jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ROMER SYLVETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me Constant et Me Salamon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 du préfet de la Martinique, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 70 jours, et d'annuler la décision du même jour fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la plainte qu'elle a déposée à l'encontre de son ex-compagnon pour des faits de violences conjugales ;
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, et l'empêche de faire valoir ses droits, dans le cadre de la procédure pénale initiée contre son ex-compagnon ;
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas pu faire valoir ses observations ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Martinique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 18 juillet 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lancelot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité sainte-lucienne, née le 16 décembre 1978, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 20 août 2022, accompagnée de ses 3 enfants mineurs. Elle a présenté, le 30 janvier 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mai 2024, le préfet de la Martinique a refusé de faire droit à cette demande d'admission exceptionnelle au séjour et a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de 70 jours. Par une décision du même jour, le préfet de la Martinique a désigné Sainte-Lucie comme pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions, et d'enjoindre au préfet de la Martinique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, dès son arrivée sur le territoire français, Mme B a été accueillie, avec ses 3 enfants mineurs, au domicile d'un ressortissant français, qu'elle avait rencontré 4 ans auparavant et avec lequel elle avait pour projet de se marier. Il ressort toutefois des auditions de Mme B et de ses enfants, devant les forces de gendarmerie, que le compagnon de Mme B a confisqué ses papiers d'identité, et ceux de ses enfants, et les a privés de ressources financières. Il s'est également montré agressif à plusieurs reprises, les violences ayant atteint leur paroxysme le 2 décembre 2023, le compagnon de Mme B lui ayant asséné, ainsi qu'à son fils aîné, plusieurs coups et ayant tenté de l'étrangler. Mme B a alors fui le domicile conjugal avec ses enfants, et s'est rendue au centre hospitalier du Marin, où un médecin a constaté des hématomes sur plusieurs parties du corps de Mme B, et un risque de chute d'une dent, en raison de coups portés au visage. Mme B a alors déposé plainte, le 4 décembre 2023, à la brigade de gendarmerie de Sainte-Luce, pour violences conjugales, et a bénéficié d'un hébergement d'urgence. Dans les semaines qui ont suivi, l'ex-compagnon de Mme B s'est présenté à plusieurs reprises, sans motif apparent, devant l'école où sont scolarisés les enfants de Mme B, et a contacté Mme B par téléphone, pour la menacer de mort, ce qui a conduit Mme B à déposer plainte de nouveau, le 9 février 2024. Si ces éléments ne permettent pas à Mme B d'être éligible de plein droit à un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile dès lors que, comme le relève le préfet de la Martinique dans la décision attaquée, elle n'a pas sollicité la délivrance d'une ordonnance de protection, dans les conditions prévues par l'article 515-9 du code civil, ils caractérisent toutefois une situation d'extrême vulnérabilité, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour pour des motifs exceptionnels. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 14 mai 2024, par lequel le préfet de la Martinique a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, doit être annulé. Par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 70 jours et la décision fixant le pays de renvoi doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de la Martinique de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'ordonner cette mesure, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 471-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Il résulte de ces dispositions que Mme B doit être munie sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente de la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 18 juillet 2024, désignant comme son conseil Me Romer, qui avait accepté de prêter son concours et avait introduit la requête, enregistrée le 12 juillet 2024, laquelle ne comportait aucune conclusion relative aux frais du litige. Mme B a toutefois pris la décision de confier à un autre conseil que celui désigné par cette décision du 18 juillet 2024, le soin de présenter un mémoire complémentaire. Il n'y a pas lieu, dans ces circonstances, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme, au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 mai 2024 du préfet de la Martinique et la décision du même jour fixant le pays de renvoi, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Martinique, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente de cette délivrance, de la munir, sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Martinique.
En application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, copie en sera adressée à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Fort-de-France.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J-M. Laso La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026