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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400388

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400388

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMBOUHOU MAX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Martinique a rejeté la requête de M. B..., sapeur-pompier volontaire, qui contestait le refus du service territorial d’incendie et de secours (STIS) de reconnaître sa maladie (Covid-19 long) comme imputable au service. Le juge a estimé que le lien direct entre la contamination et le service n’était pas établi, en l’absence de preuve suffisante d’une exposition au virus lors de sa garde du 8 août 2021, et a écarté l’argument d’un manquement de l’employeur à son obligation de protection. La solution retenue s’appuie sur la loi n° 91-1389 du 31 décembre 1991 et le décret n°92-620 du 7 juillet 1992 relatifs à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2024, M. B..., représenté par Me Monotuka, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 2 avril 2024 par laquelle le service territorial d’incendie et de secours de la Martinique a refusé de reconnaître sa maladie comme imputable au service ;

2°) de condamner le service territorial d’incendie et de secours de la Martinique à lui verser la somme de 5 000 euros, en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge du le service territorial d’incendie et de secours de la Martinique la somme de 6 000 euros au titre des frais irrépétibles, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- contrairement à ce qu’indique l’arrêté contesté, la pathologie développée est inscrite au tableau n°100 des maladies professionnelles créé par le décret n°2020-1131 du 14 septembre 2020 ;
- il a été contaminé lors de sa garde du 8 août 2021, au contact d’un collègue, présumé « cas contact » ; plusieurs collègues présents ce jour-là ont également été testés positifs, laissant supposer un cluster professionnel au sein de la caserne du Lamentin ; le STIS a manqué à son obligation de protection envers ses agents, en permettant à un agent cas contact de prendre son service sans mesure d’isolement suffisante ;
- l’expert a retenu à tort la date du 10 août 2021 comme celle d’apparition des premiers symptômes ; plusieurs documents médicaux et déclarations établissent que les premiers symptômes sont apparus le 12 août 2021, ce qui rend plausible une contamination le 8 août 2021, jour de garde au centre de secours du Lamentin, selon la période d’incubation moyenne du variant Delta.


Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le service territorial d’incendie et de secours de la Martinique, représenté par Me Mbouhou conclut au rejet de la requête et s’en remettre à sa sagesse du tribunal en ce qui concerne la somme qui pourrait être mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 91-1389 du 31 décembre 1991 relative à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service ;
- le décret n°92-620 du 7 juillet 1992 relatif à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service et modifiant le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Cerf,
- les conclusions de M. Phulpin, rapporteur public,
- et les observations de Me Mbouhou, représentant le STIS de la Martinique.


Considérant ce qui suit :


1. M. B..., sergent sapeur-pompier volontaire au sein du service territorial d’incendie et de secours de la Martinique, a été diagnostiqué, le 11 août 2021, porteur d’une infection à la covid-19, qui a évolué en « covid long ». Par deux courriers des 26 janvier 2022 et 12 avril 2023, il a présenté une demande visant à ce que sa pathologie soit reconnue comme maladie professionnelle. Par ordonnance du 1er février 2023, le président du tribunal administratif statuant en référé, a ordonné une expertise médicale. Le rapport d’expertise a été enregistré le 12 septembre 2023. Par une décision du 2 avril 2024, le président du conseil d’administration du SDIS de la Martinique a refusé de faire droit à la demande de M. A.... Dans la présente instance, M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l’article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1991 relative à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service : « Le sapeur-pompier volontaire victime d'un accident survenu ou atteint d'une maladie contractée en service ou à l'occasion du service a droit, dans les conditions prévues par la présente loi : 1° Sa vie durant, à la gratuité des frais médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques et accessoires ainsi que des frais de transport, d'hospitalisation et d'appareillage et, d'une façon générale, des frais de traitement, de réadaptation fonctionnelle et de rééducation professionnelle directement entraînés par cet accident ou cette maladie ; 2° A une indemnité journalière compensant la perte de revenus qu'il subit pendant la période d'incapacité temporaire de travail ; 3° A une allocation ou une rente en cas d'invalidité permanente. (…) ». Aux termes de l’article 1er du décret susvisé du 7 juillet 1992 relatif à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service et modifiant le code de la sécurité sociale : « Sous réserve des dispositions de l'article 4 ci-après, la commission départementale de réforme des agents des collectivités locales instituée par l'article 31 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 se prononce suivant la procédure applicable devant ladite commission, en vue de l'attribution des prestations et indemnisations prévues par la loi du 31 décembre 1991 susvisée, sur le rapport du directeur départemental des services d'incendie et de secours et après que le chef du centre de secours dont dépend le sapeur-pompier concerné a été invité à fournir ses observations écrites. La commission apprécie la réalité des infirmités, leur imputabilité au service, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent, dans les conditions fixées au troisième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Le pouvoir de décision appartient au président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours pour les prestations prévues à la section 1 de la loi du 31 décembre 1991 susvisée et au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations pour les prestations prévues à la section 2 de la même loi. ».


