particulières au littoral prévues aux articles L. 121-1 à L. 121-51. L'article L. 131-1 du code de l'urbanisme prévoit, par ailleurs, que les schémas de cohérence territoriale doivent être compatibles, s'il y a lieu, avec ces mêmes dispositions.

8. S'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, il résulte des dispositions citées au point précédent que, s'agissant d'un plan local d'urbanisme, il appartient à ses auteurs de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de sa compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral. Dans le cas où le territoire concerné est couvert par un schéma de cohérence territoriale, cette compatibilité s'apprécie en tenant compte des dispositions de ce document relatives à l'application des dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, sans pouvoir en exclure certaines au motif qu'elles seraient insuffisamment précises, sous la seule réserve de leur propre compatibilité avec ces dernières.

9. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ". Aux termes de l'article L. 151-13 du même code : " Le règlement peut, à titre exceptionnel, délimiter dans les zones naturelles, agricoles ou forestières des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées dans lesquels peuvent être autorisés : 1° Des constructions ".

10. Le schéma de cohérence territoriale, adopté par la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique le 25 septembre 2018, et accessible au juge comme aux parties, prévoit, au point 2.2 du chapitre I de son document d'orientation et d'objectifs, intitulé " la priorité à l'intensification urbaine ", que la localisation des développements urbains dans les espaces urbains de référence permet d'intensifier les espaces déjà urbanisés et contribue à la mise en œuvre de l'objectif n° 10 du projet d'aménagement et de développement durables relatif à la volonté d'économiser l'espace. Il précise que : " sachant que onze des douze communes du territoire du schéma sont communes littorales [], cette définition des espaces urbains de référence contribue à ce que demandent, au code de l'urbanisme, respectivement l'article L. 121-8 relatif à l'extension de l'urbanisation en continuité et l'article L. 121-21, relatif à la détermination des capacités d'accueil dans les communes littorales ". Par ailleurs, il résulte de l'orientation n° 1 du document d'orientation et d'objectifs que les développements urbains attendus à l'horizon 2026 sont localisés au sein des espaces urbains de référence définis à l'orientation n° 3, relative à l'intensification urbaine. Cette orientation n° 3, si elle préconise de densifier les espaces urbains de référence, afin de préserver de l'urbanisation les zones agricoles, naturelles et forestières autorise toutefois, dans ces zones agricoles, naturelles et forestières, l'implantation de secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, sous réserve de la préservation des sols agricoles et forestiers, et de la sauvegarde des sites, milieux naturels et paysages. Ces dispositions du schéma de cohérence territoriale ne sont pas incompatibles avec les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et il doit ainsi en être tenu compte pour apprécier la compatibilité du plan local d'urbanisme avec ces mêmes dispositions particulières au littoral.

11. Il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023, a pour effet de créer, aux lieux-dits Blanchard, Bellevue-Ladour, Beaulieu et Derrière Morne, 4 zones dites N2, au sein desquelles, bien que ces zones soient qualifiées de zones naturelles, les constructions à usage d'habitation sont autorisées. Ces zones sont toutefois de surface très limitée, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme. Il n'est, en outre, pas établi, ni même véritablement allégué, que l'autorisation des constructions à usage d'habitation dans ces zones, qui supportent toutes déjà des constructions préexistantes, ainsi que cela ressort des annexes cartographiques et du site Geoportail, accessible au juge comme aux parties, entraînerait une extension disproportionnée de l'urbanisation, et porterait atteinte à la préservation des sols agricoles et forestiers, ou à la sauvegarde des sites, milieux naturels et paysages. Dans ces conditions, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais n'est pas fondée à soutenir que la création de ces secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées serait incompatible avec les dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, telles que précisées par le schéma de cohérence territoriale de l'espace sud, et le maire pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes du plan local d'urbanisme.

12. En troisième lieu, en adoptant les dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, issues de la loi du 3 janvier 1986 relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, le législateur a entendu interdire en principe toute opération de construction isolée dans les communes du littoral. Toutefois, le simple agrandissement d'une construction existante, c'est-à-dire une extension présentant un caractère limité au regard de sa taille propre, de sa proportion par rapport à la construction et de la nature de la modification apportée, ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation prohibée par ces dispositions. Le caractère de l'agrandissement envisagé s'apprécie par comparaison avec l'état de la construction initiale, sans qu'il y ait lieu de tenir compte des éventuels agrandissements intervenus ultérieurement. S'agissant toutefois des constructions antérieures à la loi du 3 janvier 1986, le caractère de l'agrandissement envisagé s'apprécie par comparaison avec l'état de la construction à la date d'entrée en vigueur de cette loi.

