jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400250 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BERTE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, un mémoire complémentaire, enregistré le 30 août 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 octobre 2024, M. E D, représenté par Me Romer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 décembre 2023, par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a prononcé, à son encontre, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions, pendant une durée de 2 ans, dont 18 mois avec sursis ;
2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique de le réintégrer dans ses fonctions, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 7 813,87 euros, en réparation de ses préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à M. A C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la sanction est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le conseil de discipline s'est réuni au-delà du délai d'un mois à compter de sa saisine ;
- la procédure est encore irrégulière, dès lors que la réunion du conseil de discipline s'est tenue, en partie, hors de sa présence ;
- la procédure est encore irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter d'ultimes observations, avant que le conseil de discipline délibère ;
- la procédure est encore irrégulière, dès lors que des personnes, non membres du conseil de discipline, étaient présentes à la réunion, et ont assisté au délibéré ;
- l'avis du conseil de discipline ne lui a pas été transmis ;
- l'avis du conseil de discipline est insuffisamment motivé ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- la sanction illégale est à l'origine d'un préjudice financier et d'un préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 mai 2024 et le 26 septembre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 octobre 2024, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par Me Berté, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Me Saint-Clément, substituant Me Romer, avocate de M. D, et de Me Cottrel, substituant Me Berté, avocate du centre hospitalier universitaire de Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ouvrier principal de 2ème classe de la fonction publique hospitalière, affecté en qualité d'agent de logistique au sein du service de transport interne du centre hospitalier Louis Domergue, dépendant du centre hospitalier universitaire de Martinique, a fait l'objet de poursuites disciplinaires pour " comportements agressifs et violents, agressions verbales vis-à-vis de certains collègues et membres de la direction, perturbation du bon fonctionnement des services par des cris et hurlements répétitifs ". Par une décision du 11 décembre 2023, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique, suivant l'avis émis à l'unanimité par le conseil de discipline le 7 décembre 2023, a prononcé, à l'encontre de M. D, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions, pour une durée de 2 ans, dont 18 mois avec sursis. M. D a exercé, contre cette sanction, le 2 janvier 2024, un recours gracieux, qui a été expressément rejeté par une décision du 24 janvier 2024. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 11 décembre 2023, prononçant la sanction, d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique de le réintégrer dans ses fonctions, et de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 7 813,87 euros, en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : [] 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée ".
3. Il résulte des dispositions précitées, d'une part, que l'exigence de motivation de l'avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline qu'elles prévoient constitue une garantie et que cette motivation peut être attestée par la production, sinon de l'avis motivé lui-même, du moins du procès-verbal de la réunion de cette commission comportant des mentions suffisantes.
4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'avis, adopté à l'unanimité par le conseil de discipline le 7 décembre 2023, en faveur de l'exclusion temporaire de fonctions de M. D, ait été formalisé autrement que par le procès-verbal de cette réunion. Ce procès-verbal ne rend compte que des propos tenus par les différents participants à la réunion du conseil de discipline, sans énoncer, même indirectement, les griefs que le conseil de discipline entendait retenir comme établis et fautifs, et sur lesquels il s'est appuyé pour proposer une sanction. M. D est ainsi fondé à soutenir que l'avis du conseil de discipline est insuffisamment motivé et qu'il a, de ce fait, été privé d'une garantie.
5. D'autre part, les dispositions citées au point 2 ci-dessus imposent également à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, au titre des motifs de fait, se borne à énoncer, sans plus de détail, les griefs évoqués lors de la saisine du conseil de discipline, à savoir : " comportements agressifs et violents, agressions verbales vis-à-vis de certains collègues et membres de la direction, perturbation du bon fonctionnement des services par des cris et hurlements répétitifs ". Ces griefs, formulés de façon très générale, et sans aucune référence à des événements précis et circonstanciés, au cours desquels le comportement agressif et perturbateur reproché à M. D s'est manifesté, ne mettent pas ce dernier à même de déterminer les faits précis que l'autorité disciplinaire entend lui reprocher. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 11 décembre 2023, par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a prononcé, à l'encontre de M. D, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions, pendant une durée de 2 ans dont 18 mois avec sursis, doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement, qui annule la sanction d'exclusion temporaire de fonctions prononcée le 11 décembre 2023, implique seulement, dans la mesure où cette sanction a été entièrement exécutée, qu'il soit procédé à la réintégration juridique de M. D pendant la période où il a été illégalement exclu, ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux et à la retraite pour cette même période. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique de procéder à ces mesures, dans un délai de 2 mois, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. D.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de forme ou de procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité formelle ou procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d'une procédure régulière.
10. Ainsi qu'il a été évoqué ci-dessus, la décision du 11 décembre 2023, par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique a prononcé, à l'encontre de M. D, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions, pendant une durée de 2 ans dont 18 mois avec sursis, est entachée d'illégalité, en raison du vice de procédure, tenant à l'insuffisance de motivation de l'avis du conseil de discipline et du vice de forme, tenant à l'insuffisance de motivation de la sanction proprement dite. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des témoignages précis et circonstanciés, rédigés par des agents ayant été victimes d'insultes, d'invectives et de hurlements de la part de M. D le 6 décembre 2021, le 10 décembre 2021, le 30 mai 2022, et le 12 septembre 2023, et joints au rapport de saisine du conseil de discipline, que ces faits pouvaient légalement justifier, à l'encontre de M. D, une sanction d'exclusion temporaire de fonctions, pendant une durée de 2 ans dont 18 mois avec sursis. Ainsi, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique aurait pu légalement prendre la même décision, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum. Dans ces conditions, faute de lien de causalité entre l'illégalité fautive, dont est entachée la décision du 11 décembre 2023, et les préjudices subis par M. D du fait de la sanction, lesquels ne résultent que des manquements qu'il a commis à ses obligations disciplinaires, les conclusions indemnitaires de M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par le centre hospitalier universitaire de Martinique et non compris dans les dépens. En outre, les conclusions de M. D, tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A C et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées, aucune de ces 2 personnes n'ayant la qualité de partie à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique du 11 décembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier universitaire de Martinique, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, de reconstituer la carrière et les droits sociaux et à la retraite de M. D, pour la période pendant laquelle il a fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonctions.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Martinique sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au centre hospitalier universitaire de Martinique.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. Laso
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026