3. M. B... affirme avoir été contaminé à la COVID-19 le 8 août 2021 au sein du centre de secours du Lamentin, lors d'une garde effectuée en tant que sapeur-pompier volontaire, alors que l’un de ses proches collègues avait lui-même été déclaré cas contact. Toutefois, le STIS démontre que ce collègue a réalisé un test PCR le 5 août 2021, lequel s’est révélé négatif, et M. B... n’apporte pas d’élément établissant une contamination de son collègue entre cette date et son propre diagnostic. Pour refuser de reconnaître la maladie du requérant comme étant de nature professionnelle, le STIS de la Martinique s’est fondé sur le rapport de l’expertise en date du 3 septembre 2023 à laquelle l’intéressé a été soumis et qui conclut qu’il n’est pas possible de rendre le service d’incendie et de secours de la Martinique responsable de la pneumopathie à COVID 19, et des conséquences, dont il a été victime. Il ressort notamment de ce document que, en raison de l’apparition des premiers symptômes dès le 10 août 2021, soit seulement 48 heures après la garde du 8 août 2021 et du délai d’incubation moyen 4 à 5 jours, une contamination était improbable à la date du 8 août 2021. Si M. B... soutient que les premiers symptômes sont apparus le 12 août 2021, en s’appuyant sur des courriers qu’il a lui-même rédigé en 2022, cette allégation est toutefois contredite par la lettre de liaison de sortie du CHU et le compte rendu d’hospitalisation du CSSR La Valériane, contemporains des faits et rédigés par le corps médical. Enfin, si M. B... indique que trois autres collègues de son service ont développé cette maladie de façon concomitante, les circonstances dont il est fait état, si elles ont trait aux risques encourus par le requérant du fait de la fréquentation de son lieu de travail, ne suffisent pas, au regard notamment d’un contexte de circulation active du virus en cause sur l’ensemble du territoire, pour établir l’existence d’un lien direct de causalité entre la pathologie du requérant et l’exercice de ses fonctions à l’exclusion d’une cause extérieure au service.


4. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du SDIS de la Martinique du 2 avril 2024.


Sur les dépens :

5. L’article R. 761-1 du code de justice administrative dispose : « Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. »

6. Lorsqu’une expertise ou un constat effectué en application d’une décision du juge des référés se rattache à la détermination d’un préjudice dont l’indemnisation est demandée dans le cadre d’un recours au fond, les frais et honoraires y afférents sont compris dans les dépens de cette instance principale. Si, en vertu de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, ces frais sont en principe mis à la charge de la partie perdante, il est loisible à la formation de jugement statuant sur cette instance, au regard des circonstances particulières de l’affaire, de les mettre à la charge d’une autre partie ou de les partager entre les parties.

7. Les frais d’expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 1 500 euros toutes taxes comprises par une ordonnance n°2200747 du président du tribunal administratif de la Martinique du 18 septembre 2023. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre ces frais d’expertise à la charge définitive de M. B....


Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du STIS, qui n’est pas la partie perdante, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y pas lieu de faire droit aux conclusions de le SDIS de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, en tout état de cause non chiffrées.



D E C I D E :



Article 1er : La requête présentée par M. B... est rejetée.


Article 2 : Les frais d’expertise, d’un montant de 1 500 euros, sont mis définitivement à la charge de M. B....


Article 3 : Les conclusions de le STIS de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.


Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au service territorial d’incendie et de secours de la Martinique.



Délibéré après l’audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,
Mme Cerf, première conseillère,
M. Lancelot, premier conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.



La rapporteure,

M. Cerf

Le président,

J.-M. Laso

Le greffier,






J.-H. Minin


La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.






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