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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400527

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400527

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCONSTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2024, M. B G, représenté par Me Constant et Me Salamon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- le préfet de la Martinique ne démontre pas que son comportement représenterait une menace pour l'ordre public.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation, d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant dominiquais né le 8 juillet 2006, a déclaré être entré en France il y a six ans, sous toutefois pouvoir le justifier. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 1er août 2024 par les services de gendarmerie dans le cadre d'une procédure incidente correctionnelle et aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation sur le territoire national. Le jour même, le préfet de la Martinique a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un acte distinct du même jour, il a placé M. G en rétention administrative pour un délai de quatre jours. Par une ordonnance du 5 août 2024, la juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de Fort-de-France a rejeté la demande du préfet de la Martinique tendant à la prolongation de la rétention administrative de l'intéressé. Dans la présente instance, M. G demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de la Martinique du 1er août 2024 portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par arrêté n° R02-2024-03-26-00001 du 26 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° R02-2024-108 du même jour, le préfet de la Martinique a donné délégation de signature à M. A C, directeur de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Laurence Gola de Monchy, secrétaire générale de la préfecture, de Mme E F, sous-préfète déléguée à l'égalité et à la cohésion sociale, ainsi que de M. H D, directeur de cabinet, notamment, les arrêtés et décisions individuelles relevant de la direction de la réglementation, de la citoyenneté et de l'immigration, y compris les obligations de quitter le territoire français et les mesures d'exécution prises en application de ces décisions. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que M. C était incompétent pour signer, au nom du préfet de la Martinique, les décisions attaquées. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces produites par le préfet de la Martinique que M. G a été interpellé et placé en garde à vue, le 1er août 2024, pour avoir tiré sur un panneau de circulation avec un fusil de chasse lui appartenant, alors qu'il était alcoolisé, dans la nuit du 19 juillet 2024, faits qu'il a reconnus lors de sa garde à vue, au cours de laquelle il a été trouvé en possession de cinq couteaux lors de la fouille. Il a par ailleurs été mis en cause, de son propre aveu, pour deux faits d'agression sexuelle et un fait de violence en 2019 et 2020. Compte tenu de la gravité de ces faits et de leur caractère récent, le préfet de la Martinique a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que le comportement de M. G représentait une menace pour l'ordre public. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, M. G, qui expose vivre en Martinique depuis l'âge de 12 ans, se prévaut de la présence de sa mère et de ses sept frères et sœurs en Martinique. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'il est hébergé par sa mère, titulaire d'une carte de séjour temporaire arrivée à expiration le 10 avril 2024 et dont la demande de renouvellement est en cours d'instruction, et qu'il a deux demi-frères de nationalité française, il n'est pas démontré ni même d'ailleurs allégué qu'il disposerait d'autres frères et sœurs en situation régulière sur le territoire national. M. G, qui est majeur, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas, par ces seuls éléments, l'existence de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables, tandis que son père et les autres membres de sa famille résident à l'étranger. Par ailleurs, malgré la production d'une attestation de fin de scolarité de la formation de Certificat d'aptitude professionnelle Maritime (CAPM) en 2023, le requérant ne justifie pas davantage, à la date de la décision attaquée, d'une intégration socio-professionnelle particulière dans la société française, la promesse d'embauche dont il se prévaut étant postérieure à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, M. G, qui ne démontre pas avoir transféré l'ensemble de sa vie privée et familiale en France, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle doivent, dès lors, être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

8. Il résulte de ce qui précède que le comportement de M. G constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé, le préfet de la Martinique n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Bien que M. G n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il réside sur le territoire français depuis 6 ans, compte tenu de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, rappelés au point 6 du jugement, et de la menace pour l'ordre public que représente son comportement, le préfet de la Martinique n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. G tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de la Martinique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. G la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B G et au préfet de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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