jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MONOTUKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, Mme K D, représentée par Me Monotuka, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'annuler la décision du 22 mars 2024 par laquelle le préfet de la Martinique a désigné Haïti comme pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, leur signataire ne justifiant d'aucune délégation régulière ;
- il n'est pas établi que l'auteur des décisions attaquées ait signé les actes originaux ;
- elle remplit les conditions pour se voir attribuer un titre de séjour, en sa qualité de parent d'enfant français ;
- les actes attaqués méconnaissent les stipulations du 1 et du 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes, conseillère,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante haïtienne née le 19 août 1987, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 18 décembre 2018 sous couvert d'un passeport dépourvu de tout visa d'entrée en France, après avoir transité par la République dominicaine et Sainte-Lucie. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 mai 2019, qu'elle n'a pas contestée devant la Cour nationale du droit d'asile. Elle s'est toutefois maintenue en France et a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 22 mars 2024, le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour et a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un acte distinct du même jour, il a désigné Haïti comme pays de destination. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler ces décisions et d'enjoindre au préfet de la Martinique de réexaminer sa demande et de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté n° R02-2023-09-05-00002 du 5 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs général n° R02-2023-288 du 5 septembre 2023, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. A C, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme F H, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, ainsi que de M. L E, directeur de cabinet, notamment, les arrêtés et décisions individuelles relevant de la direction de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, y compris les obligations de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que M. C était incompétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les actes attaqués du 22 mars 2024. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, si la requérante affirme qu'il n'est pas établi que les originaux de l'acte attaqué comporteraient la signature manuscrite de leur auteur, elle n'apporte aucun élément permettant de faire douter que les originaux n'auraient pas été régulièrement signés alors que la signature manuscrite figurait sur les ampliations notifiées et qu'il n'est pas allégué que les copies auraient été contrefaites. Le moyen n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Et l'article L. 423-8 de ce code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.
5. Il ressort des pièces du dossier que le 17 avril 2023, M. J G, ressortissant français, a déclaré reconnaître l'enfant I D, né à Fort-de-France le 27 septembre 2020 de Mme D, devant un officier d'état civil. Toutefois, au soutien de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, à la suite de la demande d'actualisation de son dossier par les services de la préfecture, la requérante s'est bornée à transmettre une attestation d'hébergement non datée de M. G. Dans la présente instance, Mme D, qui ne produit aucun document d'identité français au nom de son fils I, ne produit pas davantage de pièces probantes permettant d'établir que M. G contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation du jeune I, qu'il n'a d'ailleurs reconnu que deux ans et demi après sa naissance. Dans ces conditions, Mme D ne justifie pas remplir les conditions pour l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. En l'espèce, Mme D se prévaut tout d'abord de la présence en Martinique du père de son enfant, M. G, ressortissant français, ainsi que de son fils I, né le 20 septembre 2020. Toutefois, en se bornant à produire un contrat de bail et une facture d'électricité au seul nom de M. G, une attestation d'hébergement de celui-ci qui n'est pas datée ainsi qu'une attestation d'assurance pour son fils du 19 juin 2023 qui mentionne la même adresse, l'intéressée ne peut être regardée comme justifiant d'une relation stable et ancienne avec M. G. Par ailleurs, il n'est pas démontré, par les pièces produites, que M. G, qui n'a reconnu son fils que deux ans et demi après sa naissance, participerait effectivement à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. En outre, la requérante ne justifie ni même n'allègue entretenir une quelconque relation avec ses trois frères, dont un seul est titulaire d'un titre de séjour, ni a fortiori avec sa sœur, qui réside en France hexagonale. Mme D ne produit par ailleurs aucun élément permettant de témoigner d'une quelconque intégration socio-professionnelle au sein de la société française. Enfin, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident sa mère et les autres membres de sa famille. Par suite, Mme D, qui n'établit pas avoir transféré l'ensemble de sa vie privée et familiale en France, n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, quand bien même elle n'a commis aucun trouble à l'ordre public. Le moyen doit, par suite, être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. Ainsi qu'il a été indiqué aux points 5 et 7 ci-dessus, Mme D n'établit pas, comme il lui incombe de le faire, que le père du jeune I participerait effectivement à son entretien et à son éducation. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. G entretiendrait des liens affectifs avec l'enfant qu'il a reconnu. Dans ces conditions, et alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse être reconstituée en Haïti, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. En dernier lieu, Mme D ne peut utilement invoquer une violation des stipulations du 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, selon lesquelles : " 2. Les Etats parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées () ", qui sont dépourvues d'effet direct.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation des décisions du 22 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Martinique a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme K D et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026