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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400511

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400511

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Martinique, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par la société Opérateur partenaire social d'une demande de suspension de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Martinique a procédé au retrait de ses agréments d'opérateur social pour l'aide à l'amélioration de l'habitat et le logement évolutif social. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, jugeant que le courrier litigieux constitue une décision faisant grief, insusceptible d'être regardée comme une simple information. La solution retenue n'est pas précisée dans l'extrait fourni, mais le juge a examiné la condition d'urgence et l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en application des articles L. 521-1 du code de justice administrative, du code de la construction et de l'habitation, et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet 2024 et le 12 août 2024, la société Opérateur partenaire social, représentée par Me Bel, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Martinique a informé l'administrateur judiciaire de la société Opérateur partenaire social qu'il procédait au retrait de ses agréments d'opérateur social pour l'aide à l'amélioration de l'habitat (AAH) et le logement évolutif social (LES) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dans la mesure où le retrait de son agrément met fin à son financement par l'Etat et l'empêche de poursuivre son activité, ce qui la conduira irrémédiablement à la liquidation judiciaire, portant ainsi atteinte de manière grave et immédiate à ses intérêts, et à ceux de son dirigeant et de ses salariés, ainsi que ceux des bénéficiaires des subventions accordées pour la rénovation de leur habitat ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée, dès lors qu'elle est insuffisamment motivée en droit et en fait, qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, que le parallélisme des formes imposait que l'agrément soit retiré par arrêté préfectoral, et enfin qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dans la mesure où la société satisfait toujours aux conditions de délivrance de l'agrément et n'a commis aucun manquement grave ou répété à ses obligations.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 et 12 août 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre un acte insusceptible de recours ;

- les moyens soulevés par la société Opérateur partenaire social ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2400504, par laquelle la société Opérateur partenaire social demande l'annulation de la décision en cause ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 13 août 2024, tenue en présence de M. Minin, greffier d'audience, Mme Monnier-Besombes, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. A, gérant, ainsi que celles de Me Bel, représentant la société Opérateur partenaire social, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête ;

- et les observations de Mme C et de Mme B, représentant le préfet de la Martinique.

La juge des référés a prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience, à 9h55.

Une note en délibéré présentée pour la société Opérateur partenaire social a été enregistrée le 13 août 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 juin 2022, le préfet de la Martinique a accordé à la société Opérateur partenaire social un agrément pour exercer la mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage dans le cadre du dispositif d'aide à l'amélioration de l'habitat, pour une durée de trois ans, jusqu'au 31 décembre 2024. La société a toutefois été placée en redressement judiciaire pour une durée de six mois, en vertu d'un jugement du tribunal mixte de commerce de Fort-de-France du 16 mai 2024. Le 4 juillet 2024, le préfet de la Martinique a adressé un courrier à l'administrateur judiciaire de la société, pour l'informer qu'il procédait au retrait de l'agrément et que l'Etat ne procéderait ainsi plus à aucun versement. Par la présente requête, la société Opérateur partenaire social demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Le préfet de la Martinique se prévaut du caractère insusceptible de recours de l'acte attaqué, au motif que celui-ci se borne à informer l'administrateur judiciaire de la société Opérateur partenaire social, dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire et en prévision de la prochaine audience du tribunal mixte de commerce de Fort-de-France, de ce qu'une procédure de retrait d'agrément va être engagée. Toutefois, il ressort des termes mêmes du courrier en litige, qui s'intitule " retrait d'agrément de la société OPS ", que " l'Etat procède au retrait des agréments " et " en conséquence, l'Etat ne procédera plus à aucun versement à cette société ". Compte tenu, d'une part, de la formulation de ce courrier, qui ne présente pas le retrait comme une simple éventualité mais matérialise une décision du préfet qui a déjà été prise, et, d'autre part, des effets notables de cette décision sur la situation de la société Opérateur partenaire social, cet acte constitue une décision faisant grief dont la société requérante est recevable à demander l'annulation. En effet, il est constant que la société ne perçoit plus aucun financement de l'Etat depuis la fin du mois de juin 2024, circonstance dont il n'est pas établi qu'elle serait exclusivement liée au rejet de certaines factures, indépendamment du retrait de l'agrément, et que l'émission de ce courrier aura une incidence sur la procédure de redressement judiciaire en cours. Il s'ensuit que le courrier en litige présente le caractère d'un acte susceptible de recours, quand bien même le préfet de la Martinique a engagé, postérieurement à l'introduction de la requête, une procédure contradictoire préalable par l'envoi au gérant de la société, le 6 août 2024, d'un courrier l'invitant à présenter ses observations écrites dans la perspective d'un futur retrait d'agrément. La fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. La décision dont la société Opérateur partenaire social demande la suspension a pour effet de l'empêcher d'exercer son activité d'assistance à maîtrise d'ouvrage pour le compte des bénéficiaires d'aides pour l'amélioration de l'habitat, générant la totalité de son chiffre d'affaires, et de mettre fin aux subventions versées par l'Etat en rémunération de sa mission, circonstance qui aura nécessairement des incidences sur la procédure de redressement judiciaire engagée le 16 mai 2024. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

6. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

7. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut de procédure contradictoire préalable sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Opérateur partenaire social est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Martinique a informé l'administrateur judiciaire de la société qu'il procédait au retrait de ses agréments d'opérateur social pour l'aide à l'amélioration de l'habitat (AAH) et le logement évolutif social (LES). La présente ordonnance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet de la Martinique, à l'issue de la procédure contradictoire préalable engagée et s'il s'y croit fondé, prenne une nouvelle décision se prononçant, le cas échéant et au regard des observations présentées par la société Opérateur partenaire social, sur le retrait de son agrément.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Opérateur partenaire social et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Martinique a informé l'administrateur judiciaire de la société Opérateur partenaire social qu'il procédait au retrait de ses agréments d'opérateur social pour l'aide à l'amélioration de l'habitat et le logement évolutif social, est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Opérateur partenaire social en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Opérateur partenaire social et au préfet de la Martinique.

Fait à Schœlcher, le 14 août 2024.

La juge des référés,

A. Monnier-Besombes Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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