13. Il ressort des pièces du dossier que le paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et le paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme, tel que révisé par la délibération du 20 juillet 2023, autorisent les extensions des constructions existantes légalement édifiées, dans la limite de 20 % de la surface de plancher existante à la date d'approbation du plan local d'urbanisme. En faisant ainsi référence à la surface de plancher existante à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, et non à la surface de plancher initiale de la construction, ou, s'agissant des constructions antérieures à la loi du 3 janvier 1986, à la surface de plancher existante à la date d'entrée en vigueur de cette loi, le plan local d'urbanisme a nécessairement pour effet d'autoriser un nouvel agrandissement de constructions, qui auraient déjà fait l'objet d'un agrandissement avant son approbation. Dans ces conditions, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais est fondée à soutenir que les dispositions du paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et du paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, tel que révisé par la délibération du 20 juillet 2023, sont, dans cette mesure, incompatibles avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, et le maire ne pouvait légalement refuser d'abroger ces dispositions.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-31 du code de l'urbanisme : " Les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées sur une bande de trois mètres de largeur d'une servitude destinée à assurer exclusivement le passage des piétons ". Aux termes de l'article L. 151-43 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'annexe au livre Ier de la partie réglementaire du même code : " Liste des servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol : I. - Servitudes relatives à la conservation du patrimoine. / A. - Patrimoine naturel. / [] b) Littoral maritime. Servitudes de passage sur le littoral instituées en application des articles L. 121-31 à L. 121-34 et L. 121-51 ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, si le plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, tel que révisé par la délibération du 20 juillet 2023, comporte une annexe n° 6.1, intitulée " Servitudes d'utilité publique mentionnées à l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme ", la servitude de passage des piétons sur le littoral, instituée par les dispositions précitées de l'article L. 121-31 du code de l'urbanisme, n'est pas mentionnée dans la liste des servitudes d'utilité publique ainsi dressée. En outre, si cette même annexe comporte une reproduction de l'arrêté préfectoral du 3 juin 2022, portant modification du tracé et des caractéristiques de la servitude de passage des piétons sur le littoral entre les plages de l'anse Désert et l'anse Mabouya, aucune précision n'est apportée sur le tracé de cette servitude dans les autres zones littorales du territoire communal. Dans ces conditions, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais est fondée à soutenir que l'annexe n° 6.1 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, tel que révisé par la délibération du 20 juillet 2023, méconnaît, dans cette mesure, les dispositions de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme, et le maire ne pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classées en zones à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone ".

17. Il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023, a pour effet de créer trois zones à urbaniser, dites zones 1AU et 1AUa, en périphérie immédiate du quartier Lavison. Si l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais soutient que le réseau d'assainissement de ce quartier n'aurait pas une capacité suffisante pour desservir les futures constructions ayant vocation à s'implanter dans ces zones à urbaniser, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation du plan local d'urbanisme, que ce quartier n'est pas couvert d'un réseau d'assainissement collectif. Dans ces conditions, et alors au demeurant qu'il n'est ni établi ni allégué que la configuration du sol ne permettrait pas la mise en place de systèmes d'assainissement non collectifs, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais ne peut utilement soutenir que la création de ces zones à urbaniser méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme, et le maire pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes.

18. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".

19. Il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023, a pour effet de créer une zone urbaine, dite zone U3, au lieu-dit Préfontaine, alors que les parcelles correspondantes étaient précédemment classées en zone naturelle N3. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que du site Geoportail, accessible au juge comme aux parties, que le secteur est, de fait, déjà occupé par un nombre et une densité significatifs de constructions, et se situe en continuité directe avec le quartier Volcart, qui était déjà classé en zone urbaine. Dans ces conditions, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais n'est pas fondée à soutenir que le classement de cette zone en zone U3 aurait pour effet d'étendre l'urbanisation sans continuité avec les agglomérations et villages existants, ou serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation, et le maire de Sainte-Luce pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes.

20. Il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023, a également pour effet de créer une zone urbaine, dite zone U3, au lieu-dit Fond gens libres, alors que les parcelles correspondantes étaient précédemment classées en zone naturelle N3. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que du site Geoportail, accessible au juge comme aux parties, que ce secteur est, de fait, déjà occupé par un certain nombre de constructions. Son ouverture à l'urbanisation a pour effet de créer une continuité entre le quartier de Fond gens libres et le quartier de Trou au diable, qui étaient déjà classés en zone urbaine et sont occupés par un nombre et une densité significatifs de constructions. Dans ces conditions, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais n'est pas fondée à soutenir que le classement de cette zone en zone U3 aurait pour effet d'étendre l'urbanisation sans continuité avec les agglomérations et villages existants, ou serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation, et le maire de Sainte-Luce pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes.

21. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Luce, approuvée par le conseil municipal le 20 juillet 2023 a également pour effet de reclasser en zone urbaine les secteurs de Beaulieu, de Volcart et de Montravail, qui étaient précédemment classés en secteurs de taille et de capacités d'accueil limitées. Dès lors que le caractère urbanisé de ces secteurs n'est pas sérieusement contesté par l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à un tel reclassement, et le maire de Sainte-Luce pouvait légalement refuser d'abroger les dispositions correspondantes.

22. En huitième lieu, les moyens tirés de ce que les dispositions du plan local d'urbanisme sont illégales, dès lors qu'elles ne reviennent nullement sur certains projets qui ont donné lieu à de fortes réserves, voire à des avis manifestement défavorables, de ce que l'obligation de compensation des urbanisations supplémentaires, définie par le schéma de cohérence territoriale de l'espace sud Martinique, n'est pas présentée, de ce que les dispositions du plan local d'urbanisme sont incompatibles avec les orientations du schéma d'aménagement régional de la Martinique, en matière de terres agricoles, de ce que les orientations démographiques demeurent irréalistes et de ce que les adaptations du règlement, telles que prévues par le législateur, au dérèglement climatique sont manifestement inadéquates, ne peuvent qu'être écartés, faute d'avoir été développés dans les mémoires complémentaires annoncés par la requête, comme non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

23. Il résulte de ce qui précède que l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais est seulement fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le maire de Sainte-Luce sur sa demande du 6 novembre 2023, en tant qu'elle refuse de procéder à l'abrogation des dispositions relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron, des dispositions du paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et du paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement, en tant qu'elles font référence à l'état de la construction à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, et des dispositions de l'annexe n° 6.1, en tant qu'elle ne précise pas suffisamment le tracé de la servitude de passage des piétons sur le littoral. Le surplus des conclusions aux fins d'annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

24. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au maire de Sainte-Luce de réunir le conseil municipal, afin de procéder à l'abrogation des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune, relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron, des dispositions du paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et du paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement, en tant qu'elles font référence à l'état de la construction à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, et des dispositions de l'annexe n° 6.1, en tant qu'elle ne précise pas suffisamment le tracé de la servitude de passage des piétons sur le littoral. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner cette mesure, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Sainte-Luce et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de la commune de Sainte-Luce une quelconque somme au titre des frais exposés par l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais et non compris dans les dépens, ces frais n'étant pas justifiés.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le maire de Sainte-Luce sur la demande présentée par l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais le 6 novembre 2023, est annulée, en tant qu'elle refuse de procéder à l'abrogation des dispositions relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron, des dispositions du paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et du paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement, en tant qu'elles font référence à l'état de la construction à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, et des dispositions de l'annexe n° 6.1, en tant qu'elle ne précise pas suffisamment le tracé de la servitude de passage des piétons sur le littoral.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Sainte-Luce, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, de réunir le conseil municipal, afin de procéder à l'abrogation des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune, relatives à la création d'une zone 1AUe au lieu-dit Céron, des dispositions du paragraphe 2.1.4. de l'article A2 et du paragraphe 2.2.3. de l'article N2 du règlement, en tant qu'elles font référence à l'état de la construction à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, et des dispositions de l'annexe n° 6.1, en tant qu'elle ne précise pas suffisamment le tracé de la servitude de passage des piétons sur le littoral.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Luce sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais et à la commune de Sainte-Luce.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. Lancelot

Le président,

J.-M. Laso

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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